Le drone Telemos se fera sans EADS

L’Europe était en retard dans le développement des drones de la catégorie MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance), dont le fameux Predator américain, qui envoie régulièrement des missiles AGM-114 Hellfire sur les jihadistes pakistanais, fait partie.

Elle était tellement en retard que, désormais, deux programmes coexistent. Voire même trois si l’on compte le Molynx du constructeur italien Finmeccanica. Ainsi, à la demande de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne, EADS a lancé le drone Talarion, un engin de 7 tonnes pour 28 mètres d’envergure, capable d’emporter 800 kg en interne, 1.000 kg sous voilure et 500 kg sous le fuselage et d’évoluer à 670 km/h à 15.200 mètres d’altitude pendant 24 heures. Selon un rapport parlementaire récent, le coût global de ce projet, qui mobilise 200 ingénieurs, serait de 2,9 milliards d’euros.

En mai dernier, le groupe Turkish Aerospace Industries a signé un accord (memorandum of understanding, MoU) avec Cassidian, l’ex-EADS Defense & Security, pour participer au développement du Talarion, lequel a déjà bénéficié de fonds publics français, allemands et espagnols pour les études préliminaires.

L’autre programme est celui porté par Dassault Aviation et BAE Systems. Appelé Telemos, la conception de ce drone de nouvelle génération s’appuiera sur le démonstrateur Mantis, développé par le constructeur britannique. Cette coopération entre les deux industriels a été lancée à la faveur des accords de défense conclus entre la France et le Royaume-Uni en novembre 2010. Le projet prévoit de livrer un appareil opérationnel d’ici 5 ans pour un coût évalué à 500 millions d’euros, à la charge des deux Etats.

Voilà donc une situation qui n’est pas sans rappeler celle où deux programmes d’avions de combat, en l’occurrence le Rafale et l’Eurofighter, ont été lancés simultanément…

Le bon sens voudrait pourtant qu’il n’y ait qu’un projet de drone MALE, d’où l’appel du pied fait à EADS pour intégrer le programme franco-britannique Telemos, en qualité de… sous-traitant. C’est d’ailleurs la volonté exprimée par le président Sarkozy, lors du dernier Salon du Bourget. Et c’est ce qu’a rappelé l’actuel locataire de l’Hôtel de Brienne, Gérard Longuet, lors de la dernière université d’été de la Défense, organisée à Rennes. « Si nous voulons exister aux côtés des USA, nuos devons accepter les contraintes et les difficultés de la coopération » a-t-il déclaré, exhortant les industriels de l’armement présent à « s’aimer les uns les autres ».

Seulement, que ce soit pour les blindés, la construction navale ou encore les drones, les industriels européens et français n’ont pas encore été touchés par la parole du Christ, citée par Gérard Longuet. Ainsi, EADS a fait savoir, le 8 septembre, qu’il n’était pas question de participer au programme Telemos, réfutant ainsi une rumeur, née d’une interprétation de propos tenus par Louis Gallois, son PDG, au quotidien Le Monde, selon lesquels une coopération entre seulement deux pays n’était pas suffisante pour un projet de drone.

« Avec le Talarion, qui est en avance de cinq ans par rapport aux autres concurrents européens, nous sommes prêts pour la compétition » a fait valoir un porte-parole d’EADS, qui en a aussi profité pour mettre en garde contre l’existence de deux projets de drones en Europe, dans un contexte de restrictions budgétaires.

Dans l’esprit des dirigeants d’EADS, il s’agit de réunir plusieurs pays (quatre ou cinq) afin de partager les coûts de développement. C’est du moins ce qu’a affirmé, en juin dernier, Louis Gallois. C’est d’ailleurs ce que fait déjà Dassault Aviation, dans le cadre du programme d’UCAV nEUROn, avec la Suède, l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Cela étant, l’Etat français peut y mettre son grain de sel. Il détient 15% du capital d’EADS, 27% de Thales et 30% de Safran, ces deux prestataires étant impliqués dans les deux programmes concurrents. Et pour compliquer ce mécano financier, EADS possède 46% de Dassault Aviation, qui lui même est actionnaire de Thales à hauteur de 27%…

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