Pour Jean-Yves Le Drian, les combats ne sont pas terminés au Mali

31 janvier 2013 – 12:40

Invités à s’exprimer sur les ondes de France Inter ce 31 janvier, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a longuement évoqué l’opération Serval, actuellement en cours au Mali.

Pour le moment, et après avoir repris les villes de Tombouctou et de Gao, qui étaient tombées en 2012 aux mains des jihadistes d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), les forces françaises ont Kidal en ligne de mire. Cette localité est un bastion du groupe islamiste touareg Ansar Dine, par ailleurs en proie à des dissensions internes qui ont abouti à la création d’une organisation dissidente, le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA).

Ce dernier a par ailleurs fait savoir que, s’il recherche une solution pacifique comme il l’a affirmé la semaine passé, il s’oppose au déploiement à Kidal de militaires maliens et ouest-africains.

“Les forces françaises sont à Kidal et tiennent l’aéroport. En attendant que elles et d’autres forces africaines puissent sécuriser la ville”, a ainsi affirmé le ministre de la Défense. Etant donné les tensions entre les Touareg et Bamako, il est peu probable que les troupes maliennes soient associées à la reprise de la ville, comme elles l’ont été pour Tombouctou et Gao.

D’après l’Etat-major des armées (EMA), les forces françaises, dont l’action est entravée par une tempête de sable, attendent les troupes tchadiennes qui ont continué, le 30 janvier, leur “reconnaissance offensive vers le nord pour faire la jonction avec les éléments sur Kidal.”

Le ministre a précisé que les forces françaises “ne sont pas ensablées.” Elles “sont vivaces sur l’aéroport qui a été pris il y a un peu plus d’une journée”, a-t-il poursuivi, avant d’ajouter que “les conditions météorologiques font que le complément des forces mettra un peu plus de temps à arriver, mais cela fait partie des risques du désert.”

Quant à savoir sur les forces françaises de l’opération Serval, qui attendent l’arrivée imminente d’un second Groupement tactique interarmes (GTIA), armé principalement par la 3e Brigade Mécanisée (BM), seront engagées “au-delà de Kidal”, M. Le Drian n’a pas souhaité donner de précision.

“La mission des forces françaises n’a pas changé : contribuer à restaurer l’intégrité et la souveraineté du Mali, c’est-à-dire sur l’ensemble de son territoire. Mais contribuer, pas seule, avec les forces maliennes et africaines”, a-t-il souligné. Sur la question d’une éventuelle “offensive terrestre” dans la région de l’Adrar des Ifoghas, place forte des islamistes dans le nord du pays, le ministre a simplement répondu : “On verra”.

Cela étant, dans son compte-rendu quotidien, l’EMA a fait état d’une “quinzaine de sorties” aériennes au cours de la journée du 30 janvier, dont une “dizaine dédiées aux frappes aériennes qui ont visé des objectifs situés dans la profondeur du dispositif ennemi, au nord de Kidal”, région où, croit savoir le ministre de la Défense, les otages français détenus par les groupes jihadistes seraient localisés.

En outre, M. Le Drian a indiqué que “les djihadistes ont subi de lourdes pertes” depuis le début de l’intervention française. “Il y a eu des frappes très nombreuses qui ont touché du matériel et des hommes. Donc, les djihadistes se sont dispersés, parce que certains étaient venus là pour un moment d’aventure militaire et sont rentrés chez eux, ou alors ils essayent de passer les frontières, ce qui leur sera de plus en plus difficile”, a-t-il expliqué. “Ou alors ils se replient dans l’Adrar des Ifoghas (nord-est) et il y a là un repli tactique qui ne doit pas nous leurrer”, a-t-il ajouté.

La question est donc de savoir leurs intentions. Sur RFI, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré s’est demandé “pourquoi il n’y a pas eu de combats.” Les jihadistes “se sont retirés des grandes villes pour ne pas se trouver coincés et ils ont dû se retirer pas très loin de ces agglomérations”, a-t-il estimé, en s’interrogeant sur ce que les combattants islamistes “mijotent.”

Pour autant, le ministre de la Défense a expliqué que l’on “arrive à un point de changement dans l’intervention française.” “Le président de la République avait souhaité : premièrement que l’on stoppe l’offensive des djihadistes vers le sud, ça a été fait tout de suite ; deuxièmement, il avait expliqué qu’il fallait que l’on accompagne les Maliens et les forces africaines lorsqu’elles seraient constituées dans la reprise de l’autonomie et de l’intégrité du territoire malien, c’est en cours”, a-t-il rappelé.

“Troisièmement, nous y sommes, faire en sorte qu’à la fois la réconciliation nationale puisse se mettre en place au Mali et que les conditions soient réunies pour que la force africaine et les éléments européens puissent contribuer à la sécurité à moyen terme de ce territoire”, a-t-il encore ajouté. Mais, a-t-il tempéré, cela “ne veut pas dire que les risques militaires et que les combats sont terminés.”

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  1. 21 commentaires à “Pour Jean-Yves Le Drian, les combats ne sont pas terminés au Mali”

  2. ils vont peut être même commencer, car ceux d’en face adoptent les tactiques de la guérilla quand l’ennemi avance ,eux reculent !!!!!!!!!!!!!!!!

    Par DRAILLET on jan 31, 2013

  3. La presse malienne est de plus en plus critique envers l’armée Française ces dernières heures, car elle soupçonne la France de vouloir pactiser avec le MNLA.

    Le problème, c’est que les Noirs ne veulent rien négocier avec les Touaregs, même les laïcs. On est devant un sacré problème là.

    Soit on perd le soutien des Maliens en s’alliant les Touaregs, ce qui n’est pas possible diplomatiquement parlant, soit on casse tout espoir aux Touaregs, par la force si nécessaire (mais c’est là un retour aux pratiques néocoloniales les plus typiques, casser des revendications locales légitimes au bénéfice du pouvoir central en place).

    Il n’y a pas de bonnes solutions à cause de l’intransigeance des Maliens de Bamako. Va falloir que la France tranche et décide dans quel camp se mettre. Dans tous les cas, on nous le reprochera, alors choisissons bien!

    Par Lucien on jan 31, 2013

  4. Lucien

    il n’y a pas de camp à choisir, Bamako n’est pas en position de dicter ses lois, il faudra que le problême des Touaregs soit réglé avec l’ONU, et imposé aux Maliens

    Par Marie Claude on jan 31, 2013

  5. Et quand nous aurons toute la population malienne sur le dos, notre opération perdra toute légitimité. C’est ce que vous voulez?

    Par Lucien on jan 31, 2013

  6. Lucien

    eh, il faudra oublier qu’on est “seuls” , maintenat l’arène va être laissée aux politiciens !

    Par Marie Claude on jan 31, 2013

  7. Comme je l’ai déjà dit, c’est maintenant que cela commence à se compliquer. La phase militaire de l’opération, même si elle n’était pas simple et si elle n’est pas terminée, avait l’avantage d’une certaine clarté. Il y a des adversaires en armes en face de nous, on les met hors d’état de nuire : point. On commence à entrer dans la phase politique maintenant et compte – tenu de la déliquescence du pouvoir à Bamako, de l’ancieneté des antagonismes et d’un lourd passé, il va falloir se la jouer fine. On pourrait refiler ce bébé à l’ONU, l’OUA, la CDEAO …On connaît la suite : ils ne vont surtout pas se précipiter, lâchement soulagés qu’ils sont de notre intervention. Beaucoup vont penser tout bas : “Les Français y sont allés, maintenant qu’ils se démerdent”. On entend déjà des organisations humanitaires dire que la France pourra être tenue pour responsable des massacres qui pourraient être commis par les troupes africaines. En même temps on dénoncera une attitude néo-coloniale si nous intervenons. L’éternel problème de toute guerre, c’est qu’il est facile d’y entrer et beaucoup moins d’en sortir.

    Par BT on jan 31, 2013

  8. On se retrouve exactement comme au Tchad …..
    Quant à Bamako, il a besoin de l’armée française ne serait-ce que pour se protéger de ses alliés africains, des Touaregs indépendentistes, des islamistes, de sa propre armée…

    Par Clavier on jan 31, 2013

  9. On ne va pas régler en cinq minutes la question Touareg qui mine ce pays depuis 150 ans. Bamako le sait et fera des concessions comme le feront les Touaregs pour que les choses se calment.La France dans ces conditions doit obtenir que les discussions inter-maliennes se fassent aux yeux et vues de tous. Pas question cette fois de laisser les Maliens laver leur linge sale en famille.

    Par baron on jan 31, 2013

  10. Gaffe aux mines et autres engins piégés. Un véhicule malien à roulé sur une mine entre Gossi et Gao causant la mort de 4 soldats et des blessures à 5 autres.

    Par Frédéric on jan 31, 2013

  11. Il était une fois chez Ansar Dine….

    “On fait semblant de se diviser, toi, toi, toi, vous inventez un nouveau mouvement, tiens, on l’appelle le MIA, on fait semblant de négocier avec les mécréants, vous le MIA, vous serez les gentils, nous on reste méchants pour mieux faire croire à cette opération d’intoxication, hi,hi, hi…”

    ” Le MIA, vous refuserez la venue des Maliens et vous ferez les beaux yeux aux mécréants…”

    “Dès le repli des mécréants, on redevient tous des sardines, pardon des Ansar Dine hi hi hi..”

    Toute ressemblance avec des événements récents ou passés est purement imaginaire.

    Par Amusé on jan 31, 2013

  12. Si Bamako nous casse les …., on les fait sauter, enfin, façon de parler, et c’est le retour de la Françafrique…Bon, c vrai, le risque est réel et Bamako n’a pas intérêt à jouer avé le feu…..

    Par Amusé on jan 31, 2013

  13. les touaregs representent moins de 10% de la
    population,un nombre de places important leurs
    etaient reservé dans l’administration et les institutions MALIENNES? mais ceux qui connaissent un peu ce pays,savent que cela vient des Touaregs qui ne veulent pas etre commandé
    par des noirs

    Par comap on jan 31, 2013

  14. Beau blitz. Du 11 au 30, ça fait 19 jours. Même si il y a eu peu de résistance en face, on ne le savait pas forcément au départ.
    Deuxième partie : négociations, vigilance et endurance.

    Par Pierre on jan 31, 2013

  15. Bon, parlons peu mais parlons bien, on en est ou de la mission donnée de destruction des 3000 bandits ?

    Le reste concerne, pour l’instant les maliens.
    Me semble t-il.

    Par casimir on jan 31, 2013

  16. Vous savez, les touaregs ne peuvent rien imposer,ils devront se plier à la Loi du Mali et ce ne sont pas les forces françaises qui vont s’y opposer, les intérêts de la France dans la sous-région sont TRÈS importants. J’en suis à ma 33ème année de Sahel et pour Marie Claude qui entretient apparemment un fantasme touarègue du désert, je l’informe que plus de la moitié des touarègues est noire, il ne s’agit pas d’un problème de couleur de peau mais de culture, de cette culture de razzia et de farniente qui a toujours caractérisé certaines tribus touarègues qui s’attribuent des droits qui ne sont pas leurs et n’hésitent pas à changer de camp au gré du vent de leur humeur.

    Leur atout ces dernières années c’est qu’ils ont développé un narratif pseudo-historique et certaines relations dans le petit monde parisien des media, ce qui leur a permis d’embobiner un bon nombre de romantiques…

    Par GrosNez on fév 1, 2013

  17. …mais les gars du MNLA n’en demeurent pas moins des criminels assassins, au même titre que ceux d’Ansardine ou d’AQMI…

    Par GrosNez on fév 1, 2013

  18. Vous savez, les touaregs ne peuvent rien imposer,ils devront se plier à la Loi du Mali

    ah bon ?

    et c’est quoi la loi du Mali au juste ? celle du putschiste Sanogo, le Dadis Camara de Bamako devenu bien silencieux depuis que d’autres se battent a sa place

    je crois au contraire l’exacte contraire, les maliens du sud ne pourront rien imposer aux touaregs, car aussitot que les francais plieront bagage,
    le temps sera venu de deterrer les armes des caches, et de reconquerir l’Azawad sans coup ferir

    le Mali est devenu le Darfour

    Par Patriote on fév 1, 2013

  19. Existe-t-il un ouvrage “historique” objectif et impartial sur ces populations touaregs pour se faire une idée?
    Parce qu’effectivement entre la version des bobols parisiens et la réalité, il doit y avoir un gouffre.

    Par au beurre chat on fév 1, 2013

  20. Face aux 2.000 à 5.000 djihadistes:

    - 4.000 français
    - 8.000 africains
    - 12.000 maliens
    - 5.000 casques bleus

    on va pouvoir commencer à approcher des seuils pour réussir des opérations de contre-insurrection (rapport de 1 à 5 à 1 à 10), même si toutes ne sont pas vraiment des forces aguerries.

    Si en plus les frontières avec le Burkina et le Niger sont mieux sécurisées …

    Ou bien suis-je trop optimiste ?

    Par jouy31 on fév 1, 2013

  21. Les frontières dans ces pays, c’est du virtuel.

    Par André on fév 1, 2013

  22. @ au beurre chat on fév 1, 2013

    Il y a une foultitude d’ouvrages concernant les touaregs. Donc il serait malhonnête de vous en suggérer un.

    Grosso-modo, on peut retenir que les touaregs sont les habitants, nomades, du Sahara. Ils ont leur culture propre, leurs coutumes à eux, ils sont une civilisation à eux tous seuls.

    Leur problème, c’est la colonisation, puis donc le décolonisation qui a charcuté le Sahara à la sauce européenne et les a, comme les kurdes ailleurs, empalés sur les frontières de cartes imbéciles.

    Je retiens en passant que leur culture, loin de nier la liberté de la Femme, est construite fondamentalement comme matriarcale.

    Les Touaregs sont des hommes et des femmes libres. Trop libres pour ce qu’on leur a laissé de territoire à vivre, qui se battent pour que survive leur identité, leur originalité.

    Ils ne sont pas des ennemis. Certes ils peuvent être de redoutables adversaires. Il nous appartient, là où on en est au Mali, de retricoter (démocratiquement) la décolonisation et leur donner leur terre.

    On combat l’obscurantisme, soit. Ce ne doit pas être au détriment de la liberté d’un Peuple. Les touaregs en sont un.

    Par Myshl on fév 2, 2013

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