Un nouveau coup de gueule du général (2S) Thomann

Ancien commandant de la Force d’action terrestre passé par les 3e et 8e Régiments de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa), le général (2S) Jean-Claude Thomann est un habitué des coups de gueule contre la politique de défense menée par les gouvernements de droite comme de gauche.

Ainsi, au printemps 2008, il avait vigoureusement critiqué les orientations Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) en publiant une tribune dans le quotidien Le Monde et en accordant un entretien à Valeurs actuelles.

« Nos autorités politiques et nos diplomates devront apprendre à composer avec la dure réalité de l’insuffisance des moyens et cesser de mettre en avant leur ambition de participer à la gestion des affaires du monde ; de fait, dans les relations internationales, les rapports de forces réels comptent plus que les effets de manches », avait-il alors déploré, dans les colonnes du journal du soir.

Une autre cible du général Thomann à l’époque, était la « commission de rationalisation du soutien », composée « d’un bataillon de contrôleurs généraux des armées » placés « sous l’autorité d’un préfet. » Cette dernière, écrivait-il, « a attaqué à la hache la fonction soutien des armées, jugée pléthorique et redondante. » Et d’ajouter : « Chef-d’oeuvre du raisonnement technocratique, ses attendus comme ses conclusions ignorent certaines réalités opérationnelles et fonctionnelles des armée. »

Dans un texte publié par Valeurs actuelles (9 août), le général Thomann s’en est pris cette fois à la réforme de la gouvernance du ministère de la Défense, prévue dans le projet de Loi de Programmation Militaire (LPM) 2015-2019. En abordant la question du nombre de généraux, il a d’abord envoyé une bordée à la Cour des comptes, laquelle, en « fustigeant l’accroissement de la masse salariale des armées » alors que leurs effectifs ont diminué, a « oublié que la complexité des opérations modernes et la nécessité de participer aux prises de responsabilités dans les organisations internationales impliquent de disposer d’un corps étoffé d’officiers expérimentés et qualifiés. »

Ce qui, pour le général Thomann, « a créé l’environnement psychologique voulu par les petits marquis du cabinet du ministre de la Défense et leurs affidés de la haute administration civile, assistés par le Contrôle général des armées, caste militaire dérogatoire qui, au lieu de contrôler, s’est érigée en ‘docteur ès réformes’, avec d’ailleurs le succès que l’on sait pour le logiciel Louvois. »

Quant à la réforme de la gouvernance du ministère de la Défense, qui prévoit de désigner le secrétaire général pour l’administration comme étant le « seul responsable fonctionnel transversal pour l’ensemble des fonctions d’administration générale, budgétaires, financières et de ressources humaines », il s’agit, pour l’ancien officier, « d’éliminer les chefs militaires de toutes les responsabilités non directement opérationnelles. »

« La finalité est double », écrit-il. « D’une part, cantonner les militaires dans un statut de purs techniciens de l’affrontement armé, non autorisés à participer à la prise de décision et encore moins à se prononcer sur les grandes orientations stratégiques de notre défense; d’autre part, sous prétexte de ‘redonner le pouvoir au politique’, mettre en place un encadrement civil qui contribuera à la momification d’un corps dont on souhaite qu’il soit inexistant sur la scène politico-médiatique », explique-t-il.

Aussi, conclut-il, « cette volonté s’accompagne d’un profond mépris pour la fonction militaire que ne sauraient masquer les démonstrations compassionnelles organisées lorsque nos forces subissent des pertes au combat. »

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