La Kapisa était et reste une province afghane dangereuse!

L’on ne peut que se réjouir de la libération d’Hervé Ghesquière et de Stéphane Taponier, les deux journalistes de France 3 enlevés avec leurs accompagnateurs par les taliban le 30 décembre 2009 en Kapisa, la province afghane où est déployé un bataillon français.

Les deux hommes se sont ainsi retrouvés prisonniers d’un groupe agissant sous l’autorité de Qari Baryal, un ancien militant du Hezb-i-Islami avec lequel il a combattu les soviétiques avant de rallier le mouvement taleb et de son subordonné, Ghafar Shafaq, le commandant insurgé du district d’Alasaï.

Petite parenthèse, Qari Baryal n’est pas n’importe qui chez les taliban. Il figure en 7e position sur la liste des « cibles de grande valeur » (Joint Prioritised Effects Lists), ce qui lui a valu d’échapper de peu à un raid en janvier 2008. Il est soupçonné d’avoir pris part à l’embuscade qui coûta la vie à 10 militaires français en août de la même année, dans la vallée d’Uzbeen. Gouverneur fantôme de la Kapisa, il vit à Peshawar, au Pakistan.

Qu’ont obtenu les taliban pour libérer leurs deux otages? Selon plusieurs médias, deux importants chef insurgés, le maulavi Ihsanullah et Mohamad Yunus, auraient été libérés des prisons afghanes. Et, quoi que l’on en dise officiellement, une rançon aurait été versée. Là encore, en fonction des sources, le montant varie. Il est question de « quelques centaines de milliers d’euros » d’après une confidence faite au quotidien Le Monde par un responsable de la diplomatie française. Pour Frédéric Helbert, consultant à BFMTV, il serait question de « plusieurs millions d’euros ». Si tel est le cas, l’on peut imaginer sans peine à quoi cette somme va servir (en clair, à financer la guérilla).

Par ailleurs, les négociations pour obtenir la libération des deux otages ont été compliquées, en raison de désaccords entre les taliban et de l’avidité de certains intermédiaires, dont un proche du président Karzaï, d’après Le Parisien. A noter aussi que cette affaire a contraint l’armée française à suspendre ses opérations en Kapisa, au début de l’année, pour ne pas gêner le processur de leur libération.

Cela étant dit, et quitte à passer pour le mouton noir de service puisque toute critique, même légère, à l’égard de la prise de risques de ces deux journalistes vaut immanquablement une volée de bois vert, il reste à répondre aux affirmations lancées par Hervé Guesquière devant ses collègues de France Télévision le 30 juin.

Les deux journalistes sont arrivés en Afghanistan au début du mois de décembre 2009. Pendant deux semaines, ils ont été intégrés au bataillon français déployé en Kapisa (« embedded ») afin de réaliser un reportage sur la construction de l’axe qui traverse cette province stratégique puisque son contrôle ouvre l’accès à Kaboul. A la troisième semaine, alors qu’ils sont à Kaboul, ils décident de revenir à Tagab.

« Je crois qu’il ne faut pas toujours être avec l’armée, «embeded » comme on dit, dans le même lit qu’elle. Je n’ai rien contre l’armée, mais aussi il faut qu’on ait un autre point de vue, a-t-il soutenu. Et avoir un autre point de vue, c’est aller là où on est allé, et où plein d’autres journalistes sont allés » a affirmé Hervé Ghesquière.

« Alors certains disent ‘Oui mais l’armée les avait bien prévenu’: c’est absolument faux. Personne ne nous a rien dit, que cela soit bien clair. Je ne sais pas d’où ça vient. Nous ne sommes pas allés affronter la face nord de l’Everest en tong, loin de là. On savait pertinemment où on allait. On a juste voulu aller voir une route, pour voir si elle est était contrôlée par l’armée française, l’armée afghane, par les taliban… –apparemment elle n’est contrôlée par personne. On n’est pas allé à l’aventurette pour risquer nos vies. On n’a pas eu de chance. On était bien préparés, on a pris le minimum de risques possible », a-t-il insisté. « Je voulais vraiment être clair là-dessus. C’est important de mettre les points sur les ‘i’ » a-t-il conclu.

Les militaires n’auraient donc pas averti les deux hommes du danger en Kapisa? « Je sais que dans certains métiers, le journalisme en particulier, on doit prendre des risques (…) Maintenant, nous en parlerons quand ils seront sortis » avait déclaré en janvier 2010, Bernard Kouchner, alors ministres des Affaires étrangères. « Mais on les avait beaucoup prévenus, ils ont voulu prendre leurs risques, maintenant, c’est nous qui les prenons pour les sortir, et c’est normal » avait-il ajouté. Serait-ce à dire que le French Doctor aurait menti?

Et que dire alors des propos du président Sarkozy, relayés par Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée? Le chef de l’Etat avait alors clairement dénoncé, de leur part, « une imprudence vraiment coupable parce (…) qu’il leur avait été très clairement demandé de ne pas s’aventurer ainsi parce qu’il y a des risques ».

« Je ne remets pas en cause la liberté de la presse. Mais j’appelle à la responsabilité des uns et des autres » avait déclaré l’ancien chef d’état-major des armées, le général Georgelin, à l’antenne d’Europe1, le 21 février 2010. « Dans mes discours à mes généraux, je mets en avant deux principes : la responsabilité et le discernement. Ces principes ne sont pas valables que pour les généraux » avait-il ajouté.

Admettons que les deux journalistes de France3 n’aient pas été prévenus de la dangerosité de la zone dans laquelle ils voulaient faire leur reportage… Ils auraient pu toutefois savoir que 7 militaires français (5 du 3e RIMa et 2 du 13e RDP) y avaient perdu la vie au cours des 6 mois précédents leur excursion.

Même si on est équipé pour grimper le Mont-Blanc, cela ne suffit pas pour « aller affronter la face nord de l’Everest ».

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