L’avertissement de Patricia Adam, la présidente de la commission « Défense » à l’Assemblée nationale

Jamais l’éventualité de coupes dans le budget de la Défense dans le cadre de la future Loi de Programmation Militaire (LPM) n’a suscité une telle levée de boucliers, que ce soit à droite comme à gauche. Et cela, alors que la France doit réduire son déficit à moins de 3% du PIB en 2014.

Pour rappel, il existe deux scénarios à partir desquels ont été établies plusieurs trajectoires financières. Le premier, dit Y, limite les dégâts en préservant l’essentiel des capacités actuelles. S’il sera douloureux, il n’est rien comparé au second, soutenu par Bercy. Appelé Z, il suppose des coupes massives dans le budget de la Défense au point que ce dernier ne représenterait plus que 1,1% du PIB, contre 1,56% actuellement.

Aussi, après les sénateurs, qui, à la quasi-unanimité (seuls les écologistes ont manqué à l’appel) ont exprimé leur inquiétude devant la perspective d’un effort de défense représentant moins de 1,5% du PIB et des députés en ordre dispersé, c’est au tour de Mme Patricia Adam, la présidente socialiste de la Commission de la Défense et des Forces armées à l’Assemblée nationale, de donner de la voix contre les projets du ministère du Budget.

Et dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, l’élue bretonne n’a pas mâché ses mots. « Le scénario de Bercy vise à tuer le ministère de la défense. Dès 2015, si on le suit, il ne lui restera que la sécurité nationale (la gendarmerie), les forces spéciales et la dissuasion. Toutes les forces conventionnelles auront disparu », a-t-elle en effet affirmé. Et d’ajouter : « Ce n’est pas en tuant le budget de la défense que l’on équilibrera les comptes. Sur ce point, une communion d’idées avec l’opposition règne à la commission de la défense, car l’enjeu est la sauvegarde des intérêts nationaux. »

En outre, Mme Adam a indiqué que les députés socialistes ont adressé un courrier au président Hollande afin de rappeler que le ministère de la Défense est celui qui a sans doute fait le plus d' »efforts de rationalisation » au cours des cinquante dernières années. Au point que, désormais, « on ne peut plus descendre » en deça des 1,56% du PIB au niveau de son budget.

« Autour de nous, les menaces ne sont pas en diminution, le monde se militarise, et les Etats-Unis n’ont plus la même posture vis-à-vis de l’Europe. Nous demandons au moins le maintien en l’état du budget à 31 milliards d’euros pendant deux à trois ans en volume, en escomptant un rebond de croissance en 2016. La défense peut encaisser deux-trois ans d’apnée, mais pas plus », a estimé Mme Adam.

Cependant, il faudra bien trouver un équilibre entre l’objectif à atteindre d’un déficit à 3% du PIB et les impératifs stratégiques. D’où quelques solutions avancées par Patricia Adam (et dont quelques unes ont déjà été évoquées ici-même), dont la vente des parts que l’Etat détient dans le capital de groupes industriels du secteur de l’armement afin de dégager des recettes exceptionnelles qui permettraient de maintenir le budget de la Défense ou encore l’étalement de certains programmes.

Enfin, considérant que « la France est le seul pays en Europe avec le Royaume-Uni à continuer à faire un effort de défense » et ce que ce dernier est « aussi l’assurance-vie des autres Européens », Mme Adam estime que la « question de l’agrégat retenu pour le calcul du déficit devient essentielle » et qu’elle peut « être débattue. » « Nous n’avons pas le choix. C’est un débat entre les pays qui ont la volonté de faire et les autres », a-t-elle conclu.

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