Feu sur Ligne de Front

Un reportage concernant le BatHélico français basé à Kaboul a été diffusé le 3 avril, à 22h45, par la chaîne de télévision M6, dans le cadre du magazine « Enquête exclusive », présenté par Bernard de la Villardière.

Les sujets portant sur l’engagement militaire de la France en Afghanistan sont relativement rares à la télévision française. Et pourtant, les soldats français qui y sont déployés mènent des opérations de guerre et sont confrontés à l’angoisse, à la mort, aux blessures graves et à la douleur de perdre des compagnons d’armes.

Et tout ça, dans une relative indifférence. Aussi, quand une chaîne de télévision nationale comme l’est M6 diffuse un reportage sur le quotidien de ces hommes et de ces femmes, on ne peut que s’en réjouir. Sauf que l’hebdomadaire Télérama y a trouvé à redire, estimant que ce reportage n’est, en fait, qu’une opération de communication de l’armée de Terre.

Pourquoi? Tout simplement parce que Bernard de la Villardière dirige Ligne de Front, la société de production qui a signé le documentaire en question et qui, a par le passé, travaillé pour le compte du ministère de la Défense, en réalisant des clips promotionnels. D’où l’accusation de conflit d’intérêt portée par l’hebdomadaire contre le présentateur de M6.

Pour étayer sa thèse, Télérama souligne que les auteurs du reportage ont eu des liens avec l’armée : Géraud Burin des Roziers, rédacteur en chef et ancien chasseur alpin, Philippe Casanova, ex-chef opérateur de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) et Thomas Goisque, frère du colonel Jérôme Goisque, chef de corps du Battle Group Bison et du 126ème RI de Brive au moment du tournage. Cela dit, pour ce genre de reportage, il vaut mieux employer des gens qui connaissent bien le milieu militaire et surtout qui ont une idée des dangers qui les attendent : ça peut éviter un drame et de livrer un reportage posthume. Passons.

En outre, Télérama reproche aussi au reportage de citer , pardon, de « matraquer », les noms des hélicoptères sortis des usines d’Eurocopter et utilisés pendant les opérations tout en ayant occulté celui du Chinook américain.

Preuve, encore une fois, pour l’hebdomadaire, qu’il s’agit d’une opération de com’. Difficile de faire autrement, cela dit, de ne pas faire référence aux matériels qui équipent les forces françaises qui étaient, rappelons-le, l’objet du reportage. Nul doute que si l’armée de l’Air disposait de Chinook, ce qui n’est pas le cas – mais le journaliste de Télérama ne l’ignore peut-être – il en aurait été fait sûrement mention.

Mais, manifestement, l’auteur de l’article mettant en cause Bernard de la Villardière a dû vraisemblablement s’assoupir ou zapper à un moment donné du reportage. Car, contrairement à ce qu’il affirme, le document évoque bel et bien les faiblesses du matériel français : lors de l’opération au cours de laquelle l’infirmier de classe supérieure Thibault Miloche a été mortellement blessé, l’hélicoptère Caracal censé aller le récupérer a connu une panne moteur…

Mais d’une manière générale, et au-delà des accusations portées contre Bernard de la Villardière, avec lequel ce blog n’a aucun lien (c’est toujours bon de le préciser), il est totalement déplacé, pour ne pas dire scandaleux et même insultant, que l’on puisse sous-entendre que le reportage en question ait été une opération de communication déguisée pour le compte du ministère de la Défense ou d’Eurocopter.

Si les images ramenées d’Afghanistan sont « spectaculaires », c’est qu’elles montrent des opérations de guerre. Des vraies. Au cours desquelles des militaires peuvent perdre la vie ou être gravement blessés. Comme cela a été le cas pour l’ICS Miloche et son auxiliaire.

Ah oui, sans doute que le jugement de Télérama aurait été différent si le reportage s’était attardé sur les conséquences des « dommages collatéraux » au lieu de montrer des médecins militaires français prendre un charge un enfant afghan victime d’un accident domestique ou d’une petite fille dont la main a été emportée par un explosif déposé par les taliban ou les Soviétiques…

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