Désaccord sur l’efficacité des drones

Parallèlement à l’annonce de la nouvelle stratégie en Afghanistan, les Etats-Unis ont décidé d’étendre la zone d’action de leurs drones actuellement déployés sur la base de Shamsa, au Pakistan. Ainsi, l’administration Obama a donné l’autorisation à la CIA de réaliser des frappes ciblées au Balouchistan, plus précisément dans les environs de Quetta, la ville où ont trouvé refuge des responsables du mouvement taleb afghan – dont le mollah Omar – et d’al-Qaïda.

Cette décision n’est pas surprenante. En effet, les raids menés par les drones Predator de la CIA, armés par des missiles Hellfire, se sont multipliés au Pakistan depuis l’investure de Barack Obama à la Maison Blanche. Ce programme d’élimination ciblée des dirigeants islamistes fait de plus l’objet d’un large consensus au sein de la classe politique américaine, malgré les questions juridiques que ces actions sont susceptibles de causer.

Jusqu’à présent, les drones américains ont surtout été utilisés dans les zones tribales pakistanaises du Nord et du Sud Waziristan, avec des succès notables, comme par exemple avec les éliminations de chefs d’al-Qaïda, tels qu’Abu Saleh al-Somali et Abdallah Said al-Libi ou encore de Baïtullah Mehsud, le chef des taliban pakistanais, responsables de la vague de terrorisme qui ensanglante le pays depuis maintenant plus de deux ans.

Seulement, et même si Islamabad y trouve un intérêt certain à ces opérations ciblées, il n’en reste pas moins que l’opinion publique pakistanaise y est très largement hostile. D’une part, elle est traversée par un sentiment antiaméricain et, d’autre part, elle est choquée par les informations de la presse locale qui fait régulièrement état de dommages collatéraux, et donc de victimes civiles. « Notre politique consiste à isoler les militants des tribus locales, mais les attaques de drones renforcent leur unité », notait, l’année dernière, le Premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani.

Un an plus tard, après les combats de vallée de Swat et de l’offensive au Sud-Waziristan contre les taliban de Mehsud, la position d’Islamabad n’a pas changé. Ainsi, le président Asif Ali Zardari a estimé, le 7 janvier, que « les attaques de drones au Pakistan minaient le consensus national » en faveur de la guerre. Mais, lors d’une rencontre avec une délégation de sénateurs américains, dont l’ancien candidat à la Maison Blanche, le républicain John McCain, le chef de l’Etat pakistanais a demandé, dans le même temps, qu’un transfert de techonologie au sujet des drones soit réalisé au profit de son pays afin que ses forces armées fassent le travail actuellement accompli par la CIA.

Cette appréciation de Asif Ali Zardari vient quelques jours après une critique de son gouvernement à l’égard des attaques ciblées. « Sur les 44 tirs de missile à partir de drones américains dans les zones tribales en 2009, seulement 5 ont atteint leur cible » a-t-il avancé. Pour le journal pakistanais Dawn, « environ 90% des victimes de ces tirs sont des civils ».

En juin dernier, le bilan de ces attaques de drones n’était guère satisfaisant. De janvier 2006 à avril 2009, il était estimé que ces frappes avaient tué 14 dirigeants d’al-Qaïda mais aussi 687 civils, ce qui fait un ratio de 50 non-combattants pour un responsable terroriste et un taux de réussite de 6%. Cela étant, il est difficile d’avoir une idée précise des résultats de ces raids, étant donné qu’ils sont réalisés dans des régions difficiles d’accès, car tenues par les mouvements islamistes.

« Les pertes civiles dépassent à peine la vingtaine de morts. Il s’agit de personnes qui, soit se trouvaient aux côtés de terroristes de haut rang, soit étaient présentes dans les installations utilisées par les terroristes » relativisait un responsable du gouvernement américain non identifié, cité par le New York Times, le 4 décembre dernier. Un bilan constesté par Amnesty International, qui estime, au contraire, cette estimation « peu probable » étant donné que les pertes civiles sont toujours « sous-évaluées ».

Quoi qu’il en soit, et alors qu’un camp de djihadistes avaient été bonbardé deux fois par la CIA au Nord-Waziristan (ndlr: le fief du chef taleb afghan Haqqani), le sénateur John McCain a déclaré, depuis Kaboul, que « les frappes de des drones font partie d’un ensemble de tactiques qui s’intégrent dans une stratégie de victoire et elles ont été très efficaces ». Ces opérations ciblés ont « ébranlé al-Qaïda et d’autres groupes » et elles « ont eu du succès » a-t-il ajouté.

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