Tirs de missiles iraniens dans le détroit d’Ormuz

Au terme de manoeuvres navales (Velayat 90) qui ont duré dix jours, l’Iran, comme à son habitude dans ce genre d’occasion, a procédé à l’essai de plusieurs missiles de différents types. Ces tirs ont été effectués alors que Téhéran et Washington se sont échauffés au sujet du détroit d’Ormuz, passage stratégique par où transite plus du tiers du trafic pétrolier mondial.

Ainsi, le 1er janvier, la marine iranienne a tiré un premier missile surface-air appelé Mehrab, de fabrication locale. Cet engin serait, aux dires du contre-amiral Moussavi, « équipé de la technologie la plus récente pour combattre les cibles furtives et les systèmes intelligents qui tentent d’interrompre la trajectoire du missile ».

Le lendemain, trois autres missiles ont été tirés. Leur particularité est qu’ils sont susceptibles de perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

D’après l’agence officielle Irna, le missile de croisière sol-mer Ghader, de conception iranienne, a été testé pour la première fois. D’une portée de 200 km, il a « réussi à atteindre avec succès sa cible et l’a détruite » selon le contra-amiral Moussavi, qui a aussi précisé qu’il s’agit d’un système « ultramoderne avec un radar intégré, ultra-précis dont la porté et le système intelligent anti-reprérage ont été améliorés par rapport aux générations précédentes ». Bien évidemment, l’officier n’allait pas dire le contraire.

Le second engin à avoir été tiré est un missile surface-surface Nour de moyenne portée, qui est un dérive du C-802 chinois, qui est supposé détruire une cible située à 120-180 km de distance. Il a également été présenté comme étant « ultra-moderne » en raison de l’amélioration de son « système anti-radar et de repérage de cible ».

Enfin, la marine iranienne a testé le missile anti-navire de courte portée Nasr, qui a également été conçu à partir d’un engin de fabrication chinoise, qui pourrait être le Tian-Long 6.

Par ailleurs, l’amiral Moussavi a affirmé que les « bâtiments de guerre de la marine » allaient « adopter un nouveau dispositif tactique démontrant la capacité de l’Iran à empêcher tout trafic maritime dans le détroit d’Ormuz s’il le décidait ». Cette éventualité a été évoquée la semaine passée par le vice-président iranien, Mohammad Reza Rahimi, dans le cas où les exportations pétrolières de Téhéran seraient visées par des sanctions adoptées par la communauté internationale afin de forcer le régime des mollahs à coopérer davantage sur ses activités nucléaires.

Seulement, comme l’a fait valoir le ministère français des Affaires étrangères, « le détroit d’Ormuz est un détroit international. En conséquence, tous les navires, quel que soit leur pavillon, bénéficient du droit de passage en transit, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982, et au droit international coutumier de la mer ».

D’où la mise en garde adressée à l’Iran par les Etats-Unis, pour qui « aucune perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ne sera tolérée ». Et le 29 décembre, le porte-avions USS John C. Stennis et le croiseur USS Mobile Bay ont emprunté le passage en question, en plein exercice de la marine iranienne, sans faire état du moindre problème.

Reste à voir si l’Iran dispose des capacités nécessaires pour mettre ses menaces à exécution. Bien évidemment, Téhéran affirme les avoir. Même si le détroit d’Ormuz est vulnérable, compte tenu de sa relative étroitesse (50 km) et sa faible profondeur (60 mètres), la marine iranienne aura du mal à y imposer un blocus, d’autant plus qu’elle aura en face d’elle la Ve Flotte de l’US Navy…

Pendant la conflit entre l’Iran et l’Irak, et plus précisément lors de l’épisode de la « guerre des tankers », la marine américaine est intervenue à plusieurs reprises contre son homologue iranienne, en capturant, puis en coulant le mouilleur de mines Iran Ajr, en 1987, pris en train de miner les voies commerciales. Et une centaine de « contacts » ont eu lieu entre des éléments de l’US Navy et les vedettes rapides des Gardiens de la Révolution iraniens.

Cela dit, la marine iranienne garde un pouvoir de nuisance. Comme par exemple en posant des mines… En 1988, la frégate américaine USS Samuel B Roberts fut d’ailleurs touchée par l’une d’entre elles. Cela donna lieu à l’opération Praying Mantis, au cours de laquelle le tiers de la flotte iranienne fut neutralisé.

Mais avant d’en arriver éventuellement là, il faut encore que la communauté internationale se mette d’accord pour interdire les exportations de pétrolières iraniennes, principale source de revenus du pays, à l’heure où Téhéran a annoncé avoir introduit, pour la première fois, dans le coeur d’un réacteur de recherche nucléaire des barres de combustibles produites localement.

Une telle mesure est susceptible d’avoir un impact sur le prix du baril, notamment si l’Arabie Saoudite n’augmente pas sa production pour compenser le déficit en pétrole iranien. La balle est donc du côté de l’OPEP, dont l’Iran est membre. Et en période de crise économique, le calcul est risqué.

Et il est fort improbable que le Conseil de sécurité des Nations unies décréte un embargo sur les produits pétroliers iraniens : la Russie et surtout la Chine, qui disposent d’un droit de veto, s’y opposeraient. Et cela pour la simple et bonne raison que Pékin a besoin du brut produit par l’Iran pour faire tourner son économie.

D’ailleurs, alliée de l’Iran, la Chine a fait savoir, le 29 décembre, et par la voie de son ministère des Affaires étrangères, qu’elle souhaite le « maintien de la stabilité dans le détroit d’Ormuz. »

Photos : (1) Tir dun missile Merhab par la marine iranienne (2) La frégate IS Sahand touchée par un avion du porte-avions américain USS Enterprise, le 19.04.1988

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