Après avoir tenu des propos sans langue de bois sur la politique pénale, le numéro 3 de la Gendarmerie calme le jeu

Ceux qui suivent de près les auditions des différents chefs militaires par les commissions ad hoc du Sénat et de l’Assemblée nationale auront probablement remarqué que ces derniers évoquent les problèmes auxquels ils sont confrontés avec franchise.

Les propos tenus le 18 décembre dernier par le directeur des opérations et de l’emploi de la Gendarmerie nationale, le général Bertrand Soubelet, lors d’une audition devant la mission d’information relative à la lutte contre l’insécurité sur tout le territoire lancée par la Commission des lois de l’Assemblée nationale, ont été particulièrement remarqués. Au point qu’ils ont nourri le « buzz » comme l’on dit maintenant.

Le numéro 3 de la Gendarmerie avait alors déploré le fait que de moins en moins de peines de prison étaient prononcées à l’égard des délinquants, en affirmant que le nombre de personnes mises en cause avait augmenté de 4% en 2013 alors que, dans le même temps, celui des placements sous écrou chutait de 33%.

« Quand vous lâchez 65% de ceux qui se sont rendus coupables d’un certain nombre d’exactions, comment voulez-vous que les chiffres baissent?, avait-il demandé. Et d’ajouter : « C’est tout à fait impossible. Vous pouvez multiplier par deux les effectifs de gendarmes dans les Bouches-du-Rhône, cela ne changerait rien. La réalité, c’est celle-là, je pense que c’est mon devoir de vous le dire, de manière peut-être un peu crue ».

Ces propos ont donc fait réagir. Lors de la cérémonie des voeux adressés aux gendarmes, le 7 janvier, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a d’ailleurs pas manqué de recadrer les choses.

« Les ministres de l’Intérieur et de la Justice concourent pleinement à l’autorité de notre Etat », a-t-il fait valoir, en ajoutant que « les forces de l’ordre et la justice doivent partager les mêmes buts » et en assurant être sur la « même longueur d’onde » avec « la Garde des sceaux ». Et d’insister : « Je demande de poursuivre le travail dans le même état d’esprit et je ne tolérerai aucun manque à cette ligne de conduite sur le cap, la direction et la manière de travailler ensemble car l’engagement et la loyauté sont indispensables ».

Ces déclarations peuvent être perçues comme une invitation ferme lancée aux responsables de la Gendarmerie nationale à éviter de faire preuve de la même franchise que le général Soubelet…

Reste que le numéro 3 de la Gendarmerie a suscité un engouement sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, une page de soutien a même été créée. Seulement, l’officier a tenu à calmer le jeu face à ce « buzz » en adressant un message sur le mur de cette dernière via le compte officiel de la Gendarmerie nationale.

« Je prends connaissance de l’existence de cette page. (…) Je souhaite à vous dire très clairement, comme je le fais habituellement, que tout cet emballement médiatique me surprend », a-t-il expliqué. « Au sein de l’équipe de direction, nous sommes au travail pour faire avancer les dossiers de la gendarmerie, en particulier ceux conduits avec la justice dans une dynamique incontestablement positive », a-t-il poursuivi. « Pour continuer ce qui a été collectivement entrepris, nous avons besoin de sérénité et de calme et ces manifestations spontanées, que je sais sincères, peuvent gêner notre action », a-t-il conclu.

Le message a été a priori reçu 5 sur 5. Depuis, la page de soutien au général Soubelet créée sur Facebook, qui avait rapidement compté quelques milliers d’abonnés, est désormais indisponible… Dossier clos!

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