Les priorités du Front national en matière de Défense pour les élections de 2012

« Il faut savoir ce que l’on veut, pouvoir le dire et avoir le courage de le faire » a déclaré la candidate Marine Le Pen, en citant Georges Clémenceau, à l’occasion de la présentation du programme qu’elle défendra sous les couleurs du Front nationale lors des échéances électorales de 2012.

Pour ce qui concerne les questions de défense, le programme frontiste contient 10 propositions, faites après une critique en règle de la politique menée depuis l’élection du président Sarkozy et à partir du constat qu' »après 40 ans de réduction (budgétaire), la France franchit le seuil critique en deçà duquel l’instrument militaire ne répond plus aux objectifs pour lesquels il fut conçu, la défense de nos intérêts vitaux et pour commencer celle du territoire. »

En premier lieu, le programme du FN prévoit une nouvelle sortie du commandement militaire intégré de l’Otan, que la France vient de rejoindre après en avoir claqué la porte en 1966 avec le général de Gaulle. Dans le même temps, cette proposition, qui figure également dans le chapitre concernant la politique étrangère, est complétée par l’idée de faire une offre à la Russie pour établir une « alliance stratégique poussée, fondée sur un partenariat militaire et énergétique approfondi, le refus de la guerre d’ingérence et le soutien au droit international ».

Toujours à propos de la Russie, le FN n’exclut pas de mener avec elle des projets industriels en matière d’armement, comme avec « certains partenaires européens ». « Un tel effort sera bénéfique pour l’économie du pays et les nombreuses entreprises du secteur ». Une coopération franco-russe dans le domaine du spatial militaire est même évoquée.

Quant à la dissuasion nucléaire, le FN ne parle d’une réduction du format des forces stratégiques. Au contraire, à ses yeux, elle « demeure le fondement » de la stratégie de défense française et « la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance nationale ».

Autre tendance du programme frontiste, la priorité accordée à « la protection du territoire national et la sécurité des Français ». Pour cela, il est proposé la création d’une « garde nationale » forte de 50.000 réservistes, dont on ne sait pas si elle devrait se subsituer à la réserve opérationnelle actuelle. Toujours à ce titre, il y est indiqué le maintien d’au moins régiment par département et collectivité d’outre-Mer.

Par ailleurs, la priorité aux moyens de la Marine nationale y est affirmée, notamment pour les bâtiments de surface et les sous-marins d’attaque. De même que la nécessité d’un second porte-avions. Est-ce parce que le conseiller en matière de défense de Marine Le Pen est un ancien marin (le contre-amiral 2S Jean-Yves Waquet)?

Sans doute. En tout cas, le programme présenté par Marine Le Pen fait du monde marin une « priorité absolue », qui figure aussi bien dans les propositions concernant la politique de défense que dans celles ayant trait à la politique étrangère. La « montée en puissance des marines asiatiques » est soulignée, de même que la nécessité de défendre l’espace maritime français, « le deuxième après celui des Etats-Unis ».

En outre, le projet annonce « une grande politique de la mer, avec la création d’un Conseil stratégique permanent de la mer visant à faire de la France, et en s’appuyant sur les atouts que nous procurent nos territoires d’outre-mer, une puissance de médiation des conflits de souveraineté maritime, et une puissance d’innovation dans le domaine de la recherche maritime (Arctique, Antarctique, ressources énergétiques et alimentaires de demain…). »

Pour le reste, le Front national indique qu’il souhaite poursuivre la modernisation en cours des équipements et que « de nouveaux programmes stratégiques seront lancés ». Lesquels? Mystère. Même s’il est fait référence à l’espace, rien n’est dit, par exemple, sur les hélicoptères lourds, les drones, les avions ravitailleurs ou encore les capacités en matière de guerre électronique, domaines où les forces armées françaises ont quelques carences.

Pour être complet, le parti de Marine Le Pen a aussi fait des propositions en direction des anciens combattants. Il y est notamment indiqué que les pensions de ces derniers seraient revalorisées et que les militaires ayant participé aux opérations extérieures obtiendraient ce statut.

Enfin, l’objectif du FN est de porter le budget de la Défense à 2% du PIB. Il n’est pas certain que cela soit suffisant pour mener à bien tous les projets que son programme suggère de lancer. Et la question qui se pose est de savoir comment faire pour atteindre cet objectif, alors que les pays européens cherchent à faire des économies afin de réduire leurs dettes. Pour trouver de l’argent, le projet frontiste veut un « plan d’action volontariste (…) pour identifier et réduire dratiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays » ainsi qu’une « réforme fiscale de grande ampleur » afin de « restaurer l’égalité des Français devant l’impôt ». Vouloir est une chose. Pouvoir en est une autre…

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