La logistique de l’Otan en Afghanistan à la merci du bon vouloir russe

Selon l’agence de presse APA, l’Azerbaïdjan aurait d’accorder l’autorisation aux avions radars AWACS de l’Otan de survoler son territoire pour rejoindre l’Afghanistan en expliquant qu’il s’agit d’appareils de reconnaissance et non de transport.

Cette décision, si elle confirmée, illustre la difficulté de l’Otan à traiter avec les anciennes républiques de l’URSS, qui tiennent pourtant un rôle centrale dans l’approvisionnement des troupes de la coalition internationale déployée en Afghanistan.

Jusqu’en 2008, le frêt destiné à la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), sous commandement de l’Otan, passait presque exclusivement par le Pakistan. Devant la recrudescence des attaques de convoi entre Karachi et la passe de Khyber, il a été mis en place le Réseau de Distribution Nord (Northern Distribution Network), composé par plusieurs axes passant par la Russie et l’Asie centrale.

Ainsi, l’on compte une voie ferroviaire, qui doublée par un axe routier, relie Riga (Lettonie) à la ville ouzbek de Termez, frontalière avec l’Afghanistan, en passant par la Russie, le Kazakhstan et l’Ouzbekistan.

Une autre passe par le port de Metin en Turquie ou celui de Polti, en Géorgie, et rejoint le Kazakhstan, puis l’Afghanistan en transitant par l’Azerbaïdjan et la mer Caspienne. Enfin, une dernière route a pour point de départ le Kirghizstan, qui abrite une base américaine à Manas. A partir de cette dernière, le ravitaillement arrive par camions en territoire afghan en passant par le Tadjikistan, ou par voie ferrée, via Termez.

En trois ans, la part du fret non militaire destiné aux troupes opérant sous le commandement de l’Otan en Afghanistan et utilisant le Réseau de Distribution Nord a atteint les 52%, le reste étant acheminé via le Pakistan.

Seulement, depuis la fin novembre, et à la suite de l’incident au cours duquel 24 soldats pakistanais furent tués à la frontière pakistano-afghane lors d’une frappe de l’Otan tous les convois de la coalition internationale sont bloqués par Islamabad. Du coup, cela donne encore plus d’importante aux voies d’approvisionnement passant par le nord de l’Afghanistan, surtout si cette situation venait à se prolonger trop longtemps.

Mais, pour mettre en place le RDN, l’Otan a dû négocier des droits de passage avec les pays concernés, qui font partie de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), patronnée par la Russie.

Et ces accords sont sujets aux changements politiques internes, comme c’est le cas, par exemple, au Kirghizstan. Le nouveau président kirghize, Almazbek Atambaïev, élu en novembre dernier, a remis en cause l’existence de la base américaine de Manas, qui, en plus d’être un centre de transit pour le ravitaillement des troupes en Afghanistan, permet d’assurer 30% des ravitaillements en vol des avions de l’Otan en opération dans le ciel afghan.

« Le Kirghizstan n’a pas besoin d’une base militaire située dans un aéroport civil, c’est très dangereux. Nous voulons que l’aéroport Manas soit uniquement un aéroport civil » a-t-il ainsi déclaré le 28 décembre, en précisant que cette décision n’avait pas été prise sous la pression de la Russie.

Or, les relations de cette dernière avec l’Alliance atlantique et les Etats-Unis se sont tendues au cours de ces derniers mois, au point de mettre en péril la « politique de reset » lancée par Barack Obama afin d’aplanir les différends entre Washington et Moscou.

En cause, le projet de défense antimissile de l’Otan, lequel suppose le déploiement d’unités américaines dans l’ancienne zone d’influence de l’ex-URSS. Pour Moscou, qui a vu ses propositions de collaboration à ce programme rejetées par l’Alliance atlantique, cela constitue une menace. D’où les menaces récentes faites par le Kremlin de relancer la course aux armements et d’installer des missiles balistiques Iskander dans l’enclave de Kaliningrad.

Aussi, et c’est là que ça va se compliquer, les accords concernant le RDN ne sont valables que pour des trajets « aller ». Il faut donc à l’Otan négocier des droits de passages « retour » dans l’optique du retrait de l’ISAF avant la fin de l’année 2014, date à partir de laquelle les forces de sécurités afghanes auront la responsabilité de la sécurité sur l’ensemble de l’Afghanistan. Le trafic lié au retour du matériel de la coalition internationale passant par les voies du nord pourrait ainsi augmenter de 300%.

Si le blocage des convois destinés à l’ISAF persiste au Pakistan, la Russie aura donc de bonnes cartes à faire valoir dans ses discussions avec l’Alliance atlantique, notamment celles portant sur le bouclier antimissile, voire sur d’autres sujets, comme par exemple la situation en Syrie.

Carte (c) Alyson Hurt / NPR

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