Royaume-Uni : Moins de soldats professionnels et plus de réservistes pour financer l’achat de nouveaux équipements

La « Defense Review » publiée l’automne dernier par Londres prévoyait de réduire de 7.000 hommes les effectifs de la British Army (armée de Terre) d’ici en 2015, cela afin de réduire les dépenses publiques, le budget du ministère britannique de la Défense étant amputé de plus de 8% de ses ressources.

Seulement, la British Army doit s’attendre à voir le nombre de ses militaires d’active diminuer de 10.000 hommes supplémentaires d’ici 2020, ce qui la ramenerait, en termes d’effectifs, au format qui était le sien au moment de la guerre des Boers (1899-1902), avec 84.000 soldats de métier.

L’annonce en a été faite par Liam Fox, le ministre britannique de la Défense, qui a par ailleurs indiqué la fermeture de nouvelles emprises de la Royal Air Force. Il s’agit ainsi, avec cette nouvelle baisse d’effectifs, de financer l’achat de nouveaux équipements (modernisation des véhicules blindés Warrior, acquisition d’hélicoptères Chinook, avions de renseignement électronique RC-135, modification du porte-avions Queen Elizabeth, etc…) avec 3 milliards de livres et de porter le nombre de réservistes à 36.000 hommes en y consacrant 1,5 milliard de livres sur 10 ans.

Actuellement, les réservistes représentent 14% des effectifs. A terme, leur part sera de 30%. Pour Liam Fox, cette décision vise à mettre d’aligner la Grande-Bretagne sur le Canada et les Etats-Unis, où le même taux est de 38%, grâce notamment à la Garde Nationale.

La difficulté pour Londres sera de recruter des volontaires, ce qui n’est pas toujours évident pour plusieurs raisons, à commencer par celles ayant trait aux relations avec les employeurs privés. « Une réserve forte est l’un des moyens d’accroître les liens entre les Forces armées et les communautés de ce pays » a cependant expliqué Liam Fox.

L’idée de diminuer les effectifs pour dégager des marges de manoeuvre financière pour acquérir des équipements n’est pas neuve. Mais là, à force de pousser cette logique, Londres va finir par attaquer l’os de ses armées. En France, la même solution a été appliquée à partir de 2008, avec la suppression de 54.000 postes au sein du ministère de la Défense, afin de réaliser des économies dans les budgets de fonctionnement pour les réinvestir dans le matériel.

D’ailleurs, ce qu’il se passe outre-Manche sert souvent d’exemple en France, comme cela a été fait par Hervé Morin, alors ministre de la Défense, pour expliquer la réforme des forces armées françaises actuellement en cours. Aussi, compte tenu du contexte budgétaire, faut-il s’attendre à de nouvelles réductions d’effectifs, comme cela est prévu outre-Manche?

Membre de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2007 à 2008, François Heisbourg en a implicitement émis l’idée, dans un article publié par Libération, le 8 juillet dernier, pour combler les déficits capacitaires constatés lors des opérations en Libye.

« De la même façon que la France a dû de manière souveraine se doter d’une force de dissuasion et d’un programme spatial militaire, il faudra désormais investir dans des domaines comme le ravitaillement en vol, l’aviation d’appui-feu ou les missiles antiradars. Techniquement, c’est parfaitement faisable, mais dans un budget de la Défense déjà placé sous la contrainte de notre endettement public. Il faudrait donc une révision sévère de certains de nos choix. Ceci pourrait, par exemple, prendre la forme d’une forte baisse de nos ambitions de projection de forces au-delà de nos approches méditerranéennes et africains et bien en-deçà des choix du Livre blanc sur la défense de 2008 » a-t-il ainsi écrit.

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