Le ministre de la Défense évoque la fin de la production du Rafale

Est-ce pour inviter Dassault Aviation à plus de souplesse dans les négocations avec les Emirats arabes unis visant à vendre 60 exemplaires du Rafale? Toujours est-il que le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a évoqué la fin de la production de cet appareil, lors de l’émission « Questions d’Info » LCP/France Info/Le Monde/ AFP.

Ainsi, il a affirmé que cela aurait lieu une fois que l’armée française aura reçu les 180 avions actuellement commandés, en précisant que « l’étalement était jusqu »en 2018 au moins » et qu’ensuite, « ce sera fini pour le constructeur, pas pour l’utilisateur ».

Pour « un appareil quel qu’il soit, l’achat représente un tiers, et la vie représente les deux tiers. Donc pour l’industrie aéronautique et pour les responsabilités de l’armée de l’air, il faut savoir que pour un Rafale, sur sa durée de vie d’une quarantaine d’années, on paiera deux fois le prix. Donc, l’industrie sera servie », a encore expliqué Gérard Longuet.

Quant aux raisons expliquant les échecs du Rafale à l’exportation, le ministre de la Défense a mis en avant le fait que cet avion est « plus cher » qu’un appareil « américain amorti sur des séries beaucoup plus longues ». « Lorsque nous, nous commandons 200 Rafale en dix ou quinze ans pour un programme, les Américains font 3.000 appareils » a-t-il affirmé. « En revanche, pour les missions haut de gamme à forte valeur militaire, le Rafale est incontestablement bien placé » a-t-il ajouté.

Sauf qu’il semble que Gérard Longuet ait oublié que l’objectif final, fixé par le Livre Blanc sur la Défense et la sécurité nationale (LBDSN) de 2008 , prévoit de doter l’armée de l’Air et la Marine nationale d’un total de 286 Rafale (228 pour la première et 58 pour la seconde).

A l’heure actuelle, 180 avions de ce type ont été commandés, ce qui permettra effectivement de maintenir la ligne d’assemblage jusqu’en 2018. Il reste donc encore 106 exemplaires à acquérir. Aussi, les déclarations de Gérard Longuet préfigurent-elles une diminution du format de l’armée de l’Air? Que l’on se rassure, le ministre a rectifié le tir, plus tard, en précisant des propos. « Si Dassault ne vend pas de Rafale à l’étranger, en tout état de cause, la production, destinée à l’armée française, ne s’arrêtera pas avant l’horizon de 2030 » a-t-il en effet déclaré à l’AFP. « Parallèlement, l’avion fera l’objet d’évolutions entre 2020 et 2030 » a-t-il ajouté.

Cela étant, les difficultées rencontrées par le Rafale à l’exportation pèsent sur le budget de la Défense, étant donné que Dassault doit garder rythme de production de 11 appareils par an pour maintenir ses lignes d’assemblage, ce qu’il est en mesure de faire grâce aux commandes destinées pour l’armée française.

Et dans un contexte économique difficile et en fonction des résultats qui sortiront des urnes en 2012, les crédits destinés aux forces françaises risquent de subir de nouvelles coupes. Ce qui suppose que des arbitrages compliqués seront à faire, lesquels se résument en une alternative : faut-il maintenir le rythme de production du Rafale et les compétences en matière de conception d’avions de combat au détriment d’autres programmes d’armement tout aussi indispensables?

Aussi, une commande de Rafale passée par un pays tiers serait la bienvenue. Le contrat aux Emirats arabes unis semble s’éloigner… Reste l’appel d’offres lancé par l’Inde, où l’appareil de Dassault est en compétition avec l’Eurofighter. Sans oublier le Brésil, où le processus d’acquisition de 36 avions de combat est pour le moment repoussé jusqu’en 2012.

Quoi qu’il en soit, l’arrêt de la production du Rafale sera également la fin de la capacité française à concevoir des avions de combat, laquelle existe depuis le début de l’aviation de guerre. Et aussi la perte de la maîtrise d’une vingtaine de compétences stratégiques…

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