Le précédent de Ouadi-Doum
10 mars 2011 – 18:30
Le directeur du renseignement américain, James Clapper, a mis en garde contre le potentiel de la Libye en matière de défense anti-aérienne au cours d’une audition devant le Sénat, ce 10 mars.
“La structure de la défense anti-aérienne libyenne au sol, avec leurs radars et leurs missiles anti-aériens, est assez importante. C’est la plus importante au Moyen-Orient après celle de l’Egypte” a-t-il ainsi affirmé. Sans trop entrer dans les détails, la Libye dispose de 31 sites de défense aérienne répartis notamment dans les zones les plus peuplées du pays. Le matériel mis en oeuvre, dont une partie est tombée aux mains de l’opposition au colonel Kadhafi, est relativement ancien et date de l’époque soviétique.
Aussi, si l’idée du président Sarkozy de réaliser des frappes ciblées en Libye finit par convaincre la communauté internationale – ce qui est encore loin d’être le cas – les avions impliqués auront à faire face à une importante menace venue du sol. Et cette dernière est bien connue de l’armée de l’Air française puisqu’elle l’avait déjouée en février 1986, lors du raid sur l’aérodrome de Ouadi-Doum.
Bien que situé dans le nord du Tchad, ce dernier avait été construit par les Libyens qui comptaient en faire une plaque tournante pour leurs forces, lesquelles soutenaient le rebelle tchadien Goukouni Oueddeï, en lutte contre Hissène Habre, alors président en fonction à N’Djamena.
La piste de Ouadi Doum était longue de 3.800 mètres pour 30 de large. Le périmètre défensif de la base s’étendait sur plusieurs dizaines de kilomètres, avec 31 postes de combat. La défense aérienne était assurée par des missiles sol-air SA6 “Gainful”, des mitrailleuses de 14,5 mm et des canons ZSU-23-4 “Shilka” de 23 mm.
L’aménagement de l’aérodrome d’Ouadi Doum en site militaire était une violation de l’accord passé en septembre 1981 entre la France et la Libye, en vertu duquel les deux parties s’étaient engagées à retirer leurs forces du Tchad. Aussi, le gouvernement français, averti de ce qu’il se tramait dans le nord du Tchad grâce à des reconnaissances effectuées par un Mirage IV, décida alors de frapper un grand coup et de détruire la base libyenne.
Pour cela, l’armée de l’Air disposait d’une quinzaine de Jaguar des 7ème et 11ème escadres de chasse déployés à Bangui, Libreville et Dakar ainsi que deux avions ravitailleurs C135. L’aéronautique navale pouvait alors fournir deux Breguet Atlantic, alors basés au Gabon.
Le 15 février 1986, l’ordre fut d’attaquer Ouadi Doum fut donné dans la soirée. Le lendemain, à l’aube, les Jaguar de l’escadron de chasse 1/11 Roussillon, épaulés par des Mirage F1C chargés de leur protection, décollèrent de Bangui, avec un seul réservoir auxiliaire de 1.200 litres sous leur fuselage pour les 1.500 km à parcourir, d’où la nécessité des C135FR.
Pour leur mission, les Jaguar emportèrent des bombes anti-pistes BAP 100 – pouvant pénétrer jusqu’à 1 mètres dans le sol – et des bombes classiques de 250 kg. Après avoir ravitaillé en vol une première fois, les 11 appareils arrivèrent non loin de la zone d’acquisition des radars hostiles peu avant 8 heures du matin.
Dès ce moment, les Jaguar évoluèrent à très basse altitude pour ne pas se faire repérer par les Libyens. Finalement, ces derniers ne virent rien venir. Les avions français, disposés en échelon refusé, déboulèrent sur Ouadi Doum à une vitesse de 700 km/h et larguèrent leurs munitions sans être touchés par les forces libyennes. L’attaque ne dura qu’à peine quelques minutes. Le temps de réaliser ce qui leur arrivait, les appareils du 1/11 Roussillon rejoignaient déjà Bangui.
A noter qu’un second raid sur Ouadi Doum a été mené le 7 janvier 1987, en réponse à une nouvelle provocation libyenne. Finalement, cet aérodrome sera pris quelques mois plus tard par les forces d’Hissene Habre.
Cela étant, les défenses anti-aériennes libyennes restent dangereuses. Ainsi, le 25 janvier 1984, dans la région de Torodum (Tchad), après avoir déjoué des missiles SA-7, un Jaguar piloté par le capitaine Croci avait été touché probablement par le tir d’un ZSU-23-4 libyen. L’officier avait perdu la vie au cours de cet engagement.
Tags: armée de l'air, Libye, Ouadi-Doum, raid






19 commentaires à “Le précédent de Ouadi-Doum”
Non !
Croci s’est écrasé après que son Jaguar, sur ordre du Ministre( C Hernu), ait à plusieurs reprises fait des survols basse altitude sur la colonne de véhicules de rebelles tchadiens qui s’étaient emparés d’otages ( humanitaires belges je crois )
Une rafale de 14,3 cm chinois vraisemblablement a eu raison du Jaguar très vulnérable dans ce cas particulier
Une attaque du style “Ouadi Doum ” a toujours un maximum de chances de bien se passer vu l’état de fonctionnement du matériel de défense entretenu fort maladroitement par des techniciens d’une médiocrité inconnue en Occident
Par Clavier on mar 10, 2011
Merci pour cette précision historique et pour ce qui concerne nos attaques éventuelles je pense que le fait de les annoncer va déjà mettre les nouveaux ennemis en position défensive et compliquer leurs actions. On dispose aussi des moyens modernes d’auto-protection et de brouillage et des armes pouvant être tirées à distance de sécurité qui permettront de limiter la casse de nos chasseurs engagés, étant entendu que selon moi il y aura une salve préliminaire de missiles de croisière américain ou autre (anglais…)et une forte préparation en brouillage et GE… à suivre donc !
Par BARON on mar 10, 2011
@MON CHER CLAVIER
Correction exact 84 et 86 ne sont pas les memes opérations ni les memes préparations,d’autre par aujourd’hui il y a scapl et apache c’est peut etre un peu plus confortable,pour les sam il faut se mefier il y a des mercenaires zonzons des pays de l’est derriere les scops
Par iceman on mar 10, 2011
Le Capitaine Croci avait du attendre les ordres de Paris pour allumer la colonne de véhicules, et les ordres ne sont jamais arrivés ou bien trop tardivement. Quand on fait plusieurs passages à basse altitude il est évident qu’on augmente le risque d’être touché et c’est ce qui s’est passé.
Maintenant avec les missiles que nous possédons je pense comme notre ami Baron que des tirs à distance devraient avoir raison des positions de défense anti aériennes libyennes d’autant que le matériel n’est pas des plus moderne. Mais il faudrait se presser pour intervenir avant que nous soyons les témoins d’un bain de sang parmi les insurgés.
Par ALBUHERA on mar 10, 2011
kad n’etant pas au pouvoir democratiquement,il est preferable de traiter les libyens de l’est
d’opposants plutot qu’insurges ou rebelles
Par iceman on mar 10, 2011
Tout ça me fait penser qu’avec quelques aménagements (rover, pod damocles, nouveaux armements…) notre Jaguar aurait eu toute sa place en Afghanistan: bireacteur, 2 canons de 30 (contrairement au 2000 D), ravitaillable en vol, rustique…L’avion idéal pour ce genre de conflits!
Quant à la Libye, mieux vaut choisir un peu plus récent et ansi démontrer tout le bien fondé de la technologie made in France.
Par Stac on mar 10, 2011
@ Stac on mar 10, 2011
Ouais. Mais on ne sait plus faire d’avion de combat, d’avion de guerre. La mission a changé.
On a dit du Jaguar qu’il ne décollait que parce que la Terre tourne. C’était un immense compliment. En 91 il est revenu abimé, mais il est revenu et nous a rendu nos pilotes.
Maintenant on fait des avions de chasse, de chasse aux marchés, de chasse aux dividendes, de chasse gardée. Eux ne risquent pas de revenir abimés. On évite qu’on nous les abime, même qu’on a inventé pour eux des “règles d’engagement”.
Avant, quand les vies de nos gars au sol était menacée, on mettait un pilote dans un avion de guerre, et on mettait l’avion dans la balance. C’était du temps où en l’air comme au sol les soldats étaient des soldats.
Maintenant, on met un pilote dans un avion, et on met l’avion dans la balance commerciale, avec mission de ramener l’avion sain et sauf. En l’air on a la catégorie A, et au sol la catégorie C, chacun son métier…
Par Myshl on mar 11, 2011
Non !
On sait toujours faire des avions de combat surtout Dassault
Ce sont les médias qui veulent qu’on en vende partout comme si c’était la preuve qu’ils sont bons
La mission n’a pas changé, l’accent autrefois mis sur la défense et la dissuasion nucléaire est maintenant mis sur le CAS
Les avions sont plus chers mais sont plus efficaces et on ne les utilise qu’en plus petit nombre …même chose pour les troupes au sol .
Votre commentaire trahit une certaine méconnaissance de tous ces sujets …..
Par Clavier on mar 11, 2011
Il faut le dire l’armée de kadhafi a cette epoque n’a pas evolués et son materiel a vieillit…
Par aeroxavier on mar 11, 2011
@ Clavier on mar 11, 2011
Je reconnais volontiers méconnaître tous ces sujets. Vous m’arrangez bien quelque-part, je pourrai plaider l’ignorance ou la folie si besoin. Et je suis d’accord avec vous quand vous incriminez les medias, les salauds, on devrait les interdire, ce sont eux qui nous infligent de réfléchir et ça en devient épuisant.
Mais je ne suis pas d’accord avec votre affirmation béatement conforme aux indicateurs officiels. Certes les avions sont plus chers, mais ils sont donc moins efficaces puisque chers, parce qu’on les utilise avec parcimonie, dans les environnements qui leur épargnent ne serait-ce qu’un trou de Kalash, et parce que la mission, au hasard en Afghanistan, n’est pas d’y faire du CAS mais d’en revenir en faisant escale chez les clients, stample “combat proven” en main. Combat “stand-off”… Qui fait le boulot en Afghanistan, au CAS? Répondez moi que c’est le Rafale et je vous répondrai qu’il est différent d’aller à la guerre et de la faire.
Par Myshl on mar 11, 2011
@Myshl,
En attendant, avant de sombrer dans un pessimisme très (trop?) français, il est quand même de bon ton de noter que le Rafale vole et est déployable en OPEX avec une bonne disponibilité, au contraire d’un fameux concurrent 4G européen….
Par Tom on mar 11, 2011
c’est vrai que les avions modernes sont efficaces de part leur polyvalence et l’armement moderne, mais l’heure de vol coute de plus en plus chère en maintenance. pourquoi, si le Rafale est “déployable” en opex, c’est les vieillissant F1CR qui assurent la mission en Afgha aux côtés du 2000D? et les américains effectuent le plus gros de leurs missions avec le A10…
aussi, les “show of force” sont monnaie courante. qui dit qu’on épargne nos avions?
Par GreG on mar 11, 2011
@MON CHER GREG
Tout simplemement l’AA ne possede que deux escadrons dont un dissuation nucléaire et que
l’AA a beaucoup d’autres missions que l’Afgh et
pour l’aéro c’est une flotille la 12f qui est amputée de 3 avions,mais pour l’Afgha il n’y a pas besoins de rafale le 2000d suffit avec le f1
Par iceman on mar 12, 2011
pourquoi ne parler que d’avions pour des frappes aériennes ? La France et ses partenaires disposent de missiles de croisière (SCALP et APACHE pour nous)pouvant être tiré de chasseurs ou de bâtiments. cela diminue quand même le risque…
Par ailleurs, quelques nations disposent de capacités de brouillage offensif. cela complète bien la gamme des moyens utilisables.
Par JANOT45 on mar 12, 2011
@MON CHER JANOT45
Il ne s’agit pas de moyens militaires ,mais de volonté politique absente
Par iceman on mar 12, 2011
Les Jags en 84 qu’on guidait parfois à 80 Km sur nos positions avec… les rétroviseurs !Ont toujours rassurés les blindés légers “Pots d’yaourts” de la maison Panhard, quand ils sont montés sur Irriba …Et pour cause…Les blindés entendaient les Libyens sur leurs fréquences radio…Des T 55 ou T 62 face à nos “pots d’yaourts” ,y a pas photo ,valait mieux se faufiler fissa …Car là ;on ne faisait pas le poids!
Merci les JAGS ,on s’en rappelle de vos straffings à nous” parfumer au Kéro”,vous aviez des couilles !…
Par Wrecker on mar 14, 2011
Bonjour a tous
A tous ceux qui écrivent, qui était à Paris et à N’djaména pour préparer et effectuer cette mission ?
juste pour ma gouverne, moi j’étais à Paris pour la première et au tchad pour la seconde et à Ouadi pour la troisième ou j’en ai pris plein la gueule parceque le président de l’époque n’a pas voulu que nos chasseurs franchissent le 42 iéme pour abattre les TU22.
Cela vous rapelle quelque chose ?
Par Saillard jean louis on déc 12, 2012
Bonjour Jean-Louis,
Je me souviens effectivement que les libyens bombardaient Ouadi à coup de Tu-22 afin de détruire le matériel laissé sur place après la prise de la base par les tchadiens. Les russes ne voulaient pas que ça tombe entre nos mains
Tu étais sur place à ce moment là ?
@+
Par Pedro on avr 9, 2013