Le gouvernement canadien se fait l’avocat du F-35

En juillet 2010, le gouvernement canadien annonçait l’achat de 65 avions de combat F-35 Lightning II du constructeur américain Lockheed-Martin pour 8,6 milliards de dollars, afin de remplacer les 80 CF-18 de ses forces aériennes.

Etant donné que le Canada avait déjà investi 168 millions de dollars dans le programme F-35 (encore appelé Joint Strike Fighter), aucun appel d’offres ne fut ouvert pour ce contrat. Par conséquent, la décision d’Ottawa était attendue, d’autant plus que les retombées économiques pour les sous-traitants canadiens impliqués dans le développement de l’avion de Lockheed-Martin étaient alors évaluées à plus de 12 milliards de dollars.

Seulement, l’opposition au gouvernement conservateur de Stephen Harper ne cesse de critiquer le processus d’acquisition du F-35 ainsi que le coût de ce dernier, et s’interroge sur capacités de cet appareil à répondre aux besoins des forces aériennes canadiennes.

Ces interrogations sont d’autant plus fondées que les arguments avancés à l’époque pour l’achat des CF-18, comme par exemple la nécessité de disposer d’un avion bimoteur pour survoler les étendues désertiques du grand nord canadien, ne semblaient plus valabes quand il s’est agi de choisir le F-35. Et, qui plus est, le développement de ce dernier se fait dans la difficulté, ce qui génére des surcoûts tels qu’il est surnommé le « trillion program » aux Etats-Unis.

Ainsi, la dérive financière de ce programme inquiète certains élus américains, dont le sénateur républicain John McCain, le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008. « Si ce système d’arme continue d’avoir des dépassements de coûts horrobles, comme c’est le cas actuellement, alors nous aurons à y mettre fin » avait-il déclaré au printemps 2011.

« Aucun programme ne devrait être maintenu avec ce genre d’antécédents, en particulier dans le climat fiscal actuel. Il me semble que nous devons commencer à au moins envisager des options de rechange » avait-il insisté lors des débats portant sur une mesure – rejetée – prévoyant l’annulation du Joint Strike Fighter en cas d’augmentation continue de ses coûts de développement.

Etant donné que John McCain jouit d’une grande influence au sein du Parti républicain et au Sénat, les propos qu’il a tenus ont suscité de l’inquiétude à Ottawa, au point que, nous apprend la Presse, de hauts responsables militaires ont demandé à leur ministre, Peter MacKay, d’appeler le sénateur de l’Arizona pour lui faire l’article sur le F-35.

« On recommande au ministre MacKay de vanter les mérites des avions F-35 en rappelant que le Canada s’est engagé à acheter 65 de ces appareils au coût de 9 milliards de dollars afin de remplacer les CF-18, dont la flotte doit être remplacée d’ici à 2020 » peut-on lire dans une note datée du 2 juin 2011 et dont la Presse a pu se procurer une copie en vertu de la Loi sur l’accès à l’information canadienne.

« Nous demeurons convaincus que cet appareil est le seul avion de combat que nous pouvons offrir à nos hommes et nos femmes qui portent l’uniforme afin d’affronter et de combattre les défis du XXIe siècle. En fait, c’est le seul avion qui répond à nos exigences » y est-il également écrit

Quoi qu’il en soit, ces efforts n’auront pas servi à grand chose car John McCain n’a pas changé d’avis au sujet du programme F-35. Et il l’a une nouvelle fois fait savoir lors du Forum international sur la sécurité d’Halifax, en novembre 2011. « Nous sommes très troublés par les dépassements de coûts. C’est devenu le premier programme de l’histoire à coûter plus de 1 billion de dollars. Ce n’est pas que nous sommes contre les F-35. Nous sommes contre les dépassements de coûts sans fin » a-t-il affirmé à cette occasion.

Par ailleurs, le Pentagone a annoncé, au début de ce mois, son intention de reporter l’acquisition de 179 F-35 et d’étaler le programme dans le temps, par mesure d’économie, ce qui risque d’avoir des conséquences pour les clients de cet appareil…

Cela étant, les marges de manouvres des forces aériennes canadiennes sont limitées car ses CF-18 ont consommé 73% de leur potentiel. Selon un document du ministère canadien de la Défense, la plupart de ces appareils ont dépassé les 5.151 heures de vol alors qu’ils devront théoriquement être retirés du service après avoir dépassé les 7.000 heures. Grosso Modo, ils pourraient encore avoir 8 ans de vie opérationnelle.

Du coup, il ne faudrait pas de nouveaux retards soient constatés pour le F-35, dont les premiers exemplaires sont attendus par Ottawa en 2016 car aucune alternative n’a été, jusqu’à présent, envisagée.

« La façon dont ils procèdent me laisse abasourdi » a affirmé Matthew Kellway, le porte-parole du Nouveau Parti Démocratique (NPD), cité par La Presse. « Je ne sais pas de quelle façon ils ont pu se ‘peinturer dans le coin’ sans aucun plan de secours, et s’ils en ont un, ils refusent de nous dire ce en quoi il consiste » a-t-il ajouté.

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