Serval : Ce qu’il s’est passé à Diabali
25 janvier 2013 – 15:58Alors que l’opération française Serval venait d’être lancée, les jihadistes établis au Nord-Mali ont attaqué, le 14 janvier, la ville de Diabali, située près de la frontière avec la Mauritanie et à l’ouest de Konna où leur progression vers Bamako avait été stoppée.
Plusieurs reportages publiés ces derniers jours permettent d’avoir une idée assez précise de ce qu’il s’est passé à Diabali. Tout d’abord, les forces maliennes qui avaient pris position dans la ville savaient qu’une offensive islamiste était imminente étant donné que les mouvements des jihadistes avaient été repérés auparavant par les moyens de renseignement français. Mais au lieu d’arriver par le nord, comme attendu, ils attaquèrent par le sud, à 6 heures du matin, avec environ 400 hommes et 47 pick up armés de mitrailleuses, de lance-roquettes, de canons légers et de missiles.
“Ils ont attaqué là où on ne les attendait pas. Leur armement était sophistiqué. Ils nous ont pilonné alors que nous nous trouvions face au village et que nous hésitions à riposter” a affirmé le colonel malien Seydou Sogoba, lors d’un débriefing avec les militaires français, dont la teneur a été rapportée par l’envoyé spécial des Dernières Nouvelles d’Alsace.
Les jihadistes s’étaient répartis en 2 colonnes : l’une pour mener l’assaut, l’autre en appui. Dans un premier temps, ils neutralisèrent un blindé malien à l’entrée de la ville. Puis, parfaitement renseignés sur la géographie de la ville, ils ont progressé à pied et à couvert pour attaquer un autre poste militaire situé près d’un pont.
Ensuite, ils constituèrent deux groupes : l’un pour neutraliser une autre position tenue par l’armée malienne en bordure de Diabali, l’autre, pour donner l’assaut contre la garnison de la ville. L’attaque fut d’une “violence fulgurante”, a raconté le même colonel Sogoba à Jean-Paul Mari, l’envoyé spécial du Nouvel Observateur. Les militaires maliens n’eurent le choix qu’entre la fuite et la mort. Trois heures plus tard, les combats étaient terminés.
Lors du débriefing évoqué précédemment, le colonel Sogoba a expliqué que les jihadistes avaient piraté les fréquences radio des forces maliennes, ce qui explique pourquoi ils connaissaient les mouvements de celles stationnées à Diabali. “Dans toutes les armées du monde il y a des éléments qui sont prêts à vendre leur âme au diable” a répondu l’officier malien à un militaire français qui voulait savoir s’il y avait des “éléments” qui collaboraient “avec l’ennemi”.
En fait, dans l’article du Nouvel Observateur, l’on apprend que l’attaque fut menée par un certain Ousman Haïdara, un ex-officier touareg de l’armée malienne qui commanda la garnison de Diabali de 2001 à 2009. Quant aux assaillants, il y avait parmi eux “beaucoup de Touareg du Nord, et même des femmes combattantes” ainsi que des “Noirs francophones, maliens ou étrangers, (…) des anglophones, sans doute membres de Boko Haram et des Arabes, à la peau claire, venus de l’étranger.” Si cela s’avère exacte, alors il n’est plus du tout certain que l’assaut de Diabali ait été le fait de la katiba d’Abou Zeïd, un des chefs d’al-Qaïda au Maghreb islamique.
Une fois la ville prise, les jihadistes firent la chasse aux notables, aux catholiques (2-3% de la population) ainsi qu’aux militaires maliens cachés et pillèrent les dépôts de munitions et d’essence, les magasins de vivres et les pharmacies. Dans le même temps, ils cachèrent leurs pick-up en se servant de la population civile.
Pour autant, cela n’empêcha pas l’aviation française, et en particulier les hélicoptères Gazelle de l’ALAT d’effectuer des frappes pendant 4 jours, grâce aux renseignements fournis par les forces spéciales. Résultat : les jihadistes furent contraints à décrocher. “Les islamistes cachaient comme toujours leurs véhicules dans les cours ou des ruelles, en les camouflant avec des branchages, mais cela n’a rien changé. Ils explosaient un à un, et les islamistes avec” a raconté un habitant de Diabali à Patrick Forestier, envoyé spécial de Paris Match au Mali.
Aussi, les islamistes évacuèrent la ville après avoir sommairement enterrés leurs morts et se replièrent dans un premier temps vers Sokolo, dans le Nord, avant de se disperser on ne sait où afin d’échapper aux appareils français qui les pourchassaient.
Il aura fallu attendre 3-4 jours avant que l’armée malienne, appuyée par des unités françaises, en l’occurrence le 21e Régiment d’Infanterie de Marine (RIMa) et le 1er Régiment Etranger de Cavalerie (REC), reprenne le contrôle Diabali.
Tags: 1er REC, 21e RIMa, Diabali, jihadiste, Mali, Nord-Mali, RETEX, Serval






13 commentaires à “Serval : Ce qu’il s’est passé à Diabali”
On a un bilan de cette bataille ?
Par iznogoud on jan 25, 2013
@ Iznogoud:
- une ville libérée
- un pont stratégique pris
- narco-djihadistes débandés
- 0 soldats FR tués.
Par fraisedesbois on jan 25, 2013
Je pensais plutôt en nombres de tombes feaiches, mais vous avez raison.
Par iznogoud on jan 25, 2013
Les maliens ont hésité à riposter ?
C’est vachement rassurant quant à la qualité de leurs forces, tout ça.
Par Kouak on jan 25, 2013
Merci pour votre point de situation précis et détaillé.
Cela montre que l’adversaire est déterminé et sait manoeuvrer sur ce type de terrain.
Par Eric38 on jan 25, 2013
@admin : euh,”Ce qui s’est passé à” et non ce qu’il…
Par André on jan 26, 2013
“Ils ont attaqué là où on ne les attendait pas. Leur armement était sophistiqué. Ils nous ont pilonné alors que nous nous trouvions face au village et que nous hésitions à riposter” a affirmé le colonel malien Seydou Sogoba
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l’armée malienne !
une combativité sans pareil, des gaillards prets a tout pour leur « pays »
soit on recolonise,
soit on s’en va tout de suite
il n’y a pas de milieu, c’est soit l’un, soit l’autre
Par Patriote on jan 26, 2013
comme au tchad dans cinquante ans nous y sommes encore
Par roussel on jan 26, 2013
Le Tchad est bien utile à cause de sa base aérienne ….
Par Clavier on jan 26, 2013
@ André,
Les deux formes sont autorisées
Par Laurent Lagneau on jan 26, 2013
En clair nous ne pouvons pas laisser l’armée malienne seul dans une ville…
Par bombe H on jan 26, 2013
En effet “bombe H”, sinon gaffe aux règlements de comptes des contentieux irrédentiques inter-ethniques locaux (largement connus), qui seraient d’un très, très mauvais effet pour la France et son armée.
Peut être plus que les résultats attendus, même !
Par casimir on jan 26, 2013
Je lis la confirmation que la guéguerre libyenne, menée par un futur employé de banque britannique, au service de ses maîmaîtres golfiques sur les ordres de conseiller béhachélien… Accessoirement roi-quinquennal de France…
La confirmation que la Foire-Fouille Lybienne qui a satisfait des actionnariats, sans jamais se soucier des peuples et encore moins des ethnies… La Foire-Fouille a permis d’armer nos pires ennemis (après la finance apatride).
La confirmation donc que la France s’est engagée de facto dans la guerre au Sahel quand un imbécile a fait SA guerre en Lybie.
C’est la même guerre, un président l’a commencée, son successeur est condamné à la finir.
Et cause que c’est la même guerre,
j’aimerais bien qu’on suspende les promotions, les médailles, les citations et les peinturlurages de tableaux commémoratifs.
Jusqu’au bilan global.
Par Myshl on jan 26, 2013