Pour Nicolas Sarkozy, un retrait « précipité » des troupes françaises d’Afghanistan dès 2012 serait « irresponsable » et « dangereux »

Le 11 mars dernier, le candidat socialiste à l’élection présidentielle, François Hollande, a rappelé son engagement à retirer les troupes françaises d’Afghanistan d’ici la fin de l’année 2012, « en concertation avec » les alliés de la France, soit un an avant le date fixée par le président Sarkozy (2013 pour les forces combattantes) et deux ans plus tôt le calendrier initial approuvé lors du sommet de l’Otan à Lisbonne en novembre 2010.

Or, un retrait d’Afghanistan des forces françaises dans un délai aussi court pose un défi logistique majeur, étant donné qu’il faut rapatrier un millier de véhicules dont il n’est pas absolument pas question de laisser sur place, ainsi que qu’environ 1.500 conteneurs de 12 tonnes. Et l’exercice est d’autant plus compliqué qu’il n’est pas possible de passer par le Pakistan et que le coût d’une telle opération est de surcroît élevé.

Cela étant, Jean-Yves Le Drian, le conseiller pour les affaires de défense du député corrézien a tempéré les propos de son candidat, en parlant du retrait des seules « forces combattantes » car « cette guerre n’est plus la nôtre », à l’occasion d’une rencontre informelle avec la rédaction de l’hebdomadaire Challenges.

Candidat à sa propre succession, le président Sarkozy a abordé le conflit afghan lors d’un entretien accordé à la revue « L’essentiel des relations internationales« . A cette occasion, il a défendu la politique menée par Paris en Afghanistan ainsi que la stratégie définie à l’occasion du sommet de l’Otan à Bucarest en 2008, à la suite duquel il avait été décidé de renforcer le dispositif militaire français.

« C’était dans l’intérêt de la France de le faire, pour sa propre sécurité, parce qu’un des principaux fronts dans la lutte contre le terrorisme, c’est précisément la zone afghano-pakistanaise, et parce que notre meilleure défense à long terme, c’est que les Afghans soient en mesure de s’occuper eux-mêmes des menaces émanant de leur territoire et de développer leur économie » a-t-il affirmé.

Quant au retrait des troupes françaises, Nicolas Sarkozy a rappelé qu’il dépend de la capacité des forces afghanes à prendre le relais, comme cela été le cas en Surobi et désormais en Kapisa. « J’ai ainsi pu annoncer fin janvier le retour de 1 000 hommes en 2012, ce qui portera à 1 400 le total des soldats rentrés en France depuis l’an dernier. Ce retour se poursuivra en 2013, avec la totalité de nos forces combattantes. En 2014, il ne restera que quelques centaines de formateurs pour soutenir l’armée afghane » a-t-il rappelé.

« Pour nous assurer la coopération à long terme de l’Afghanistan en matière de lutte anti-terroriste, permettre un retour organisé de nos forces et pérenniser notre aide civile à ce pays, nous avons signé le 27 janvier un traité bilatéral avec le président afghan » a encore ajouté le président candidat.

Aussi, il n’est pas question pour Nicolas Sarkozy d’accélérer le tempo, ne serait-ce que pour des questions de sécurité pour les troupes françaises. « Je trouve totalement irresponsable, et même dangereuse, l’idée d’un retrait précipité de toutes nos forces d’ici fin 2012; il n’y a pas un expert militaire pour valider cette stratégie qui ferait courir un risque à nos soldats, et qui nous couperait de nos alliés; qui peut souhaiter pareil déshonneur à notre armée? » a-t-il lancé.

« Alors que la menace terroriste émanant de cette zone reste élevée, comme la tragédie de Toulouse vient hélas de le rappeler, est-ce le moment de dire qu’on retire tout, tout de suite ? » s’est-il interrogé. « Tenons le cap d’une stratégie de retour ordonné, d’un transfert progressif aux Afghans, et ne relâchons pas la pression sur les groupes terroristes; je ne reculerai pas face aux fanatiques qui veulent s’en prendre à la France, d’où qu’ils viennent et où qu’ils se trouvent, en Afghanistan ou au Sahel », a-t-il ajouté.

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