Le Pakistan et la Chine poussent leurs pions en Afghanistan

Un récent rapport de la London School of Economics (LSE) a confirmé ce que les services de renseignement pakistanais (ISI, Inter Services Intelligence) soutenaient les taliban afghan. Bien que ces derniers ont démenti les conclusions de ce document, il n’empêche qu’un échec de l’Otan en Afghanistan arrangerait les affaires du Pakistan. Et d’ailleurs, Islamabad ne croit pas aux chances de succès de la coalition internationale dans son entreprise de pacifier le pays.

En fait, il y a au moins deux clés pour comprendre la situation afghane actuelle : le conflit entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire et la volonté chinoise d’accroître son influence à Kaboul, par ailleurs renforcée par les promesses d’exploitations des richesses minières de l’Afghanistan, qui sont connues depuis longtemps mais dont un rapport de géologues américains a récemment chiffré le potentiel.

Pour le Pakistan, il est important de bénéficier d’une profondeur stratégique face à l’Inde. D’où son intérêt pour l’Afghanistan. Et puis, par le passé, le soutien d’Islamabad au mouvement taleb afghan, dirigé par le mollah Omar, répondait aussi au besoin de sécuriser ses voies d’approvisionnements passant par l’Asie centrale, une région par ailleurs riche en pétrole.

Aussi, Islamabad cherche actuellement à s’impliquer sur la scène politique afghane afin de s’assurer des bonnes grâces ultérieures de Kaboul et de profiter ainsi du départ de l’Otan. Pour cela, le Pakistan cherche à utiliser les moyens qu’il a à sa disposition, lesquels sont bien évidemment les insurgés afghans, avec qui il entretient des relations anciennes.

L’insurrection afghane n’est pas monolithique. Au moins trois mouvements importants la composent. Outre la Choura de Quetta du mollah Omar, qui n’est en fait que le mouvement taleb réfugié au Pakistan après sa déroute de 2001, on trouve le Hezb-e-Islami du seigneur de guerre Gubbuldin Hekmatyar, qui avait revendiqué l’embuscade d’Uzbeen en 2008 et au cours de laquelle dix soldats français perdirent la vie, et le réseau Haqqani, très actif dans l’est afghan et dont les bases arrières sont situées dans la région tribale pakistanaise du Nord-Waziristan, là-même où sont supposés se cacher les dirigeants d’al-Qaïda.

Pour le mouvement taleb afghan du mollah Omar, l’on ne peut pas dire que les services pakistanais aient fait tout leur possible pour le neutraliser. Certes, le chef militaire de cette organisation, le mollah Baradar, a été arrêté par leurs soins au début de cette année. Seulement, cette capture, qui a permis de donner des gages aux Etats-Unis, a répondu à d’autres exigences.

En effet, il semblerait surtout que Baradar ait été écarté pour des raisons d’appartenance à une autre tribu que celle qui est dominante au sein du mouvement taleb et que, sutout, il ait voulu négocier directement avec le président Karzaï. Or, pour les services pakistanais, il en aurait été hors de question, d’où sa mise hors jeu. Pour Islamabad, et le le chef de l’armée pakistanaise en particulier, le général Ashfaq Parvez Kayani, il s’agit de servir d’intermédiaire entre Kaboul et les insurgés de choisir ainsi les « bons » interlocuteurs.

Et selon le New York Times, le général Kayani pourrait pousser Jalaluddin Haqqani, le chef du réseau du même nom, à parlementer avec les autorités afghanes. Cette organisation est en outre soupçonnée d’avoir commis plusieurs récentes attaques contre des cibles à Kaboul et la base militaire de Bagram. Elle bénéficie d’un traitement particulier de la part d’Islamabad puisqu’il n’est pas question d’attaquer ses bases au Nord-Waziristan, et de répondre ainsi à une demande pressante de Washington.

Par ailleurs, il semblerait que le réseau Haqqani soit de mèche avec le Lashkar-e-Taïba (LeT) qui, bien qu’officiellement interdit au Pakistan, bénéficie également d’un soutien de la part de l’ISI. Ce mouvement, dont l’action concerne essentiellement le Cachemire, aurait participé à des opérations contre des intérêts indiens en Afghanistan. Des militants du LeT seraient présents dans 7 ou 8 régions afghanes et neuf d’entre eux auraient été capturés le 8 avril dernier par les forces spéciales américaines dans la province de Nangarhar, à l’est du pays.

Quant au Hezb-e-Islami d’Hekmatyar, son cas est différent puisque ce mouvement a déjà pris langue avec le gouvernement afghan au cours du printemps dernier, sans qu’un accord de paix soit trouvé. Ces négociations auraient été souhaitées à la fois par le Pakistan et la Chine.

En effet, l’organisation d’Hekmatyar entretient des relations anciennes avec les services secrets chinois et ces derniers, le Quingbaobu d’origine militaire et le Guoanbu. Au cours des années 1990, l’actuel patron du service de renseignement de l’armée populaire de libération (APL), Chen Xiaogang avait été chargé de lui fournir des armes. C’est donc presque naturellement que Pékin a soutenu ces efforts de rapprochement entre le président Karzaï et le vieux seigneur de guerre islamiste afghan.

A noter que parallèlement, l’ISI a contribué à faire cesser le soutien taleb aux séparatistes musulmans ouïghours dans le Xinjiang, la province chinoise où des troubles éclatent régulièrement.

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant; [Voir les règles de confidentialité].