Afghanistan : Pour le président Karzaï, les taliban font le jeu des Etats-Unis

11 mars 2013 – 16:29

Plus de 2.100 militaires américains et 1.080 engagés sous la bannière de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) ont perdu la vie en Afghanistan depuis 2001. Ce bilan n’a pourtant pas empêché le président afghan, Hamid Karzaï, de tenir des propos pour le moins polémique, au lendemain de deux attentats suicide perpétrés le 9 mars par les taliban, l’un à Kaboul, lors d’une visite du nouveau chef du Pentagone, Chuck Hagel, l’autre à Khost (est du pays).

“Nous voulions envoyer le message que nous sommes toujours capables de viser Kaboul, même quand un responsable de haut rang de la Défense américaine est présent”, a expliqué un porte-parole du mouvement taleb, en faisant référence à la présence de Chuck Hagel dans la capitale afghane.

“L’Amérique dit que les talibans ne sont pas ses ennemis et qu’elle n’est pas en guerre contre eux. Pourtant, les talibans, sous ce nom, intimident chaque jour notre peuple” a, de son côté, réagi le président Karzaï. “Les bombes qui ont été activées n’ont pas servi à montrer leur force à l’Amérique, mais à la servir. Cela a servi leur slogan pour 2014, qui nous effraie et dit que s’ils (l’armée américaine) ne restent pas ici, notre peuple sera éliminé”, a-t-il ajouté.

Bien évidemment, de tels propos n’ont pas manqué de faire réagir. “C’est catégoriquement faux, nous n’avons aucune raison d’être de mèche avec les talibans”, a rétorqué le général américain Joseph Dunford, le commandant de l’ISAF, déployée en Afghanistan sous l’autorité de l’Otan. “Nous avons combattu trop durement ces 12 dernières années, versé trop de sang (…) pour que l’on puisse penser que la violence et l’instabilité soient à notre avantage”, a-t-il insisté.

Et la conférence de presse qui aurait dû être donnée conjointement par Chuck Hagel et Hamid Karzaï a été annulée. Pour des “raisons de sécurité”, a-t-on expliqué côté américain. Sauf que les autorités afghanes ont indiqué que cette décision était liée à des impératifs de calendrier…

Le secrétaire américain à la Défense a cherché toutefois à relativiser les propos du président afghan. Il a “sa façon d’agir” et des “problèmes politiques” que “nous ne pouvons pas régler” a-t-il affirmé. Seulement, les déclarations d’Hamid Karzaï viennent s’ajouter à d’autres mesures qui entravent l’action de la coalition internationale.

La dernière en date est l’interdiction qui lui est faite d’arrêter les “étudiants”. Auparavant, il avait demandé aux forces spéciales américaines de quitter de la province du Wardak, où les insurgés sont pourtant très actifs. Et c’est sans oublier la consigne données aux troupes afghanes de ne plus demander de soutien aérien auprès de l’ISAF, qui aura quitté le pays d’ici la fin 2014.

Dans ces conditions, l’on voit mal comment un accord stratégique entre Kaboul et Washington pourra être trouvé. Et le maintien d’un contingent réduit de soldats américains en Afghanistan après le retrat de l’ISAF est encore plus incertain étant donné que leur immunité juridique est loin de leur être accordée. Les propos et les décisions d’Hamid Karzaï laissent à penser que les Etats-Unis, et plus généralement l’Otan, ne seront pas les bienvenus après 2014. Et cela, malgré les milliards de dollars qui ont été donnés à son pays – et qui le seront encore dans les années qui viennent.

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  1. 9 commentaires à “Afghanistan : Pour le président Karzaï, les taliban font le jeu des Etats-Unis”

  2. pour les hommes de ma génération, cet afgha fait lamentablement penser à un vietnam sec et d’autres conflits aussi…soutien couteux a des fantoches et interet stratégique sans rapport avec une mise en respect ou destruction par dissuasion.
    a qui fera ton croire que les taleb viendront a pied en europe au uSa mais faut controler serieusement les frontieres et les entrées et quelues groupes …ce qui n’est pas du tout le cas!
    Mais les US vont rentrer de partout ala maison parce qu’ils ont du gaz de chiste qui les rend autonomes energiquement sous peu et ca ca va changer la géo pol!européens demerdez vous avec votre sud!

    Par parabellum on mar 11, 2013

  3. Pourquoi Obama n’appuierait-il pas malencontreusement sur le bouton de l’atomisation de l’Afgha? Problème résolu et pour beaucoup moins cher. Ce qu’ils nous font chier. On a tué Ben Laden, on peut se casser maintenant !

    Par maerox on mar 11, 2013

  4. Qui a dit que le fil de l’Histoire est cyclique, déjà?

    Par Reality Check on mar 11, 2013

  5. “Qui a dit que le fil de l’Histoire est cyclique, déjà?”

    Churchill?

    La BBC avait produit un reportage sur l’aventure anglaise en Afghanistan au 19e siècle, incroyable comment nos politiciens n’ont pas vu la même “déconfiture” venir !

    http://www.youtube.com/watch?v=agekmBkqHCw

    Par Marie Claude on mar 11, 2013

  6. Quand je pense que ce pantin est surnommé le “taliban des talibans” et que des centaines de nos frères ont versé leur sang dans son pays…On verra combien de temps il va durer, après 2014. Je propose d’ailleurs de déjà saisir ses avoirs à l’étranger et ceux de ses frères…comme ça, à titre de remboursement.

    Par Sam Lébouffe on mar 12, 2013

  7. Indépendamment de l’engagement humain et financier de l’ISAF au cours de ces 12 ans, les réactions récentes de Karzaï semblent plutôt logiques et sensées, au contraire.

    Mettez-vous 3 minutes à sa place.

    Les alliés qui vous ont mis au pouvoir font la course à celui qui partira le premier : il y a d’autres guerres à faire, du gaz à extraire, le porte-monnaie est vide, et de toute façon les opinions intérieures ont oublié ce qu’on est allés faire là-bas.

    Les alliés partent, mais les talibans restent. Si vous voulez éviter une répétition du scénario post-intervention soviétique, les structures “étatique” doivent tenir à peu près debout, le plus tôt possible. Comment obliger l’ANA à tenir un peu mieux debout rapidement ? En lui lâchant la main (donc exit les FS au Wardak, les appuis aériens, etc.).

    Second problème : gagner, dans la mesure du possible, les faveurs de la population. Comment ? En condamnant tous les dégâts collatéraux (on se démarque de l’allié qui s’apprête à partir) ; en mettant dans le même sac cet allié et son ennemi (“les talibans font le jeu des américains, c’est tous les mêmes, faites-moi confiance”).

    Toutes ces manÅ“uvres ressemblent surtout à de la politique intérieure. Se démarquer de la tutelle américaine, c’est un message pour la population afghane, plus que pour l’opinion internationale. Ça semble ingrat, de notre point de vue, mais c’est un dégât collatéral assez peu douloureux.

    Et en plus ça reste probablement très compatible avec une concertation avec les autorités américaines. De là à dire que ce serait une stratégie commune délibérée…

    Par Olivier on mar 12, 2013

  8. Les talibans de 2012 ne sont plus tout à fait les talibans de 2001.
    Et Karzai, lui, est toujours le même.

    Voilà pourquoi il dénonce les talibans d’aujourd’hui, voilà pourquoi les USA négocient avec ces mêmes talibans de 2012. Le vocable taliban ne désigne plus la même chose qu’avant.

    En 2001 les talibans étaient un mouvement extrémiste pseudo religieux minoritaire.

    En 2012 c’est elle regroupe tous les tenants d’une insurrection afghane contre une présence étrangère, y compris des ” résistants” de la 25ieme heure.
    Cette insurrection est soutenue par une majorité de la population afghane.

    Karzai, lui, reste un pantin désarticulé. Il ne changera jamais.

    Par Reality Check on mar 14, 2013

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  2. mar 14, 2013: Zone Militaire » Blog Archive Les propos du président Karzaï mettent en danger les soldats de l'Otan - Zone Militaire
  3. mar 15, 2013: Les propos du président Karzaï mettent en danger les soldats de l’Otan — Union Républicaine

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