Des militaires du rang en manque de reconnaissance

Le Haut Comité d’Evaluation de la Condition Militaire (HCECM) s’est particulièrement intéressé aux militaires du rang dans son dernier et copieux rapport qu’il vient de rendre public.

En 2010, les forces armées comptaient 89.073 militaires du rang, âgés en moyenne de 27 ans. Cette année-là, 16.301 d’entre eux ont quitté l’uniforme pendant que 13.803 s’engageaient. Leur recrutement semble d’ailleurs poser problème, dans la mesure où il est peu attractif, avec seulement deux candidats pour un poste (ce taux tombe même à 1,5 pour l’armée de Terre).

Qui plus est, le taux de dénonciation de contrat avant 6 mois de service est relativement élevé. Si il y a peu d’abandon chez les marins (12,5%), c’est loin d’être le cas pour le Service des essences des armées (35%), l’armée de Terre (27,7%) et, dans une moindre mesure, l’armée de l’Air (22%). En moyenne, ils sont 27% à retrouver la vie civile au bout d’un an.

Pour une large majorité, les militaires du rang ont un niveau scolaire CAP/BEP, sauf dans la Marine nationale, où les matelots et quartiers maîtres bacheliers sont plus nombreux que les autres (29%), de même que les titulaires d’un diplôme équivalent à Bac +2 (11%).

Après leur recrutement, leur solde moyenne de base brute s’élève à 1.265 euros, pour atteindre 1.379 euros après 6 ans de carrière. Enfin, 45% sont célibataires et 29% ont fondé une famille, souvent après plusieurs années de service.

Par ailleurs, effectuant généralement des carrières courtes, et bien que 63% des militaires du rang ont un métier « transposable » dans le civil, ils constituent tout de même 81,5% des anciens militaires au chômage.

Aussi, le rapport du HCECM met en avant « l’insatisfaction » de ces militaires du rang au regard des rémunérations et de la considération qui leur est portée » ainsi que leur incertitude face à leur avenir professionnel, à la reconnaissance de leurs services et aux restructurations. De plus, ils porteraient un « jugement négatif sur le processus de recrutement. »

Pour le document, cette « insatisfaction » se concentre sur les conditions matérielles de vie, les soldes et les indemnités, jugées « insuffisantes et inadaptées » par rapport « aux obligations du métier militaire », l’alimentation et le logement.

« Cette perception d’un déséquilibre entre les sujétions et les contreparties de l’état de militaire est renforcée avec l’ancienneté de service, qui s’accompagne généralement d’une transition de l’état de célibataire vers celui de membre ou de chef de famille », note le rapport.

Aussi, le HCECM a émis plusieurs recommandations, dont la mise en place d’un statut particulier pour les militaires du rang, afin de « consacrer » leur place dans les armées, avec éventuellement l’idée de changer leur appellation.

A cela, il s’ajoute notamment la proposition de supprimer, dans le code des pensions, la condition minimale de service ouvrant droit à la pension militaire de retraite, de renforcer « les actions conduites » à leur profit pour « faciliter les reclassements dans le secteur public », d’utiliser systématiquement des « passeports professionnels » (ou livrets de compétence) et de faire en sorte qu’il y ait des contrats d’au moins 4 ans pour « lier l’engagement initial au droit à la reconversion. »

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