Serval : Ce qu’il s’est passé à Diabali

Alors que l’opération française Serval venait d’être lancée, les jihadistes établis au Nord-Mali ont attaqué, le 14 janvier, la ville de Diabali, située près de la frontière avec la Mauritanie et à l’ouest de Konna où leur progression vers Bamako avait été stoppée.

Plusieurs reportages publiés ces derniers jours permettent d’avoir une idée assez précise de ce qu’il s’est passé à Diabali. Tout d’abord, les forces maliennes qui avaient pris position dans la ville savaient qu’une offensive islamiste était imminente étant donné que les mouvements des jihadistes avaient été repérés auparavant par les moyens de renseignement français. Mais au lieu d’arriver par le nord, comme attendu, ils attaquèrent par le sud, à 6 heures du matin, avec environ 400 hommes et 47 pick up armés de mitrailleuses, de lance-roquettes, de canons légers et de missiles.

« Ils ont attaqué là où on ne les attendait pas. Leur armement était sophistiqué. Ils nous ont pilonné alors que nous nous trouvions face au village et que nous hésitions à riposter » a affirmé le colonel malien Seydou Sogoba, lors d’un débriefing avec les militaires français, dont la teneur a été rapportée par l’envoyé spécial des Dernières Nouvelles d’Alsace.

Les jihadistes s’étaient répartis en 2 colonnes : l’une pour mener l’assaut, l’autre en appui. Dans un premier temps, ils neutralisèrent un blindé malien à l’entrée de la ville. Puis, parfaitement renseignés sur la géographie de la ville, ils ont progressé à pied et à couvert pour attaquer un autre poste militaire situé près d’un pont.

Ensuite, ils constituèrent deux groupes : l’un pour neutraliser une autre position tenue par l’armée malienne en bordure de Diabali, l’autre, pour donner l’assaut contre la garnison de la ville. L’attaque fut d’une « violence fulgurante », a raconté le même colonel Sogoba à Jean-Paul Mari, l’envoyé spécial du Nouvel Observateur. Les militaires maliens n’eurent le choix qu’entre la fuite et la mort. Trois heures plus tard, les combats étaient terminés.

Lors du débriefing évoqué précédemment, le colonel Sogoba a expliqué que les jihadistes avaient piraté les fréquences radio des forces maliennes, ce qui explique pourquoi ils connaissaient les mouvements de celles stationnées à Diabali. « Dans toutes les armées du monde il y a des éléments qui sont prêts à vendre leur âme au diable » a répondu l’officier malien à un militaire français qui voulait savoir s’il y avait des « éléments » qui collaboraient « avec l’ennemi ».

En fait, dans l’article du Nouvel Observateur, l’on apprend que l’attaque fut menée par un certain Ousman Haïdara, un ex-officier touareg de l’armée malienne qui commanda la garnison de Diabali de 2001 à 2009. Quant aux assaillants, il y avait parmi eux « beaucoup de Touareg du Nord, et même des femmes combattantes » ainsi que des « Noirs francophones, maliens ou étrangers, (…) des anglophones, sans doute membres de Boko Haram et des Arabes, à la peau claire, venus de l’étranger. » Si cela s’avère exacte, alors il n’est plus du tout certain que l’assaut de Diabali ait été le fait de la katiba d’Abou Zeïd, un des chefs d’al-Qaïda au Maghreb islamique.

Une fois la ville prise, les jihadistes firent la chasse aux notables, aux catholiques (2-3% de la population) ainsi qu’aux militaires maliens cachés et pillèrent les dépôts de munitions et d’essence, les magasins de vivres et les pharmacies. Dans le même temps, ils cachèrent leurs pick-up en se servant de la population civile.

Pour autant, cela n’empêcha pas l’aviation française, et en particulier les hélicoptères Gazelle de l’ALAT d’effectuer des frappes pendant 4 jours, grâce aux renseignements fournis par les forces spéciales. Résultat : les jihadistes furent contraints à décrocher. « Les islamistes cachaient comme toujours leurs véhicules dans les cours ou des ruelles, en les camouflant avec des branchages, mais cela n’a rien changé. Ils explosaient un à un, et les islamistes avec » a raconté un habitant de Diabali à Patrick Forestier, envoyé spécial de Paris Match au Mali.

Aussi, les islamistes évacuèrent la ville après avoir sommairement enterrés leurs morts et se replièrent dans un premier temps vers Sokolo, dans le Nord, avant de se disperser on ne sait où afin d’échapper aux appareils français qui les pourchassaient.

Il aura fallu attendre 3-4 jours avant que l’armée malienne, appuyée par des unités françaises, en l’occurrence le 21e Régiment d’Infanterie de Marine (RIMa) et le 1er Régiment Etranger de Cavalerie (REC), reprenne le contrôle Diabali.

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