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Avions ravitailleurs : Leçon de pragmatisme à l’américaine

11 mars 2010 – 17:38

Ainsi, EADS a fini par se retirer de l’appel d’offres concernant le marché de 35 milliards de dollars consistant à livrer à l’US Air Force 179 avions ravitailleurs pour remplacer ses vétustes KC-135.

Dans l’affaire, le groupe européen était associé à Northrop-Grumman. En se désistant le premier de cet appel d’offres, estimant que le cahier des charges soumis était trop favorable au concurrent Boeing, EADS n’a pu que suivre son partenaire. Exit donc les projets d’implantation outre-Atlantique, les 500 millions de dollars d’investissement prévus pour une usine à Mobile (Alabama) et une crédibilité renforcée pour avoir réussi à s’imposer sur le marché très fermé de l’armement américain.

Alors que le tandem EADS/Northrop s’était imposé face à Boeing à l’occasion d’un second appel d’offres, en mars 2008, lequel avait été annulé par le Government Accountability Office (GAO), le groupe européen d’aéronautique et de défense se retrouve au point de départ. Mais dans le fond, en pouvait-il être autrement?

Car cette affaire est purement politique. Tout le monde s’accorde à penser que le KC-45, dérivé de l’A-330 MRTT, est bien meilleur que le KC-767 que Boeing a soumis pour remporter le marché. Seulement voilà, peut-on imaginer Washington donner des munitions à un concurrent de Boeing sur le marché de l’aviation civil?

Et comme on ne peut pas concevoir l’armée de l’Air française voler sur des avions de chasse construits par un autre avionneur que Dassault, les Américains pourraient-il se faire à l’idée de voir Boeing exclu de l’US Air Force? Car le géant de Seattle travaille déjà très peu pour le compte des aviateurs américains : il n’y aura plus de nouvelles commandes de C17, le programme du F35 est l’apanage de Lockheed-Martin et il n’est pas au mieux dans le secteur des drones…

Ces deux considérations viennent s’ajouter au problème de l’emploi outre-Atlantique. En 2008, les démocrates ne s’étaient pas privé de critiquer le choix du Pentagone en faveur du KC45. Et c’est un des leurs, sénateur de l’Illinois, l’Etat où est situé le siège social de Boeing, qui a remporté la course à la Maison Blanche… au détriment du républicain John McCain, qui avait été à l’origine de l’annulation du premier contrat remporté par le constructeur américain avec des méthodes condamnables.

Aussi, le « bidouillage » du cahier des charges pour qu’il convienne mieux à Boeing n’est pas une surprise. Et comme le Pentagone est le premier client de Northrop Grumman, il n’a pas été difficile de le faire rentrer dans le rang si d’aventure la tentation de faire casser le nouvel appel d’offres serait venue à l’esprit de ses dirigeants.

Aux Etats-Unis, on y voit du pragmatisme et en Europe, notamment en France et en Allemagne, on crie au protectionnisme. « L’attitude du gouvernement américain sur l’affaire des ravitailleurs est un manquement grave aux règles qui sont celles d’une concurrence loyale entre nos économies » a déclaré, le 10 mars, François Fillon, le Premier ministre français.

Le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, l’atlantiste Pierre Lellouche, a quant à lui parlé de « scandale » et a promis que les choses n’en resteraient pas là. « Ce n’est pas la peine, ensuite, de demander aux Européens de contribuer à la défense globale, de se mobiliser pour la défense commune, si on leur dénie le droit d’avoir une industrie de défense qui puisse travailler des deux côtés de l’Atlantique » a-t-il affirmé.

Ce dossier sera abordé par le président Sarkozy lors de sa prochaine rencontre avec Barack Obama, à la fin du mois de mars. De toute façon, comme les contrats en matière de défense ne concernent pas l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), seule habilitée à trancher les contentieux commerciaux, Paris, Berlin ou Londres peuvent accuser Washington de protectionnisme, ça ne changera rien à l’issue de cette affaire.

Aussi, sans nul doute serait-il plus profitable pour les Européens d’en tirer les conséquences et la leçon. A commencer par la France : après avoir privilégié le Javelin des américains Raytheon et Lockheed-Martin au détriment du Spike de l’israélien Rafael pour remplacer ses missiles antichar Milan, il est probable que Paris y regardera à deux fois avant de solliciter le californien General Atomics et son Predator B pour l’acquisition de drones MALE. Ce contrat, de 2,9 milliards d’euros, est visé à la fois par EADS, avec le Talarion, et Dassault aviation, associé à Thales, avec un engin conçu à partir du Heron TP de l’industriel IAI.

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  1. 17 commentaires à “Avions ravitailleurs : Leçon de pragmatisme à l’américaine”

  2. exactement, mais si on veut vraiment contrer faut convaincre les pays qui veulent acquerir le f-35 de ne pas le faire.
    Et avec ça , la riposte sera de meme ordre

    Par aeroxavier on mar 11, 2010

  3. Juste. Au lieu de vouloir battre les américains chez eux, il vaut mieux les battre en remportant des marchés internationnaux : Brésil, Asie….

    Par alf on mar 11, 2010

  4. Article méconnaissant plusieurs paramètres. La Présidence US a besoin du Congrès pour faire passer plusieurs projets majeurs. Boeing est implanté dans certains états dont les représentants ont une triple pression : celle des électeurs, celle des lobbys et celle du Parti.
    Pour tous les USA il y a 435 députés et 100 sénateurs qui ont un poids politique et social très important.(577 députés et 343 sénateurs en France)
    Le Pentagone est, également, soumis à la pression car le budget de la défense est décidé par le Congrès. Et que l’existence de commissions peut faire des dégâts. Surtout celles gérant les « blacks programs » et autres « Skunk Works ».
    C’est bien un problème politique interne qui a donc conduit à cette décision. C’est bien une compétition entre états. C’est bien une guerre entre grands industriels US (Boeing vs Northrop). Ce n’est aucunement du simple protectionnisme. Et la réaction (Comme souvent stupide) de nos politiques peut faire plus de mal que de bien vis à vis du peuple US. Qui déteste, par dessus tout, recevoir des leçons. Surtout de la part de pays de seconde zone. (Rappel : La France est infichue de mettre plus de 11 hélicoptères en Afghanistan, dont aucun n’est en mesure de faire du transport lourd)

    Par Gwydyon on mar 12, 2010

  5. Décidément, les bras m’en tombent ! Vous qui êtes pour une justice impartiale, vous aimeriez qu’en matière d’affaires industrielles les juges du pôle financier, dont soit dit-en passant c’est le métier, ferment les yeux ; et pourquoi pas aussi, laisser faire des magouilles sur certains comptes internationaux et dans la bourse ?

    Par Mike on mar 12, 2010

  6. oui , c’est un probleme interne, entre 2 industriels, mais c’est surtout poussés par le fait qu’airbus s’implante aux USA et qu’il n’est pas americain

    Par aeroxavier on mar 12, 2010

  7. @Gwydyon : Dire que l’article méconnaît le sujet, vous êtes quelque peu en dehors des clous, même si vous apportez quelques précisions complémentaires. Il ne s’agit pas d’une part de faire de l’anti américanisme primaire, comme nous pouvons le constater trop souvent en France, mais de voir les évènements avec plus de clairvoyance que vous ne le faites. Les Américains ont toujours fait du protectionnisme…quand cela les arrangent faut il préciser, puisque EADS leur a bien fourgué pour plusieurs milliards d’Hélicoptères. Rappelez vous de Concorde, tous les arguments possibles et imaginables étaient avancés pour qu’il ne se pose pas sur le sol des States, car nous étions les premiers sur ce concept d’avion supersonique civil. Je pense que ce qui n’est peut être pas dit ouvertement, c’est que ce sont les Européens qui manquent totalement d’efficacité dans ce domaine et sont presque toujours aller individuellement chercher des contrats chez le Grand Sam et sont repartis la queue entre les jambes. Individuellement nous sommes de petites verrues, à 27 ce n’est plus les mêmes données. Nier cet état de fait, c’est aller un peu vite en besogne, me semble t’il !

    Par Albuhéra on mar 12, 2010

  8. Cher Gwydyon, effectivement, nous n’engageons pas de forces équivalentes à celles misent en place par les USA en Afganistant. Il ne faut pas oublier que notre budget défense n’est malheureusement pas le même. Il ne faut pas oublier non plus que nos effectifs ne sont pas les mêmes. Il faut reconnaitre (et là je n’attaque personne) que notre partiotisme est beaucoup moins exacerbé (nous ne pouvons pas lever une armée de volontaires pour faire la guerre chez les autres). Nous n’avons pas les mêmes rapports à la « guerre » que les Américains. Je persiste à penser que notre problème vient du fait que nous n’arrivons déjà pas à nous positionner sur le marché international de l’armement. De toute manière, nous ne sommes pas très ouvert à l’hachat de matériel militaire à l’étranger (malheureusement parfois). Amicallement .

    Par alf on mar 12, 2010

  9. Mon cher Albuhéra
    Je ne suis, sans doute, pas trop clairvoyant, et « en dehors des clous » mais, au moins, je ne dis pas tout et son contraire.
    Si les américains étaient bêtement protectionnistes, ils n’achèteraient pas de l’armement en Suisse, en Afrique du sud, en Europe, etc… (Et vous l’indiquez vous même pour Eurocopter)
    Puis vous appuyez votre démonstration sur Concorde alors que les USA ont été le premier pays étranger à qualifier l’appareil et le seul pays au monde, après la GB et la France, à le faire voler sous leurs couleurs (Compagnie Brannif)
    http://www.salon-de-l-aviation.com/concorde.htm
    Alors, franchement, je ne sais pas si je connais ou non les sujets dont je parle, mais j’espère que le lecteur jugera, mieux que vous, de la pertinence de mes propos. C’est tout le mal que je souhaite à ce blog.

    Par Gwydyon on mar 12, 2010

  10. Mon cher Alf
    Je ne compare que ce qui est comparable. Donc pas les moyens de la France par rapport aux USA. (Simplement à nos amis britanniques, néerlandais, canadiens, allemands etc…)
    Mais, parmi les pays dont les dépenses militaires sont connues, la France était, en 2009, au 3ème rang mondial, selon Wikipedia, qui, je le reconnais fait beaucoup d’erreurs parfois. Alors il faudra m’expliquer pourquoi nous sommes incapables de mettre plus de 11 voilures tournantes en Afghanistan ! (Je le sais mais je laisse le lecteur chercher)
    Et surtout des hélicoptères dont le meilleur (Le Caracal) ne peut emporter que 03 Pax par un bel après-midi de chaleur. (Un chinook c’est 50 Pax)

    Par Gwydyon on mar 12, 2010

  11. @ Gwydon,

    - Les rapports entre les élus du Congrès et l’administration Obama est en effet un autre élément à prendre en considération. Je ne l’ai pas évoqué cette fois-ci mais cela a déjà été fait auparavant (notamment avec l’opposition du sénateur rép. de l’Alabama, Richard Shelby).

    - L’article essaie de montrer que les Américains défendent leurs intérêts, ce que les Européens ont du mal à faire… Ce n’est pas moi qui parle de « protectionnisme » mais les dirigeants européens…

    Par admin on mar 12, 2010

  12. Mon cher Admin
    J’ai lu l’article et mon intervention n’était pas une critique mais un complément d’éclairage. Notamment pour expliquer que la réaction des politiques (Le fameux « protectionnisme » à la Lelouch étant une posture à usage politique national interne)
    Nos gouvernants pensent que le peuple est « basique » et qu’il convient de lui servir une dialectique qu’il est en mesure de comprendre. Ce n’est pas le cas et l’existence de votre blog matérialise que, grâce au net, il est possible de décrypter les choses.
    En tout cas, félicitations pour la qualité de cet espace et merci de recevoir mes modestes contributions. Il est rare de pouvoir s’exprimer sans « filtre de modération ». Sachant en outre que l’art est difficile et la critique aisée. C’est vous qui avez la tâche la plus difficile et c’est d’ailleurs pourquoi j’ai employé le terme « méconnaître » qui ne veut pas dire être inexact.
    Cordialement.

    Par Gwydyon on mar 12, 2010

  13. Cher Gwydyon

    Je n’affirme rien de contradictoire, puisque je dis que les Américains font du protectionnisme lorsque cela les arrangent ai je précisé. Donc rien d’étonnant qu’ils achètent là où bon leur semble, mais ce n’est jamais tout à fait sans arrière pensée, je dirai c’est du donnant donnant. Cela dit l’Europe ne sait pas faire ce genre de business et est en même temps maladroite dans ces réactions, cela je vous l’accorde bien volontiers.
    En ce qui concerne Concorde, j’ai encore en mémoire le foin que les journalistes de l’époque ont pu faire sur les nuisances de l’appareil, trop bruyant, trop polluant, trop ci, trop la. Quand la bataille a été gagnée, les « Caincains » sont revenus à une attitude plus convenable pour finir d’accepter ce qui pour eux était au tout début un pavé dans la mare et reconnaître finalement tout le bien que l’on pouvait attendre de cet appareil pour les hommes d’affaires qui courent après le temps perdu.
    Enfin, j’apprécie l’apport de vos connaissances sur des sujets intéressants, cela permet des échanges qui se veulent le plus souvent très courtois et bon enfant. Je dois dire aussi que les débordements sont rarissimes, que le respect des idées des autres est bien accepté en tous cas de façon cavalière, même si certains sont parfois quelque peu bornés ; c’est pourquoi aussi j’aime bien venir « tailler bavette » sur ce blog que je connais particulièrement bien.
    cordialement

    Par Albuhéra on mar 12, 2010

  14. Obama fut sénateur de l’Illinois jusqu’en 2004,c’est le siège de Boeing…(Chicago.)Une petite info,c’est tout ce que j’ai à dire bon WE à tous !

    Par Savoie on mar 13, 2010

  15. Et tout le monde peut remarquer le silence assourdissant de Monsieur Herman Van Rompuy qui est le 1er Président du Conseil Européen, qui, dans ce dossier, me semble être le seul légitime pour exprimer son sentiment.

    Par Gwydyon on mar 13, 2010

  16. Les Américains feront comme d’habitude à savoir ce qu’ils jugent le mieux à court terme pour les Etats-Unis. Il n’y a rien de nouveau en cela sinon la politesse relative d’Obama qui ne veut pas être trop ouvertement sincère avec notre Président. Si il faut apprécier quelque chose c’est bien cela. Pour le reste les industriels de la Défense ne sont pas des enfants et savent que les règles sont biaisées de par la nature même de l’activité et son impact national.

    Par massage on avr 1, 2010

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