Manipulation sur le nombre de généraux en France

Depuis quelques semaines, il circule sur les réseaux sociaux une vidéo émanant d’un média russe affirme, en français dans le texte, qu’il y aurait en France plus de 5.500 généraux, en précisant toutefois qu’une partie a été placée en « section 2 » (sic), décrite comme étant une sorte de préretraite. Et de lancer une comparaison pour le moins spécieuse : l’armée française aurait ainsi plus de généraux que ses homologues russe et américaine réunies.

« Tout ça pourrait prêter à sourire, si cela ne nuisait pas gravement aux capacités opérationnelles des régiments qui eux, doivent diminuer leur effectifs, militaires du rang et sous-officiers », est-il affirmé dans ce « reportage », dont les affirmations ont été reprises pour argent comptant par beaucoup…

Des précisions sur la 2e section pour commencer. Elle compte dans ses rangs des officiers généraux qui, n’étant plus en activité, restent théoriquement à la disposition du ministère de la Défense pour des missions ponctuelles. Une centaine d’entre eux sont concernés chaque année.

Ces généraux perçoivent une solde de réserve, dont le montant est équivalent à celui d’une pension de retraite. Sauf que, sur le plan fiscal, cette dernière est considérée comme étant un revenu d’activité, ce qui donne droit à un abattement de 10% pour frais professionnels. En outre, ils gardent le bénéfice de réductions tarifaires pour leurs déplacements en train, ce qui, en 2008, a coûté 3,1 millions d’euros en indemnités SNCF. Ils sont en outre soumis à l’obligation de réserve comme les militaires en activité.

L’on peut discuter de la pertinence à conserver cette 2e section, créée en 1839 et qui correspond à une armée de conscription. Mais, de toute façon, il faudra bien payer les pensions de ces officiers généraux ayant quitté le service actif. Et sa suppression permettrait de revenir sur l’abattement fiscal des 10% et faire des économies très modestes (mais il n’y a pas de petites économies) sur les indemnités versées à la SNCF. En tout cas, ce n’est pas là que l’on trouvera les recettes exceptionnelles espérées par le ministre de la Défense pour boucler ses prochains budgets.

Cela étant, dire qu’il y plus de généraux dans l’armée française que dans les forces russes relève de la manipulation : pour comparer, encore eût-il fallu prendre en compte les généraux russes en retraite. Et au vu des réformes en cours en Russie, ils doivent être nombreux. En 2010, l’armée russe comptait 1,2 million d’hommes, dont 355.000 officiers… Il n’y a là pas de quoi donner des leçons.

Selon la Cour des comptes, il y avait, en 2012, 303 généraux en activité pour les trois armées (Terre, Air, Marine) pour 228.656 militaires, soit un ratio d’un général pour 754 personnels. A cela, il faut ajouter 235 officiers généraux d’autres services du ministère de la Défense (SSA, SEA, CGA, etc). Là encore, l’on peut estimer que ces chiffres sont trop élevés, ce que n’ont pas manqué de faire les magistrats de la rue Cambon. Mais on est loin des 5.500 généraux!

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