Afghanistan : Le président Karzaï exige le retrait des forces spéciales américaines de deux provinces

Au train où vont les choses, l’Otan pourrait sans doute économiser du temps en cessant de travailler sur les contours de sa prochaine mission de formation en Afghanistan pour l’après 2014, date à laquelle le mandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) aura pris fin.

En quelques jours d’intervalle, le président afghan, Hamid Karzaï, a pris deux décisions qui, en quelque sorte, exigent que les forces de la coalition internationale se battent contre les insurgés avec une main liée dans le dos.

La première mesure, adoptée 16 février dernier, vise à interdire aux troupes afghanes de demander tout appui aérien à l’Otan. Cela afin d’éviter les dommages collatéraux. Autant dire que, la menace aérienne écartée, les insurgés afghans auront toute latitude pour agir comme bon leur semblera.

« J’ai passé un décret. A partir de demain, aucune force afghane n’a le droit de demander l’aide aérienne étrangère, quelles que soient les conditions », a en effet indiqué le président afghan en s’adressant à de jeunes officiers afghans.

La seconde décision prise concerne plus précisément les forces spéciales américaines, à qui il a été demandé de quitter les provinces du Wardak et du Logar, deux régions clés de par leur proximité avec Kaboul et où la présence d’insurgés rend compliqué les déplacements par la route vers les territoires du sud.

« Le président Karzaï a ordonné au ministre de la Défense de faire partir les forces spéciales américaines des provinces du Wardak et du Logar dans les deux semaines à venir », a ainsi affirmé Aimal Faizi, le porte-parole de la présidence afghane, le 24 février.

« Les forces spéciales américaines et des groupes armés illégaux qu’elles ont créés génèrent de l’insécurité, de l’instabilité, et harcèlent les habitants de ces deux provinces », a-t-il expliqué. « Il est notamment reproché aux troupes américaines et à ces groupes armés des arrestations et des fouilles de maisons », a poursuivi Aimal Faizi. « La décision présidentielle a été prise à la suite d’une enquête après que des habitants de ces provinces furent venus à Kaboul pour se plaindre », a-t-il conclu.

D’après le gouverneur de la province du Wardak, des plaintes émanant de la population locale se sont accumulées au cours des dix dernière semaines. Toutes visaient des milices de proximité « illégales », formées par les forces spéciales américaines.

« Nous voulons que les forces de sécurité afghanes reprennent le contrôle de la province et qu’elles remplacent ces forces spéciales américaines. Nous voulons que ces dernières soient expulsées », a fait savoir son porte-parole, Ataullagh Khogyani. Question : pourquoi ces plaintes arrivent-elles maintenant?

« Nous n’avons trouvé aucun élément étayant ces allégations et allons nous entretenir avec nos collègues (au sein de la mission) et nos partenaires afghans afin de trouver une solution » à ce différend, a rétorqué, ce 25 février, le général de brigade Günter Katz, porte-parole de l’ISAF.

En attendant, ce qu’il se passe dans la province du Wardak intéresse particulièrement Paris puisque des gendarmes français y sont actuellement affectés pour assurer une mission de formation au profit de la police afghane. Justement, interrogé par Paris Match lors de la visite en Afghanistan du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, le colonel Jérôme Delcambe, qui commande le détachement, a affirmé que « 50 à 60% des habitants des villages alentours (ndlr, de la base) sont de connivence avec les insurgés. »

Quoi qu’il en soit, ces deux décisions récentes prises par le président Karzaï ne laissent pas présager qu’un accord soit trouvé entre Kaboul et Washington pour le maintien d’un contingent américain en Afghanistan. Notamment pour ce qui concerne l’immunité juridique, exigée par les Etats-Unis pour leurs soldats.

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