Pour le renseignement américain, une intervention militaire contre l’Iran n’est pas inéluctable
1 février 2012 – 17:18Si l’on en croit les déclarations faites par une source industrielle citée par l’AFP, il y aurait actuellement 480.000 tonnes de céréales placées à bord de 24 navires qui ne peuvent pas être débarquées en Iran en raison de sanctions internationales qui visent le pays pour son programme nucléaire. Etant donné que les transactions bancaires sont devenues maintenant très compliquées, Téhéran n’est pas en mesure de payer les exportateurs.
Aussi, ces sanctions internationales (comme par exemple l’embargo de l’UE sur les exporations de pétrole iranien), si elles ne sont pas contournées d’une manière ou d’une autre, sont susceptibles de contraindre l’Iran à mettre un terme à son programme nucléaire suspecté par l’Agence internationale de l’énergie atomique d’avoir une portée militaire. C’est du moins l’estimation faite par James Clapper, le directeur du renseignement américain (DNI), lors d’une audition devant une commission du Sénat.
« Nous estimons que le processus de décision iranien en matière nucléaire est guidé par une approche coût-bénéfice, qui donne à la communauté internationale la possibilité d’influencer Téhéran », a-t-il déclaré lors de son intervention. D’où sa conclusion : une intervention armée contre l’Iran n’est pas « une fatalité ».
D’après James Clapper, ces sanctions « écrasent » l’économie iranienne et accentuent les divergences entre le guide suprême, Ali Khamenei, et Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien.
« Les difficultés économiques de l’Iran ne mettront probablement pas en péril le régime, à défaut d’une chute brutale et soutenue des prix du pétrole ou d’une soudaine crise interne qui interrompe ses exportations de brut » a-t-il expliqué. Mais « notre espoir est que les sanctions, particulièrement celles qui viennent d’être instaurées, auront pour effet de provoquer un changement de la politique iranienne » a-t-il ajouté.
Pour le directeur de la CIA, l’ancien général David Petraeus, « les sanctions ont été bien plus mordantes depuis ces dernières semaines qu’elles n’avaient été jusque-là .
D’une manière générale, le renseignement américain estime que la question de l’arme nucléaire ne fait pas consensus au sein de l’appareil d’Etat iranien. Seulement, si aucune décision n’aurait été formellement prise pour passer à l’étape supérieure, tous les ingrédients pour disposer, le cas échéant, d’une telle bombe seraient réunis.
Pour le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, par ailleurs ancien directeur de la CIA, il faudrait environ un an pour que l’Iran puisse construire sa première arme nucléaire, soit le temps nécessaire pour produire suffisamment d’uranium enrichi, et deux ans de plus au maximum pour pouvoir l’intégrer à un vecteur.
Cela étant, si une opération militaire contre l’Iran n’est pas une « fatalité », James Clapper a mis cependant un bémol. En effet, selon lui, les dirigeants iraniens, « dont probablement le guide suprême Ali Khamenei » pourraient avoir recours au terrorisme afin de répondre aux sanctions internationales, comme le montrerait le supposé complot contre l’ambassadeur saoudien à Washington.
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10 commentaires à “Pour le renseignement américain, une intervention militaire contre l’Iran n’est pas inéluctable”
’une manière générale, le renseignement américain estime que la question de l’arme nucléaire ne fait pas consensus au sein de l’appareil d’Etat iranien. Seulement, si aucune décision n’aurait été formellement prise pour passer à l’étape supérieure, tous les ingrédients pour disposer, le cas échéant, d’une telle bombe seraient réunis.
voila tout est dit : il ne veulent pas de bombes mais pourraient s’ils le voulaient la faire… donc on les sanctions c’est pourquoi ???
Par xavier on fév 1, 2012
Faut leur péter la gueule !
Question subsidiaire :
L’Iran dispose-t-il d’un réseau d’exportations de son brut par pipeline, pour contourner le détroit d’Ormuz ?
Par Kouak on fév 1, 2012
qu’en termes choisi ces choses-là sont dîtes !
en effet, l’Iran est dors et déjà un bien trop gros morceau, pas de guerre civile, une défense aérienne plus que redoutable (qui intercepte et récupère des drones dernier-cri), une Arabie saoudite a moins d’un jet de missiles de distance, une population qui considère le martyre comme un must, une tradition guerrière qui date de la dernière guerre Iran-Irak, une Chine et une Inde qui ne rêve que de remplacer les clients occidentaux des hydrocarbures iraniens…
pour toutes ces excellentes raisons, je crois que Benyamin Netanyahou va devoir tenter l’aventure seul cette fois-ci, un nouvel Osirak peut-être, mais avec de très gros risques pour la Knesset, une boîte de Pandore pas trop kasher…
quant a nous, nous avons vraiment d’autres chats a fouetter a Benghazi et a Tripoli avant que de penser a jouer les mariolles a Damas ou a Téhéran… sans compter notre chômage qui augmente sans cesse, notre dette qui suit la même pente, notre notation S&P… basta !
et si même les américains le disent… difficile ainsi de devenir plus faucons que les néo-cons eux-memes…
Par Patriote on fév 2, 2012
@Patriote
Votre 1er paragraphe me fait penser aux discours de Saddam Hussein au sujet de ses forces juste avant les 2 guerres d’Irak … ça l’a pas empêché de se faire étendre à chaque fois en quelques jours par la coallition d’en face.
Pour le reste, je pense plutôt comme vous (surtout au sujet des chats à fouetter
attention à ne pas tomber dans une mauvaise interprétation pour les autres lecteurs),
… sauf pour la notation S&P qui a montré au contraire son innocuité (ou son retard à l’allumage). La France est dégradée par cette agence, et en même temps, les taux d’emprunts ont baissé … cherchez l’erreur.
Par Fralipolipi on fév 2, 2012
@Kouak
C’est assez intéressant comme sujet, car assez politique en même temps.
Côté oléoduc, il me semble que l’Iran peut faire transiter son huile vers la Russie via la Caspienne (à vérifier, mais je crois bien). Faut-il encore que la Russie joue le rôle ensuite de redistributeur … pas facile à jouer, vu les distances à faire courrir et les subtilités diplomatiques inhérentes.
Et puis ici qui dit oléoduc dit aussi section de robinet rétrécie.
Il existe aussi un projet de gazoduc pour irriguer le Pakistan et l’Inde : avec accords déjà signés par les 3 pays (n’oublions pas que l’Iran a aussi d’énormes réserves de gaz, notamment en partage géographique avec la Qatar).
Depuis, les US ont pesé de leur poids pour que le Pakistan ne bouge pas.
La section Iranienne est terminée, mais pas le côté Pakistanais … aucune idée du niveau d’achèvement des travaux.
Mais depuis peu, les Chinois semblent se raccrocher au wagon désormais.
Et pour eux, vu leurs gros investissements sur le port pakistanais de Gwadar le contournement d’Ormuz via pipelines pourrait être assez facilement envisageable tant pour le gaz que le pétrole (les travaux nécessaire n’étant vraiment pas de nature à les effrayer) … ils font d’ailleurs de même en traversant les reliefs du Myanmar pour pouvoir éviter à terme le détroit de Malacca (et toutes ses emmerdes potentielles).
A terme, le port de Gwadar est même voué à devenir LE principal point de contournement d’Ormuz pour l’appro en gaz et pétrole des pays d’Asie.
Par Fralipolipi on fév 2, 2012
En même temps Gwadar, à l’extrème occident du Pakistan, est sur une zone tribale qui n’aime pas trop le pouvoir central pakistanais… La Chine y est le principal investisseur(notamment dans le cadre de ses accords militaires – Gwadar est une des perles de son fameux collier). L’Inde, jamais vraiment en très bons termes avec le Pakistan regarde ça à la loupe. Et les US jouent également des coudes pour ne pas perdre la main sur cette zone continentale la plus « hot » du globe à ce jour.
…
Donc si la géographie de Gwadar est idéale de manière claire et limpide, tout le reste est assez compliqué (surtout vu d’Europe, il faut reconnaitre, qu’on commence à être un peu largués … seule la France se défend autant qu’elle peut : base aux EAU et Rafale en Inde
Par Fralipolipi on fév 2, 2012
Juste une petite suggestion :
Il serait bon d’éduquer l’opinion publique sur le vaste ensemble culturel perse que l’on parle d’attaquer.
Faire la guerre a l’Iran, c’est faire la guerre a un peuple Perse dont les ramifications vont de l’Inde a la Russie, de l’Ouzbékistan au Pakistan, du Kazakhstan a L’Irak.
Dans de nombreux pays du Caucase, d’Asie centrale de l’ouest, ou du Moyen Orient, une bonne partie des élites sont Perses (eg Benazir Bhutto). Ceci sans compter les millions de Perses vivant en occident, et sans parler des solidarités religieuses (chiites d’abord, musulmanes ensuite).
Il serait bon que les opinions publiques saisissent a quel point un autre conflit risque fort de dégénérer en guerre civilisationnelle ouverte, a l’heure ou les dictatures de la région cèdent la place a des régimes islamistes.
En tous cas, mon avis sur le nucléaire iranien a changé. Il ont tout a fait raison de vouloir acquérir la bombe.
Par Reality check. on fév 2, 2012
…Sans vouloir jouer les trouble-fêtes je ne pense pas qu’on se sente obligé de » suivre » les USA et recommencer un IRAK-bis même s’il leur a servi de terrain de manoeuvre…Et quand bien même …Ce n’est pas avec une armée dans l’état de la nôtre qu’on puisse se le permetre!
Par Wrecker on fév 2, 2012
@Patriote: les néo-conservateurs ne sont plus au pouvoir aux USA (en tout cas je l’espère fortement), le fait qu’ils considèrent ne pas forcément attaquer l’Iran le montre déjà ; même s’ils ont évidemment gardé une forte influence.
Effectivement, une guerre contre l’Iran serait une très mauvaise chose (l’Iran est un « gros morceau », militairement, culturellement, diplomatiquement), mais cela n’empêche pas qu’il faut faire pression sur eux, diplomatiquement et économiquement, pour les dissuader (pacifiquement) d’acquérir la bombe atomique. D’ailleurs, les tensions au sein des dirigeants iraniens montrent bien que cela a des effets: il serait logique pour eux, maintenant qu’ils sont proches de l’obtenir, de décréter vouloir ne pas la faire, prouvé par des inspections, en échange de très grandes concessions de la part de l’occident: fin de toute sanction économique (voire même qu’ils leur apportent une aide économique pour faire repartir l’économie) et de tout isolement diplomatique, garantir que les occidentaux ne chercheront pas (ou plus, selon les opinions), à déstabiliser un régime qui est pourtant décrié par une partie des élites (tensions internes des dirigeants) et de la population (on l’a vu lors de la dernière élection, avec des manifestations durement réprimées). L’alternative, c’est qu’ils se dotent de l’arme nucléaire et choisissent l’affrontement, risquant un effondrement économique pas si lointain (prix élevé et manque d’essence dans un pays pourtant très largement exportateur de pétrole!) et des bombardements, israéliens ou même américains. Tout ça sans gain pour l’Iran ou sa population, puisque si ils se risquaient à l’utiliser agressivement, la bombe atomique, (en faible nombre, ils ne pourrait pas en produire beaucoup rapidement, et sur des vecteurs encore peu sûrs et à portée très moyenne), ils risqueraient alors de se se faire atomiser (au sens propre…) par les israéliens (je ne suis ni pro ni anti israélien, je crains juste objectivement ce scénario, qui serait une catastrophe abominable).
Alors effectivement, les pays disposant de la bombe atomique, surtout ceux qui ne l’ont jamais reconnu officiellement (Israel), qui n’ont pas respecté les pactes de non prolifération (Inde, Pakistan), ou qui ont imposé unilatéralement à tout les autres la non prolifération (les 5 « grands » atomiques), c’est à dire à vrai dire tous, n’ont pas une grande légitimité pour dire à un pays souverain, l’Iran, qu’ils ne doivent pas se doter de la bombe. Mais même sans légitimité, c’est quand même une nécessité objective, si on ne l’avait pas fait, l’Afrique du sud (du temps de l’appartheid, pas la démocratique de maintenant!), le Brésil, et plein d’autres pays (Libye, Argentine, etc), l’auraient développé (vous pouvez vérifier, tout ces pays ont envisagé ou même entamé un programme atomique militaire). Et on se serait retrouvé dans un monde encore plus nucléarisé, avec encore plus de tensions régionales potentiellement atomiques du style Inde/ Pakistan et Corée du nord/ du sud.
Même totalement hypocrite, l’attitude occidentale d’empêcher d’autres pays d’avoir la bombe ne peut pas franchement être considéré comme une mauvaise chose du point de vue de la sécurité du monde…
Par Léonard on fév 3, 2012