Les Etats-Unis seraient à l’origine du piratage des ordinateurs de l’Elysée

Quand le général de Gaulle décida de faire quitter la France du commandement intégré de l’Otan, les dirigeants américains ne furent pas surpris outre mesure étant donné qu’ils connaissaient déjà ses intentions. Et pour cause, ils étaient informés, presque en direct, de ce qu’il se tramait à l’Elysée, grâce à une « taupe » très bien placée au Quai d’Orsay, qui leur fournissait des documents confidentiels (*).

Autre Epoque, autres procédés. En juillet dernier, le quotidien Le Télégramme révélait que l’Elysée avait été la cible, à deux reprises, d’un piratage informatique entre les deux tours de l’élection présidentielle et juste avant la prise de fonction de François Hollande.

Déjà, fin 2010, des ordinateurs du ministère de l’Economie avaient été contaminé par un logiciel de type « cheval de Troie », ce qui avait permis à ceux qui l’avaient installé frauduleusement de faire main basse sur des documents concernant la présidence française du G-20. Là, selon le rapport du sénateur Jean-Marie Bockel sur la cybersécurité, des officines chinoises ont été suspectées d’être à l’origine de cette opération.

Pour ce qui concerne les intrusions dans les ordinateurs des services de la présidence de la République, il semblerait que les Etats-Unis en soient les responsables. C’est du moins ce que prétend le dernier numéro de l’Express.

Il est toujours compliqué de retrouver l’origine d’une cyberattaque, étant donné que les pirates brouillent les pistes en passant d’un serveur à un autre situés dans des pays différents. Cela étant, les enquêteurs de l’Agence nationale de la sécurité des sytèmes d’information (ANSSI) ont réussi à identifier les auteurs de l’intrusion informatique à l’Elysée. « Selon les informations recueillies par l’Express auprès de plusieurs sources, leurs conclusions, fondées sur un faisceau de présomption, convergent vers le plus vieil allié de la France : les Etats-Unis », écrit l’hebdomadaire.

Pour arriver à leurs fins, les cyberassaillants ont usé de vieilles ficelles. Ils ont d’abord identifié, via Facebook, des personnes travaillant à l’Elysée. Ensuite, ils les ont invitées à se connecter via un lien contenu dans un message à une réplique de la page d’accueil de l’Intranet de la présidence (c’est ce que l’on appelle la technique dite du phishing, utilisée aussi pour vider les comptes en banque).

La suite? Disposant des identifiants des personnels piégés, installer un logiciel espion dans le réseau interne de l’Elysée n’a été qu’un jeu d’enfant. C’est ainsi que les ordinateurs de proches conseillers du président Sarkozy ont été infectés, dont celui du secrétaite général de la présidence, Xavier Musca, et que des documents sensibles (notes secrètes, plans stratégiques) ont été dérobés.

Quoi qu’il en soit, l’ambassade des Etats-Unis à Paris a réagi vivement aux accusations portées par l’hebdomadaire.

« Nous réfutons catégoriquement les allégations de sources non-identifiées, parues dans un article de l’Express, selon lesquelles le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique aurait participé à une cyberattaque contre le gouvernement français. La France est l’un de nos meilleurs alliés. Notre coopération est remarquable dans les domaines du renseignement, du maintien de l’ordre et de la cyberdéfense. Elle n’a jamais été aussi bonne et demeure essentielle pour mener à bien notre lutte commune contre la menace extrémiste », a fait valoir Mitchell Moss, son porte-parole.

Cela étant, rien n’empêche d’avoir un oeil sur un allié, aussi proche soit-il. En mai 2010, il a été dit que la démission du directeur du renseignement américain (DNI), qui était alors Dennis C. Blair, avait été motivée par le refus de l’administration Obama de signer un pacte écrit entre Washington et Paris interdisant l’espionnage entre les deux pays (les Français n’étant pas en reste, parait-il). Pour la Maison Blanche, il n’était pas question de se lier les mains dans le cas où la France viendrait à s’opposer frontalement à la politique étrangère américaine.

Par ailleurs, espionner son allié peut être utile dans le domaine économique, sachant que des contrats étaient en cours de négociation (et ils le sont toujours…) au moment du piratage des ordinateurs de l’Elysée. En 1994, la France s’était fait souffler une vente en Arabie Saoudite par les Etats-Unis après l’interception par la NSA d’une conversation téléphonique entre le Premier ministre d’alors, Edouard Balladur, et le négociateur de l’entreprise française concernée.

(*) « Des secrets bien gardés : Les dossiers de la Maison-Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents 1958-1981« , de Vincent Nouzille, chez Fayard. 494 pages, 22,90 euros.

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