Le Parlement se prononcera sur la prolongation de l’opération Sangaris en mars prochain

Lancée le 5 décembre dernier par le président Hollande et ayant fait l’objet d’un débat au Parlement, l’opération Sangaris, en Centrafrique, doit obtenir le feu vert des députés et des sénateurs pour être prolongée au-delà de 4 mois, soit avant le début du mois d’avril. Seulement, en raison des prochaines élections municipales, les parlementaires vont suspendre leurs activités quelques semaines plus tôt.

« Comme le veut la tradition républicaine, une suspension de cinq semaines est programmée à compter du 28 février, en raison des élections municipales des 23 et 30 mars », a ainsi affirmé Alain Vidalies, le ministre des Relations avec le Parlement.

« Cet agenda contraint par la suspension des travaux due aux élections devra probablement prévoir une exception pour permettre au Parlement de se prononcer sur la prolongation de l’intervention militaire en République centrafricaine, le délai de quatre mois au-delà duquel son autorisation est requise pour poursuivre cette intervention (article 35 de la Constitution) expirant début avril », a-t-il expliqué.

Quant à la situation sur le terrain, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian  a réfuté, lors d’un déplacement à Bangui, le 2 janvier, tout enlisement en Centrafrique pour la force Sangaris et ses 1.600 hommes déployés en appui de la MISCA, la mission de l’Union africaine

« Je vous le dis parce que je me souviens qu’au mois de février de l’année dernière, des experts – vous savez, il faut toujours faire attention parce que les experts sont souvent autoproclamés – disaient ‘ah mais au Mali – trois semaines après le déclenchement de l’opération Serval – la France s’enlise’. Heureusement que nous n’avons pas écouté les experts. Et que la détermination de nos forces, leurs compétences, a permis le résultat que l’on connait. Je le dis pour le Mali mais je le dis aussi pour la République Centrafricaine », a-t-il lancé.

L’on ignore à quels experts « autoproclamés » le ministre fait référence… Il avait semblé, au contraire, que de nombreux observateurs de la chose militaire firent part de leur admiration sur la façon dont les opérations étaient menées au Nord-Mali à l’époque. Passons…

En attendant, la mission des militaires français est très compliquée et le calme peine à revenir complètement à Bangui. D’aucuns s’interrogent de savoir si les effectifs déployés dans la capitale centrafricaine sont suffisants. Et effectivement, c’est une vraie question que l’on ne peut pas écarter d’un revers de manche.

Selon le dernier compte-rendu de l’Etat-major des armées, « les forces françaises et africaines se sont en outre déployées dans le 3e arrondissement de Bangui, situé au Sud de l’aéroport » et, « en coordination avec la MISCA », ont « poursuivi leur mission avec la même intensité au profit de la population centrafricaine lors de la nuit du nouvel an ». Et d’ajouter : « Lors de ces opérations, les éléments de la force Sangaris ont ponctuellement été la cible de tireurs isolés ».

« La situation est complexe. D’un côté, il faudrait désarmer la Séléka (ex-rébellion désormais au pouvoir, responsable d’exactions), mais qu’en même temps elle reste au pouvoir et soit un acteur de la transition. De l’autre, on ne sait pas encore qui va commander le mouvement anti-Séléka, ni s’ils vont en rester à ces coups de force désordonnés ou se structurer et jouer un rôle politique », a expliqué un officier français dans les colonnes du quotidien Le Monde.

Qui plus est, l’impartialité de la MISCA est fréquemment mise en cause. Notamment celle du contingent tchadien, déjà impliqué dans plusieurs incidents et accusé de protéger avant tout les musulmans de l’ex-Séléka. D’où l’appel à une plus forte implication des Nations unies en Centrafrique, comme l’a souhaité, la semaine passée, le président Hollande. Avec à la clé un possible déploiement de casques bleus.

Sauf que, sur le front diplomatique, cette solution, même si elle a les faveurs, depuis le début, de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, est encore loin d’être acquise. Certes, la résolution 2127 adoptée à l’initiative de la France prévoit la transformation éventuelle de la Misca opération de maintien de la paix (OMP). Ce que les Etats-Unis refusent pour le moment, pour des raisons financières et que l’Union africaine juge « prématuré ».

« Les Tchadiens sont très réticents à un passage de la force africaine sous mandat ONU, qui les priverait de la liberté d’action dont ils bénéficient aujourd’hui », a ainsi confié au Monde une source diplomatique.

Et le fait que l’importante communauté tchadienne a été victime d’exactions, ces derniers jours, en Centrafrique, ne va pas arranger les choses. « Ceux qui se sont attaqués aux Tchadiens et qui continuent à s’attaquer aux Tchadiens, ceux qui ont assassiné les Tchadiens et qui continuent à assassiner les Tchadiens ne resteront pas impunis, je vous rassure, quelle que soit la manière », a ainsi averti le président Idriss Déby Itno. « Tous ceux qui ont tué et pillé les Tchadiens le paieront un jour. Si ce n’est pas aujourd’hui ce sera demain », a-t-il ajouté, dans un message diffusé à la télévision et à la radio, le 3 janvier. Voilà qui a tout l’air d’un avertissement adressé aux anti-balakas…

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