L’équilibre franco-allemand en matière de défense évoqué lors des débats sur la Loi de programmation militaire

Bien évidemment, il n’est pas question poster des troupes le long de la ligne bleue des Vosges. Il n’empêche que l’effort militaire allemand a été évoqué à plusieurs reprises par quelques orateurs de l’opposition lors de l’examen du projet de Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, lequel fixe une trajectoire financière pour le budget de la Défense pour les 5 prochaines années.

Pour rappel, selon la LPM, les crédits alloués aux armées seront maintenus à 31,4 milliards d’euros – soit le niveau qui était le leur en 2012 – jusqu’en 2016. Par la suite, il est prévu de les augmenter légèrement, à la condition, toutefois, que cela soit possible au regard du contexte économique et financier.

Premier ministre entre 2007 et 2012, et actuellement député de Paris, François Fillon n’a pas manqué de souligner que « si l’on poursuit la ligne de ces chiffres en les comparant chiffres allemand, on voit qu’en 2014 c’est, en réalité, l’Allemagne qui sera devenue le premier budget militaire du continent européen ».

« Dès 2013, et sans tenir compte des pensions, l’Allemagne dépense 31,7 milliards d’euros, la France 31,5 milliards. Le différentiel entre les deux pays s’établissait à 2,3 milliards en 2009, il s’inverse à partir de 2013″, a-t-il expliqué. Or, M. Fillon estime que « il y a là un danger (…) de déséquilibre intra-européen ».

Et d’insister : « C’est tout l’équilibre de l’après-guerre, où le rôle politique et militaire de la France contrebalançait la puissance économique de l’Allemagne, qui risque de se défaire sous nos yeux. Je suis convaincu que le couple franco-allemand est indispensable à la réalisation du projet européen, mais je suis aussi convaincu que ce couple n’existe pas s’il ne se trouve pas formé par deux partenaires au moins comparables ». Sauf que l’Allemagne ne dispose pas de dissuasion nucléaire. Et cela d’autant plus qu’elle y est opposée. Il suffit de se rappeler des débats qui avaient eu lieu en 2010, au moment de l’élaboration du nouveau concept stratégique de l’Otan, Berlin souhaitant pousser la défense antimissile aux dépens des forces stratégiques.

Pour l’UDI, l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, s’est référé à l’Allemagne pour critiquer l’effort consenti en faveur de la force de frappe française. « La projection des courbes conduira la France à consacrer 30 % de ses crédits d’équipement à la dissuasion. Nous aurons donc un nucléaire hypertrophié, avec des forces conventionnelles sous-équipées pour lesquelles l’effort de la nation ne représentera pas plus de 0,8 % du PIB ! C’est moins que les moyens consacrés par les Allemands à leurs forces armées, et Dieu sait qu’en général, au sein de la commission de la défense, ils sont toujours, eux qui consacrent si peu d’argent à leur défense, l’exemple à ne pas suivre, sinon le cauchemar absolu », a-t-il affirmé.

Dans un autre registre, le député UMP François Cornut-Gentille a, lui aussi, souligné l’importance de l’effort de défense allemand. « Aujourd’hui, notre budget se situe au niveau de celui de l’Allemagne. Avec cette différence majeure que, dans cette enveloppe, l’Allemagne n’a pas à prendre en charge le nucléaire et les opérations extérieures », a-t-il affirmé à la tribune, pour mettre en avant le fait que « nous sommes d’ores et déjà parvenus à un seuil où il devient dangereux de repousser à demain des questions essentielles et même existentielles pour notre défense ».

Ce constat a été repris par d’autres députés. « Pour l’année 2012, et je cite des chiffres extraits des documents du ministère de la défense, la Grande-Bretagne a consacré à sa défense 45 milliards d’euros, l’Allemagne 32 milliards d’euros et la France 31,4 milliards d’euros », a souligné Serge Grouard, pour mieux réfuter l’argument du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, selon lequel l’armée française serait la « première » du Vieux Continent en 2019.

« Ne doit-on pas s’interroger sur les motivations réelles des Allemands ? Ils augmentent, eux, leur budget de la défense et passent devant nous au moment précis où la demande internationale en produits de haute technologie s’accroît ? Curieux hasard. Ensemble, ouvrons les yeux! », s’est quant à lui demandé Jacques Lamblin.

« Quand je compare l’effort que nous faisons avec celui de l’Allemagne, qui a l’ambition de devenir la première puissance continentale dans les cinq ou dix prochaines années, réformant même son appareil politique si nécessaire et nous dominant à terme en matière industrielle, je m’interroge sur la portée de cette loi de programmation militaire. Malgré l’habilité de vos déclarations, je le répète, monsieur le ministre : nous sommes en phase de déclin », a fait valoir Nicolas Dhuicq.

Par ailleurs, le député a pointé les « 1,8 milliards d’euros supplémentaires » consentis par la France au titre de sa contribution à l’Union européenne. Pour comprendre, il faut remonter à 1984. A l’époque, le Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, avait obtenu un « rabais » sur la participation du Royaume Uni au budget commun (avec le fameux « I want my money back »). Ce qui pouvait se comprendre au regard de la situation économique du pays dans ces années là. Mais ce « chèque » accordé à Londres est resté en vigueur alors qu’il ne se justifie plus.

Seulement, il faut bien le compenser en partie. Sur la période 2007-2013, il a donc fallu trouver 31 milliards d’euros, qui ont été financés par les autres Etats membres, au prorata de leur PIB. Ainsi, en 2010, la France a contribué à elle seule à hauteur de 27%, soit 1,4 milliards d’euros, suivie par l’Italie (820 millions), l’Espagne (530 millions) ou encore la Pologne (216 millions). Et l’Allemagne? Eh bien elle ne donne presque rien depuis 1999!

Et les choses ne sont pas prêtes de changer. En 2013, la France a de nouveau payé 1,215 milliard et paiera, selon un document annexé au projet de loi de Finances pour 2014, 1,427 milliard l’an prochain, soit 26,9% du « chèque »consenti aux Britanniques. Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra….

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