Suisse : Dassault Aviation propose le Rafale au prix d’un Gripen

Choisi en 2011 par Berne aux dépens du Rafale et de l’Eurofighter pour remplacer les F-5 Tiger des forces aériennes suisse, le Gripen du constructeur suédois Saab continue d’alimenter la controverse.

Après notamment la publication d’évaluations défavorables à l’égard de cet appareil, les incohérences soulevées par le rapport d’une sous-commission parlementaire chargée d’enquêter sur le processus ayant conduit à sa sélection, les incertitudes liées au développement de sa version E/F, les critiques soulevées par les risques technologiques et financiers et la volonté du Conseil national suisse de s’assurer que le contrat n’est pas entâché par des histoires de corruption, l’hebdomadaire suisse « Le Matin Dimanche » vient d’apporter de nouveaux éléments.

Ainsi, en mai dernier, des pilotes d’essais suisse s’étaient rendus à Linköping, en Suède, afin de tester, pour la première fois, le démonstrateur la version E du Gripen. Seulement, 5 mois plus tard, les données récoltées lors de différents vols accomplis à cette occasion n’ont toujours pas été transmises à l’équipe d’essai et d’évaluation opérationnelle (OT&E), qui, basée à Payerne, devait les analyser.

Et pour cause : le Département de la Défense (DDPS) suisse a expliqué que « Saab a été mandaté pour effectuer une analyse détaillée des données brutes » des vols d’essais et cette dernière sera « présentée fin septembre à l’équipe d’essai suisse. » Le problème est que ce n’est pas au constructeur d’un appareil, quel qu’il soit, de faire ce travail. Et cela étonne plusieurs parlementaires. A commencer par Thomas Hurter, qui a présidé les travaux de la sous-commission qui a enquêté sur le processus d’acquisition du Gripen.

« J’entends ça pour la première fois. Si c’est exact, cela contredit toutes les règles de corporate governance. Un constructeur ne peut pas contrôler lui-même les progrès de son futur avion » a-t-il expliqué au Matin Dimanche. « Je peux m’imaginer que le constructeur soit tenté de cacher d’éventuelles faiblesses de l’avion » a surenchéri un de ses collègues, Yvan Perrin, au même hebdomadaire.

Toujours d’après la même source, il semblerait que le moteur dont sera doté le Gripen E soit plus gourmand que prévu en carburant. Ce qui suppose donc que l’avion devra en emporter davantage, ce qui aura pour conséquence de l’alourdir et d’amoindrir ses performances.

« Le rapport poids/poussée ne serait pas meilleur pour une même autonomie en vol » écrit Le Matin Dimanche, qui précise aussi que les membres de l’équipe d’essai et d’évaluation opérationnelle (OT & E) ont été « mis au placard », après les déclarations peu amènes de leur chef à l’égard de l’avion suédois.

Qui plus est, les Gripen E destinés aux forces aériennes suédoises seront assemblés avec des pièces provenant des versions précédentes. « Pour chaque nouvel avion, il faudra un Gripen C/D » a ainsi expliqué, à la publication suisse, le porte-parole du ministère suédois de la Défense. Et cela, pour des raisons à la fois écologiques et économiques.

Quoi qu’il en soit, et face aux nombreuses critiques suscitées par le choix du Gripen, Dassault Aviation est revenu à la charge, en soumettant, dans un courrier daté du 17 septembre et adressé au Conseil fédéral ainsi qu’aux présidents des commissions parlementaires concernées, une offre alternative à l’avion suédois, commandé à 22 exemplaires par Berne pour 3,1 milliards de francs suisses.

Pour rappel, le groupe français avait déjà fait une démarche similaire en début d’année, en sollicitant seulement les commissions parlementaires hélvètiques.

Cette fois, Dassault Aviation propose trois options. « Pour 22 avions, nous serions en mesure de proposer une solution pertinente dans un budget proche de 3,126 milliards de francs » a écrit l’avionneur. C’est le même prix qu’aura à payer Berne pour les 22 Gripen E/F.

Une seconde offre serait moins onéreuse, avec 22 Rafale pour 2,7 milliards de francs suisses, mais sans les simulateurs ainsi que les capacités de reconnaissance et de frappe au sol. Enfin, la troisième porte sur la livraison de 12 Rafale « avec une efficacité opérationnelle comparable à celle de 22 Gripen » pour 2,2 milliards de francs suisses.

Autre concurrent écarté au profit de Saab, le consortium Eurofighter n’est pas en reste puisqu’il a proposé 16 avions neufs ou 22 d’occasion pour 2,2 milliards, voire même 33 appareils ayant déjà été mis en service pour 3,2 milliards de francs suisses.

Aussi bien Dassault qu’Eurofighter comptent sur une réouverture du processus de sélection du prochain avion de combat suisse. Mais pour le moment, l’on n’en est pas encore là et il n’est pas impossible non plus qu’aucun appareil ne soit acheté au final, surtout si ce projet fait l’objet d’un vote d’initiative populaire.

En effet, selon un sondage publié le 9 septembre dernier, si 64,4% des personnes interrogées se disent opposées à l’achat des Gripen, 57% estiment que leur pays peut se passer de nouveaux avions de combat.

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