Le Pakistan refuse d’attaquer les taliban afghans

Après sa visite officielle en Inde, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, s’est rendu au Pakistan, le 21 janvier. Il s’agissait pour le chef du Pentagone d’expliquer la nouvelle stratégie que compte appliquer l’Otan en Afghanistan et de convaincre les responsables pakistanais de la nécessité de mener des actions contre les taliban afghans qui ont trouvé refuge sur leur territoire, notamment au Balouchistan et au Nord-Waziristan.

C’est en effet à partir de ces régions que les insurgés préparent et mènent leurs attaques contre les troupes de la coalition déployées en Afghanistan et contre les forces de sécurité afghanes. « On ne peut ignorer une partie de ce cancer et prétendre qu’elle n’aura aucun effet chez soi » avait préalablement expliqué Robert Gates.

Seulement, les entretiens que le responsable américain a eu avec son homologue pakistanais, Ahmed Mukhtar, et le chef d’état-major, le général Ashfaq Kayani, n’ont pas eu l’effet escompté.

En effet, le porte-parole de l’armée pakistanaise, le général Athar Abbas, a répondu qu’Islamabad refuse de faire l’amalgame entre les taliban afghans qui se gardent bien de déstabiliser leur pays d’accueil et ceux du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) de Baïtullah Mehsud, qui ont lancé une vague de terrorisme sans précédent qui ensanglante le Pakistan depuis maintenant plus de deux ans. « Tout n’est pas blanc ou noir » a-t-il déclaré.

Le général Abbas a par ailleurs fourni d’autres explications. Ainsi, il n’est pas question pour l’armée pakistanaise de se lancer dans d’autres offensives tant que la situation au Sud-Waziristan, qui fait l’objet d’une vaste opération militaire depuis octobre 2009 afin d’en déloger les combattants du TTP, n’est pas normalisée. Cela pourraient prendre « six mois, voire un an » a-t-il prévenu, alors que le délai de huit semaines avait été initialement annoncé.

« Nous ne sommes pas en position d’écarteler nos forces » a encore fait valoir l’officier, d’autant plus que l’état-major pakistanais n’a pas l’intention de diminuer son dispositif au Cachemire, face à son rival indien. Et il ne sert à rien d’epérer un revirement d’Islamabad à ce sujet dans un proche avenir, même si Robert Gates a une nouvelle fois assuré les dirigeants pakistanais de la poursuite du partenariat stratégique entre leur pays et les Etats-Unis, lequel a d’ailleurs coûté cher au contribuable américain car ce sont plus de 15 milliards de dollars d’aides qui ont été versés au Pakistan depuis septembre 2001, dont une grande partie a été détournée, de l’aveu même de l’ancien président Musharraf, pour des programmes d’armement tournés contre New Delhi.

La fin de non-recevoir aux demandes réitérées de Washington s’explique surtout par la volonté des Pakistanais de ménager les talibans afghans, qu’ils ont aidé à prendre le pouvoir à Kaboul dans les années 1990, dans l’optique d’un retrait militaire américain d’Afghanistan afin de bénéficier d’une profondeur stratégique face à l’Inde.

Cela étant, Robert Gates a reconnu le rôle positif joué par le Pakistan contre les cellules d’al-Qaïda. Selon lui, les différentes opérations militaires menées par l’armée pakistanaise dans le nord-ouest du pays ont permis de perturber les militants du réseau d’Oussama ben Laden et « certains autres terroristes » en les délogeant « de leurs repaires ».

Mais pour l’instant, les Etats-Unis devront donc se contenter de leurs frappes ciblées réalisées par des drones opérant depuis le Pakistan et l’Afghanistan contre les cadres du mouvement taleb afghan et des reponsables d’al-Qaïda. Bien qu’Islamabad fait mine de les désapprouver – alors qu’elles ont permis d’éliminer l’ancien chef du TTP – ces opérations se sont multipliées .

En effet, 11 raids de ce type ont été menés depuis le début de l’année, avec un bilan difficile à évaluer. Cependant, l’un d’entre eux aurait tué Abdul Basit Usman, l’artificier du groupe islamiste philippin Abu Sayyaf alors que ce dernier se trouvait dans une zone où avait été localisé Hakimullah Mehsud. Sa présence au Pakistan tendrait ainsi à prouver l’existence de liens entre les différentes mouvances radicales qui opérent en Asie.

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