Le ton monte entre l’Otan et le Pakistan

Le Pakistan est un pays compliqué. D’un côté, il autorise la CIA à mener des raids ciblés contre des militants d’al-Qaïda et des responsables taliban réfugiés dans ses zones tribales avec des drones basés très probablement à Shamsi, situé dans le Balouchistan. Et de l’autre, il proteste et crie à la violation de son espace aérien quand des appareils de l’Otan survolent brièvement son territoire pour frapper des insurgés qui y ont trouvé refuge après avoir lancé des attaques en Afghanistan.

Depuis une semaine, les hélicoptères de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) ont ainsi franchi la ligne Durand à 4 reprises. Devant les protestations pakistanaises pour les deux premieres incursions, l’Otan avait fait valoir son droit de poursuite et indiqué qu’il n’avait pas été possible de contacter les militaires pakistanais sur le moment.

Mais les choses se sont compliquées lors de la quatrième incursion d’hélicoptères de l’Otan dans la zone tribal de Kurram, face à la province afghane de Paktya, le 30 septembre au matin. Par voie de communiqué, l’ISAF a indiqué que ses appareils avaient tiré sur « un groupe d’insurgés qui tentaient de tirer au mortier sur une base de la coalition », situé à Dand Patan, dans la province de Paktia. Seulement, trois militaires pakistanais ont été tués, semble-t-il, au cours de ce raid.

« Deux hélicoptères venant d’Afghanistan ont semblé avoir pénétré au Pakistan et ont tiré à la mitrailleuse sur un poste de grade-frontiète, situé à 200 mètres à l’intérieur du territoire pakistanais » a indiqué un porte-parole de l’armée pakistanaise. « Les six soldats qui tenaient le poste ont riposté à l’arme légère pour indiquer que les appareils avaient pénétré dans notre espace et, au lieu d’obtempérer, les hélicoptères ont tiré deux missiles, détruisant le poste » a-t-il ajouté.

« Les responsables militaires pakistanais ont informé l’Isaf que des membres de ses forces frontalières avaient été touchés par les tirs de la coalition. L’Isaf est en train de travailler avec le Pakistan pour (…) savoir si les deux événements sont liés, l’incident fait pour l’heure l’objet d’une enquête », a répondu la force sous commandement de l’Otan.

« Nous devons voir si nous sommes des alliés ou des ennemis », a déclaré le ministre pakistanais de l’Intérieur, Rehman Malik. Aussi, et afin de protester, Islamabad a décidé de bloquer provisoirement à la frontière les convois de ravitaillement de l’Otan destinés aux troupes déployés en Afghanistan. Des dizaines de camions ont ainsi été contraints de faire demi-tour à Peshawar, qui sur la route de la passe de Khyber, par où transite de la logistique de l’ISAF. D’autres sont restés coincés au poste-frontière de Torkham.

Et au lendemain de la décision d’Islamabad, 27 camions transportant du carburant et des équipements militaires ont été incendiés par une vingtaine d’individus dans la province du Sind, située dans le sud du Pakistan et à 400 km au nord de Karachi.

Ces attaques sont relativement fréquentes dans les secteurs où l’influence des insurgés islamistes est importante, c’est à dire dans le nord du pays et près du port de Karachi. « C’est la première attaque majeure contre les camions de l’Otan dans la région du Sind » a ainsi déclaré un porte-parole des autorités locales. Selon la police, une dizaine de suspects auraient été interpellés.

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