La contre-attaque vigoureuse du PDG de Dassault Aviation

Après l’échec du Rafale en Suisse, la remise en cause par le Sénat de drones MALE Heron TP produits en collaboration avec le groupe israélien IAI et la critiques l’accusant de vivre au crochet de l’Etat, le constructeur aéronautique Dassault Aviation a vivement riposté, par la voix de son PDG, Charles Edelstenne, lors d’un entretien accordé au quotidien Le Figaro (qui appartient au groupe Dassault, ndlr), lequel y a consacré une double page.

Le Rafale pour commencer. Pour Charles Edelstenne, Dassault Aviation n’a pas réalisé cet appareil « juste pour se faire plaisir mais pour répondre à un besoin exprimé par les états-majors et la Direction générale de l’armement. » Et de souligner « la satisfaction des opérationnels sur les nombreux théâtres d’opérations où ils ont été engagés avec cet avion. »

Le PDG de Dassault estime d’ailleurs que le choix du Rafale, quii fait travailler « près de 500 entreprises » sous-traitantes, est « le plus raisonnable » fait par la France en matière d’avions de combat. Et cela pour au moins deux raisons.

En premier lieu, la polyvalence de cet appareil « va permettre une rationalisation de l’arme aérienne, qui, de 1995 à 2030, va passer de plus de 650 avions à 286 », ce qui aura pour conséquence la possibilité de réaliser « d’importantes économies en termes de soutien. »

La seconde raison avancée par Charles Edelstenne est en fait un « tacle » en règle sur l’Eurofighter, avion qui est en concurrence directe avec le Rafale pour le contrat MMRCA indien. « La cour des comptes britannique, le NAO, a dénoncé cette année une dérive de 75% du programme européen EFF-2000 (ndlr, l’Eurofighter). Pour ceux qui ont encore des regrets sur la sortie de la France de ce programme, il faut bien comprendre qu’un tel choix aurait augmenté de près de 50% le coût pour le contribuable par rapport au Rafale », dont le prix de série a subi une hausse de 4,7%.

Par ailleurs, le patron de Dassault Aviation a réfuté l’idée selon laquelle les cadences de livraison des Rafale destinés à l’armée française pèsent sur les équilibres de la Loi de Programmation militaire.

« Les livraisons annuelles du Rafale n’ont pas comme finalité de faire tourner les chaînes de production de Dassault Aviation. Elles sont là pour répondre aux besoins des forces » s’est-il défendu, en faisant valoir que la production annuelle de ces 11 avions est en « net recul par rapport aux cadences qui avaient été garanties précedemment ».

Quant aux difficultés à vendre le Rafale à l’étranger, Charles Edelstenne donné plusieurs raisons. Ayant rappelé que les « prix sont validés par l’Etat, qui se porte garant qu’il n’y a pas de surmarge » dans les offres présentées par Dassault Aviation, il a mis en avant une parité euro-dollars favorable à la concurrence américaine à hauteur de 40% ainsi que la dimension politique de ce type de contrat, tout en accusant les Etats-Unis de vouloir mettre à bas l’industrie aéronautique militaire française.

« Les Etats-Unis mettent tout leur poids politique dans la balance pour empêcher l’exportation du Rafale » a-t-il affirmé. « Ils savent qu’ils hypothéqueraient, ainsi, l’avenir de cette filière en France et en Europe. Ils y gagneraient un double monopole militaire évidemment, mais aussi technologique, car l’aéronautique irrigue, par les technologies qu’elle développe, des pans entiers de l’économie » a-t-il ajouté.

Par ailleurs, Charles Edelstenne a fait une allusion à peine voilée sur les commissions versées dans le cadre de certains contrats. « Je note également que la presse fait état, en relation avec des ventes de certains de nos concurrents, d’instructions judiciaires qui, quelques fois, ont même été arrêtées par les pouvoirs publics locaux » a-t-il souligné. Voilà une pierre dans le jardin du consortium Eurofighter, qui a été impliqué dans des procédures de cette sorte, à l’occasion de marchés gagnés en Autriche et en Arabie Saoudite. « Je tiens à rappeler que notre société, qui opère dans le monde entier, respecte les lois votées par les élus de la nation » a-t-il précisé.

Toujours au sujet de l’exportation du Rafale, Charles Edelstenne a indiqué que les négociations avec les Emirats arabes unis, qui comptent acheter 60 avions de combat modernes, se « poursuivent » malgré les récentes déclarations du prince héritier d’Abu Dhabi, qui a jugé l’offre de Dassault non compétitive. Quant à l’échec du constructeur français en Suisse, où le Gripen de Saab a été préféré à son appareil, pourtant arrivé en tête des évaluations, il a évoqué des « relations bilatérales » qui « ne sont pas en ce moment au beau fixe ». Cela étant, si elles n’ont pas joué en faveur de l’avion français, elles ne sont pas les seules à expliquer ce revers, des raisons internes à la Suisse étant aussi à prendre en considération.

Pour ce qui concerne le choix du drone Heron TP, qui va faire l’objet d’une collaboration entre IAI et Dassault Aviation, Charles Edelstenne a assuré qu’il va « conforter toute une filière industrielle française cohérente » autour du constructeur français, dans « l’optique de mettre en place l’équipe France en position de force pour aborder la coopération franco-britannique », laquelle doit déboucher sur le drone Telemos, d’ici 2020.

Enfin, Charles Edelstenne a tenu à remettre les pendules à l’heure au sujet des accusations selon lesquels son groupe vivrait « aux crochets » du contribuable, en expliquant que « 75% du chiffre d’affaires » de Dassault Aviation « repose sur la vente d’avions civils » et que les commandes de l’Etat ne représentent en moyenne que 20% » de son activité.

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