A-t-on encore besoin des chars Leclerc?

En ces temps d’austérité pour cause de crise de la dette, il faut bien trouver des gisements d’économies afin de préserver l’essentiel. Et, à ce titre, la question du maintien en service des chars Leclerc peut être soulevée.

Plusieurs pays ont déjà fait le choix de réduire considérablement le nombre de leurs chars lourds. C’est notamment le cas de l’Autriche, qui a mis une partie des Leopard 2 sous cocon. Et aussi celui de la Belgique, qui compte retirer du service ses derniers Leopard 1 en 2012 pour continuer à s’équiper en blindés légers à roues, ce qui la privera de capacité en matière de « tir direct ».

Pour ce qui concerne la France, aucun régiment équipés de Leclerc n’a disparu de l’ordre de bataille de l’armée de Terre depuis la réforme lancée en 2008, même si le ministre de la Défense de l’époque, Hervé Morin, ne cessait de répéter sur les ondes que les chars lourds n’étaient plus aussi utiles que par le passé, la menace des colonnes blindées du Pacte de Varsovie déferlant sur les plaines européennes ayant disparu.

Pour autant, le nombre de chars Leclerc en dotation a diminué, compte tenu du fait que les régiments qui en sont équipés sont passés au format RC-60, c’est à dire à 60 exemplaires contre 80 auparavant.

Cependant, il ne faudrait pas condamner trop vite le char lourd, à condition qu’il puisse être utilisé sur un terrain qui lui est propice, comme par exemple le milieu urbain ou, mieux encore, dans les zones non montagneuses. Ainsi, l’armée canadienne en a déployé quelques uns dans la province de Kandahar, en Afghanistan, et le retour d’expérience de cet engagement a été positif.

Selon un compte-rendu officiel, ils ont « découragé les attaques des insurgés et ont permis aux soldats canadiens de se rendre, en toute sécurité, à leur position en traversant des terrains impraticables aux véhicules sur roues. Ils ont fourni (…) une capacité de tir direct afin de détruire les obstacles protégeant les combattants ennemis. Les chars sauvent des vies en fournissant aux soldats un haut niveau de protection. »

Quoi qu’il en soit, la question du maintien des chars lourds a été indirectement posée par le sénateur Daniel Reiner, lors de l’audition du général Ract-Madoux, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, au Palais du Luxembourg. Le parlementaire a ainsi soulevé les « coûts de fonctionnement très élevès » de certains matériels, en pensant « en particuluer aux chars Leclerc et à leur emploi ».

En réponse, le général Ract-Madoux, qui est issu de l’arme blindée cavalerie, a précisé que les chars Leclerc « ont joué un rôle marquant au Kosovo, et plus récemment au Liban ». Et de poursuivre : « Ils y ont marqué la volonté d’avoir une FINUL puissante capable d’empêcher les forces israéliennes de menacer les forces armées libanaises. Le Hezbollah, quant à lui, s’est efforcé d’en obtenir le départ, car la puissance de ces blindés gênait son action ». Au passage, et comme les Leclerc ont été retirés du théâtre libanais pour laisser place à un Escadron de reconnaissance, d’intervention et d’appui direct (ERIAD) , cela voudrait-il dire que la milice chiite a finalement obtenu gain de cause?

Cela étant, le général Ract-Madoux a poursuivi sa démonstration en faveur du Leclerc. « De façon plus générale, ce n’est pas un hasard si tous les armements modernes dont se dotent les armées, ont une priorité marquée sur la capacité anti-char. C’est parce que les chars de combat sont nécessaires dès qu’il s’agit de conduire des opérations militaires offensives ou chaque fois que l’usage de la force est déterminant, comme au Kosovo ou en Irak » a-t-il affirmé.

« La France possède des chars modernes. C’est un capital qu’il faut aujourd’hui préserver en cas de besoin urgent car nous avons mis suffisamment de temps pour les acquérir et les financer. Cette capacité est pleine de maturité » a-t-il également avancé, avant de préciser que la question de l’entretien (MCO) des 254 chars Leclerc encore en ligne a été réglée par un « marché satisfaisant » qui permet de « garantir » leur « capacité opérationnelle.

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