Egypte : La coopération militaire avec les Etats-Unis est « en danger »

L’armée égyptienne n’a pas fait dans la dentelle quand il s’est agi de réprimer les manifestations organisées pour réclamer le retour du président Morsi, qui, issu des  Frères musulmans, a été destitué le 3 juillet par son ministre de la Défense, le général al-Sissi, sur fond de contestation de la rue. Selon les bilans, il est fait état de plus de 600 tués, dont 300 au cours d’un assaut donné par la police et l’armée.

Les Etats-Unis, qui semblèrent hésiter au moment de la chute du régime d’Hosni Moubarak, ont jusqu’à présent fait preuve de prudence face à la situation égyptienne. Ainsi, ils se sont gardés de qualifier de coup d’Etat le renversement de l’ex-président Morsi. Si tel avait été le cas, l’administration Obama aurait été dans l’obligation de suspendre l’aide militaire apportée au Caire et dont le montant s’élève à 1,3 milliard de dollars, soit 80% des dépenses d’équipements de l’armée égyptienne.

Le soutien de Washington à l’armée égyptienne s’explique par au moins trois raisons. La première est qu’il est censé permettre de maintenir l’accès au canal de Suez, d’une importance stratégique. La seconde est liée au traité de paix israélo-égyptien conclu en 1979. Enfin, la dernière est de nature économique, Le Caire se fournissant essentiellement auprès des industriels américains de l’armement.

Ce soutien militaire prévoit également la formation d’officiers égyptiens aux Etats-Unis et Le Caire bénéficie également de facilités de paiement dans le cadre des négociations portant sur d’importants contrats d’armements avec les industriels d’outre-Atlantique.

Cependant, cette aide militaire américaine risque d’être remise en cause. Si la diplomatie américaine n’a pas condamné le renversement du président Morsi, il n’est pas question pour elle de donner des gages à un régime soutenu par l’armée égyptienne qui se livre à une répression sanglante susceptible de paraître anti-religieuse pour le monde musulman. D’où la remise en question de ce soutien à l’armée égyptienne, qui de facto, exerce le pouvoir.

Déjà, le 23 juillet, en raison de la situation instable de l’Egypte – c’est du moins l’argument qui avait été avancé – les Etats-Unis ont suspendu la livraison de 4 avions de combat de type F-16, lesquels font partie d’un lot de 20 appareils, commandés en janvier 2010 pour 2,5 milliards de dollars.

Au lendemain de la répression des manifestants pro-Morsi, le président Barack Obama  a condamné « avec fermeté les mesures qui ont été prises par le gouvernement intérimaire égyptien et les forces de l’ordre. » Et d’ajouter : « Nous déplorons les violences exercées contre les civils (…) soutenons les droits universels essentiels à la dignité de l’homme, y compris le droit de manifester pacifiquement. »

« Alors que nous voulions maintenir nos relations avec l’Egypte, notre coopération traditionnelle ne peut plus continuer comme d’habitude au moment où des civils sont tués dans les rues et où l’on revient sur leurs droits », a encore estimé le président américain. « Le peuple égyptien mérite mieux que ce que nous avons observé au cours des derniers jours (…) Et au peuple égyptien, je dis ceci: le cycle des violences et de l’escalade doit s’arrêter », a-t-il insisté, avant de demandé la levée de l’état d’urgence et la mise en place d’un processsus de réconciliation nationale.

« Nous avons été critiqués par des partisans de Morsi. Nous avons été critiqué par l’autre camp comme si nous étions des partisans de Morsi. Ce type d’approche n’aidera en rien les Egyptiens à obtenir l’avenir qu’ils méritent », a encore fait valoir le président Obama.

En attendant, Washington a décidé d’annuler les manoeuvres conjointes Bright Star, organisées tous les deux ans depuis 1981 entre les forces égyptiennes et américaines.  A noter que les exercices prévus en 2011 n’avaient pas pu se tenir en raison des troubles politiques ayant suivi la chute du président Moubarak.

Quant au département d’Etat, qui a condamné la répression mais aussi les assauts lancés par les partisans de Morsi contre les bâtiments officiels, il a fait savoir que l’aide américaine accordée à l’Egypte allait être « réétudiée sous toutes ses formes. »

Cela étant, le chef du Pentagone, Chuck Hagel, a indiqué que le soutien militaire américain à l’Egypte sera maintenu. Mais sous conditions. « Le département de la Défense maintiendra sa relation militaire avec l’Egypte mais j’ai été clair sur le fait que la violence et les mesures inadéquates en direction d’une réconciliation mettent en danger des éléments importants de notre ancienne coopération de défense », a-t-il affirmé, par voie de communiqué, après un entretien téléphonique avec le général al-Sissi.

« Au cours de ma discussion avec le ministre (Abdel Fattah) al-Sissi, j’ai réaffirmé que les Etats-Unis restaient prêts à travailler avec toutes les parties afin de résoudre la crise de manière pacifique et incluant les différentes sensibilités de la société égyptienne », a-t-il précisé.

Par ailleurs, Le Caire a annoncé, ce 16 août, l’annulation de manoeuvres navales conjointes avec la Turquie, lesquelles étaient prévues en octobre. Il s’agit ainsi de protester « contre les déclarations et les actes inacceptables de la Turquie qui constituent une ingérence manifeste dans les affaires de l’Egypte et qui bafouent la volonté du peuple égyptien. »

Pour rappel, l’ancien président Morsi était soutenu par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, lequel a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU pour évoquer ce qu’il a qualifié de « massacre » en parlant de la répression en Egypte.

Cela étant, Le Caire a reçu l’appui « ferme » face au « terrorisme » du roi Abdallah d’Arabie Saoudite. Le souverain a également dénoncé les « ingérences » en pointant « tous ceux qui tentent de porter atteinte aux affaire intérieures de ce pays (l’Egypte). » Sans doute vise-t-il les menées du Qatar, l’émirat étant un soutien de l’ex-président Morsi.

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