Que retenir du Livre Blanc sur la Défense de 2013?

Le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale (LBDSN) dévoilé ce 29 avril s’inscrit globalement dans la continuité de celui publié en 2008. Ainsi, le concept de sécurité nationale, qui avait suscité quelques réserves il y a 5 ans, est confirmé. De même que les 5 fonctions stratégiques (dissuasion, prévention, protection, intervention et connaissance et anticipation) et l’ancrage de la France au sein de l’Otan, cette dernière étant même une « composante essentielle de la stratégie de défense. »

Considérant que la Politique de sécurité et de défense de l’Union européenne est un « axe fort » de sa « stratégie », la France entend la relancer avec « pragmatisme », en encourageant le « développement et les mutualisations des capacités militaires les plus essentielles ainsi que la consolidation des industries de l’armement des Etats membres. Le document parle de proposer un « Livre blanc de l’UE en matière de défense et de sécurité »

Quant aux menaces, ce sont pratiquement les mêmes que celles qui avaient été détaillées en 2008. Si ce n’est que les rédacteurs du Livre Blanc estiment qu’ils faut prendre en compte « trois phénomènes », qui sont l’éventualité d’une guerre entre Etats, hypothèse « plausible » à l’horizon 2025, la faiblesse de certains pays, voire leur défaillance, ce qui peut affecter la sécurité internationale, et par conséquent, celle de la France (le document parle de « menace hybride avec des adversaires combinant des modes d’action asymétriques, des moyens de niveau étatique ou des capacités de haut niveau technologique) et les risques liés à la mondialisation (piraterie maritime, prolifération, cyberattaques, etc…).

Au niveau des priorités géostratégiques, grande oubliée en 2008, l’Afrique fait son grand retour, intervention au Mali oblige. Dans le même temps, il s’agira toujours de « mettre en oeuvre les accords de défense souscrits par la France et protéger ses intérêts de sécurité et ses intérêts stratégiques conjointement avec ses alliées » au Proche Orient et dans le golfe arabo-persique. Mais l’accent est surtout mis sur la nécessté de préserver la souveraineté française, « dans l’Hexagone comme dans les outre-mer », de garantir la sécurité de l’Europe et de l’espace nord-atlantique et de stabiliser le voisinage de l’Europe, « notamment pour se préserver des menaces » des Etats faillis.

Cela étant, ce nouveau Livre Blanc se veut novateur en matière de stratégie militaire en mettant en avant un « nouveau modèle d’armée » qui se veut « efficient » en tirant « le meilleur parti de nos capacités militaires en appliquant un principe de différenciation » des forces, lequel « consiste à les distinguer en fonction des types de missions qu’elles sont appelées à remplir, – dissuasion, protection, gestion de crise, coercition et opérations de guerre. Il s’agit aussi d’un principe d’économie, aboutissant à ne financer les capacités les plus onéreuses que là où elles sont indispensables. »

En clair, l’on aura une armée à plusieurs vitesses, avec des unités pré-désignées pour chaque domaine d’intervention. En fait, il n’y a rien de fondamentalement nouveau là-dedans, étant donné que c’était le cas dans les années 1980. Les plus anciens se souviennent sans doute de la Force d’action rapide (FAR, avec, en 1990, 47 000 hommes, 240 hélicoptères de combat et 216 blindés).

Reste la question des moyens. Alors que le LBDSN de 2008 justifiait la suppression de 54.000 postes pour dégager des marges de manoeuvres afin d’améliorer les équipements des armées, celui de 2013 prévoit 24.000 postes supplémentaires en moins jusqu’en 2019. Et là, il s’agit de prendre en compte les contraintes budgétaires qui pèsent sur les finances publiques, la Défense ne figurant pas dans les priorités gouvernementales. Et cela implique aussi un étalement des programmes d’armement…

« Officiellement, il n’est pas question de revoir à la baisse nos ambitions, car nous sommes membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et nous voulons disposer d’un outil militaire nous permettant d’intervenir de manière autonome, comme au Mali. Mais, dans le même temps, on ne se donne pas les moyens financiers nécessaires pour assumer de telles ambitions », a confié une source proche de la commission chargée d’élaborer le texte au quotidien Libération…

L’enveloppe financière que le LBDSN recommande en vue de la préparation de la prochaine Loi de programmation militaire est de 179,2 milliards d’euros pour la période 2014-2019 et de 364 milliards d’euros pour celle allant de 2014 à 2025. Seulement, ce montage est fragile dans la mesure où, comme en 2008, il repose sur des recettes exceptionnelles qui, comme on le sait désormais par expérience, ne soint pas garantie. En outre, il ne faudrait pas que la situation économique de la France se détériore davantage (pour rappel, l’objectif des 3% de déficit public doit être impérativement atteint en 2014…)

Bien entendu, cela aura des incidences sur les contrats opérationnels. Les forces armées devront disposer de 10.000 hommes (essentiellement de l’armée de Terre) pour intervenir sur le territoire national. Il est également préconisé la mise en place d’une « capacité de réaction autonome aux crises », avec un échelon national d’urgence de 5 000 hommes en alerte, permettant de constituer une force interarmées de réaction immédiate (FIRI) de 2 300 hommes, projetable à 3 000 km du territoire national ou d’une implantation à l’étranger, dans un délai de 7 jours. »

En outre, la capacité mener une « opération de coercition majeure » ne pourra désormais s’envisager que dans le cadre d’une coalition internationale, avec l’engagement de 15.000 hommes de l’armée de Terre, 45 avions de combat au grand maximum et d’une capacité aéronavale.

Quant au format des forces armées, comme attendu, la Marine nationale s’en tire mieux que les autres, grâce à son rôle dans la mise en oeuvre de la dissuasion nucléaire. Elle gardera donc ses 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et le programme de 6 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) Barracuda est confirmé. Le porte-avions Charles de Gaulle ne sera pas mis sous cocon, voire même vendu, comme certains l’imaginaient. Le programme BATSIMAR (patrouilleur) sera lancé, de même que celui du Système de Lutte Anti-Mines navales Futur (SLANF). La Royale aura également pour objectif l’acquisition de nouveaux pétroliers ravitailleurs.

En revanche, il n’est pas question, comme l’avait évoqué le LBDSN de 2008, d’un 4e Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC), ce qui aurait pourtant fait du bien aux chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Quant aux frégates de « premier rang », la Marine devrait en disposer 15 exemplaires. Pour savoir s’il y aura 11 ou 8 Frégates multimissions (FREMM) dans le lot, il faudra encore attendre.

L’armée de l’Air pourra compter sur ses 50 A400M, ses 14 avions ravitailleurs A330 MRTT ainsi que sur 12 drones MALE (Moyenne altitute longue endurance), qui seront très certainement des MQ-9 Reaper américains. Cependant, la flotte des avions de combat (qui englobe ceux de l’aéronavale) va être réduite à 225 exemplaires (-50), ce qui suppose la dissolution de 2 escadrons de chasse supplémentaires. Comme en 2008, la rénovation des Mirage 2000D est une nouvelle fois affirmée. Se fera-t-elle cette fois-ci?

Enfin, l’armée de Terre est la grande perdante des arbitrages. Certes, le programme structurant Scorpion a été maintenu. Mais elle aura certainement à supporter l’essentielle des 24.000 suppressions de postes supplémentaires et devra dissoudre une brigade de combat sur les 8 qui figurent actuellement dans son ordre de bataille. Elle ne comptera plus que 66.000 hommes projetables (l’on passe de la capacité du Stade de France à celle qu’aura le stade Vélodrome marseillais en 2014) et perdra 54 chars Leclerc, 250 chars « médians » (AMX-10 RC, Sagaie) et aura 2.700 blindés (elle avait 3.170 VAB en 2012) ainsi que 30 drones tactiques (probablement le Watchkeeper). L’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) devrait limiter la casse, avec 140 hélicoptères d’attaque et de reconnaissance (80 Tigre HAP et HAD ont été commandés) et 115 autres dédiés au transport (Caïman, Cougar et Caracal).

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