Afghanistan : Le général Petraeus donne ses directives

29 juillet 2010 – 19:35

Le prochain patron du commandement américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale (US CENTCOM), le général James Mattis, alias « Mad Dog », a évoqué, lors d’une audition devant le Sénat, l’éventuel début de retrait militaire d’Afghanistan à partir de juillet 2011, conformément au voeu exprimé par le président Obama.

Selon lui, une telle décision pourra être prise quand seront réunies « les conditions permettant une passation de pouvoirs responsables ». Par conséquent, « c’est une date à laquelle un processus débute, ce n’est pas le passage d’une patate chaude » a-t-il ajouté.

Seulement, encore faudrait-il que les autorités afghanes puissent être en mesure d’affirmer leur autorité et d’être soutenue par la population civile. Ce qui est encore loin d’être le cas, étant donné que, comme l’a souligné le général Mattis, les forces de l’Otan sont « desservies en terme de crédibilité » par de « mauvaises personnes aux commandes ».

Le nouveau commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, le général David Petraeus, a, semble-t-il, décidé de s’attaquer à ce problème. L’officier vient de diffuser un document de trois pages afin d’exposer ses nouvelles directives en matière de contre-insurrection (COIN). « Affrontez la culture de l’impunité : les taliban ne sont pas les seuls ennemis de la population. Elle est également menacée par une mauvaise gouvernance, la corruption et les abus de pouvoirs, qui sont les meilleurs recruteurs des taliban » a-t-il écrit.

Et de prendre le président afghan, Hamid Karzaï, dont la réputation de son entourage et pour le moins sulfureuse. « Identifiez et affronter les responsables corrompus. Le président (ndlr, Karzaï) a dit : ‘mon gouvernement est déterminé à combattre la corruption par tous les moyens possibles’. Aidez le gouvernement à atteindre ce but » a ajouté le général Petraeus.

Pour le reste, le commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) livre d’autres principes qui rappellent ceux énoncés par son prédécesseur, le général Stanley McChrystal. « Le peuple afghan est au coeur de notre mission. En réalité, il est notre mission. Nous devons le protéger de la violence, de quelque nature que ce soit » avait écrit ce dernier, en juin 2009, au moment de sa prise de fonction.

Et le général Petraeus ne dit pas autre chose. Il faut « assurer la sécurité de la population et être à son service. Ce n’est qu’en assurant sa sécurité et en gagnant sa confiance (…) que le gouvernement afghan et l’ISAF peuvent réussir » écrit-il. « Vivez avec les gens : placez les bases et les postes de combat aussi près que possible de ceux que nous cherchons à protéger. C’est faisable » recommande-t-il également.

Enfin, le général Petraeus appelle à « combattre durement et de manière disciplinée » afin d’éviter les dommages collatéraux. « Si nous tuons des civils ou endommageons leurs propriétés dans le cadre de nos opérations, nous allons nous créer plus d’ennemis que nos opérations n’en élimineront » estime-t-il.

Le fait est, quand les forces de l’Otan commettent une erreur d’appréciation (ou une « bavure »), cela sert la propagande des taliban, donne du grain à moudre à une certaine presse, par ailleurs beaucoup moins prompte à dénoncer les crimes et les exactions des insurgés et a un impact sur le nombre d’attaques contre les troupes de la coalition.

En effet, une récente étude réalisée par le National Bureau of Economic Research, un centre de réflexion américain, a démontré que les règles d’engagement beaucoup plus strictes énoncées par le général McChrystal pour éviter les pertes civils ont eu pour conséquence une diminution des attaques commises par les taliban contre l’ISAF.

« Les victimes civiles ont un impact sur la violence future à travers un enrôlement plus élevé au sein des groupes d’insurgés » note ainsi le document, établi à partir de données concernant les engagements militaires et les attentats recueillies pendant 15 mois. « En Afghanistan, lorsque les troupes de l’ISAF tuent des civils, cela augmente le nombre de candidats au combat, ce qui entraîne une hausse des attaques des insurgés » peut-on aussi lire.

Vidéo : Pour illustrer la difficulté des forces de la coalition, ces images sont celles d’une mission d’un F15 américain. Le pilote reçoit une demande d’appui aérien de la part de troupes françaises accrochées sur le terrain. Le contrôleur au sol demande le largage d’une bombe GBU pour réduire la menace d’un groupe insurgé armé d’un RPG. Seulement, il y a un risque élevé de dommages collatéraux, les insurgés étant à proximité d’une école. Via le blog du magazine DSI

Share/Save/Bookmark

Tags: , , , , , , ,

  1. 5 commentaires à “Afghanistan : Le général Petraeus donne ses directives”

  2. Drôle de guerre ! Plus je lis les rapports et les articles sur l’Afghanistan et plus je me demande ce que des armées conventionnelles ont à faire dans ce contexte de guerre. Au lieu d’aller les combattre chez eux avec des armes factices, faisons de la France une barrière infranchissable, repoussons au delà de nos frontières tous les radicaux et mettons notre argent à profit pour assumer une véritable défense nationale.
    Nous pouvons comprendre les effets pervers des dommages collatéraux sur une population qui est à la recherche d’un idéal social, mais pour autant faut il se laisser tuer sur place par un ennemi qui a amené à sa cause des journalistes prêts à dénoncer la moindre bavure ?
    Le terrain est suffisamment compliqué pour ajouter à cela une pression psychologique infernale sur ceux qui doivent mener à bien leurs missions et en même temps sauver leur peau. Nous pouvons aussi comprendre l’état d’esprit des combattants de 14 ou de 39, ils se battaient pour la Patrie, pour la liberté, notre liberté et leur engagement était total.
    A des milliers de kilomètres nos jeunes soldats doivent se battre en essayant de faire des prouesses chirurgicales contre des fantômes et avoir à l’esprit une presse qui n’a aucun scrupule à les mettre au pilori à la moindre défaillance. Malgré cela ils trouvent la motivation de faire leur boulot. Chapeau bas pour tous nos militaires.

    Par Albuhéra on juil 30, 2010

  3. il en ressort de cet article que la situation en afghanistan est(pour rester poli)pour le moins confuse (gvt corrompu ,population hostile),quand a dire d’attendre que le gouvernement et ses institutions soient stables pour partir ,c est une plaisanterie ,ou alors l otan est las-ba jusqu en 2050(et encore)je pense plutot que la vérité c est qu on est embourber dans une situation et le pire c est qu on ne sait plus comment en sortir ……………

    Par olivier on juil 30, 2010

  4. Je suis tout à fait d’accord avec Albuhéra, la presse ne relate que les rares erreurs commises par les forces de l’Otan, par contre elle ne parle jamais de ces gosses armés de cailloux le long des routes qui après un sourire « menteur » visent les hommes avec sans froid, et que dire de ces talibans qui une fois qu’ils ont tiré s’entourent de civils pour ne pas être éliminés
    J’imagine ce que ressentent nos soldats sur le terrain

    Par Nath on juil 30, 2010

  5. L’article est intéressant et les commentaires étranges. « Armes factices » aux mains de nos militaires, « barrière infranchissable » à poser sur la frontière française, « idéal social » pour qualifier l’espoir de survie de la population afghane, « pression psychologique » pour parler des règles d’engagement… Ce n’est pas sérieux.

    Par Golffies on juil 31, 2010

  6. Je sais il est parfois difficile de comprendre les sous entendus et l’humour noir employé mais reprendre des mots sortis de leur contexte n’est pas non plus sérieux. Les armes deviennent factices ? lorsqu’on ne peut pas les employer au risque de commettre des bavures autant posséder des armes en plastique… barrière infranchissable ? à part les Allemands et leurs chars, à une certaine époque on ne passait pas les frontières les mains dans les poches en sifflotant…idéal social ? ce serait pour les femmes afghanes d’avoir la liberté de s’assumer en leur permettant par exemple d’aller à l’école…pression psychologique ? quand vous devez penser, avant de sauver votre peau et de riposter sur l’ennemi qui vous canarde, si vous êtes dans la légalité ou bien dans une bavure, psychologiquement vous n’êtes pas chez Télécom en train de chialer parce que votre patron vous aura enguirlandé parce que vous n’aurez pas fait votre taf ou bien dans un bus à savoir si vous allez faire l’entraînement prévu ou ne pas le faire… Alors vous me pardonnerez Golffies mais vous avez une façon bien étrange de formuler votre pensée sur le sujet, et je reconnais bien volontiers que vous feriez bien un critique de baveux.

    Par Albuhéra on juil 31, 2010

Faire un commentaire