Ravitailleurs US : Northrop et EADS haussent le ton

Récemment, à quelques semaines d’intervalle, le numéro deux de Northrop-Grumman, Paul Meyer, et le président exécutif d’EADS, Louis Gallois, avaient accusé le Pentagone d’avoir avantagé leur concurrent Boeing à l’occasion du troisième appel d’offres lancé pour trouver un successeur aux avions ravitailleurs KC-135 de l’US Air Force. Les deux hommes, dont les groupes respectifs se sont associés pour présenter le KC-45, reprochaient alors aux autorités américaines d’avoir communiqué des informations relatives au prix de leur offre à leur rival.

Ces accusations trouvèrent un écho chez le sénateur républicain John McCain. L’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2008 avait alors adressé un courrier au secrétaire à la Défense, Robert Gates, dans lequel il posait des questions relatives au cahier des charges et à l’évaluation des deux appareils en compétition, tout en se demandant si les nouvelles spécifications imposées par le Pentagone ne visaient pas à favoriser Boeing.

« Nous nous sommes engagés à lancer un processus de sélection intègre et nous ne pouvons pas nous permettre le genre d’échecs, de discours corporatistes et de querelles d’entreprises qui ont freiné cet effort dans le passé » avait affirmé Robert Gates, le 24 septembre dernier. Seulement, avec un contrat de 35 milliards de dollars à la clé, il ne faudrait guère s’étonner à ce qu’il y ait quelques manoeuvres en coulisses… Et pour l’instant, c’est Northrop et EADS qui estiment en être les victimes, au point de menacer de se retirer de l’appel d’offres.

C’est en tout les cas le sens de la lettre que Wes Bush, le président de Northrop Grumman a envoyé au secrétaire américain à la défense, estimant que le Pentagone « ne compte pas répondre de manière substantielle aux inquiètudes » exprimées par son groupe au sujet du changement des critères de sélection et du projet d’appel d’offres qui marque « une nette préférence pour un plus petit appareil de moindre capacité » par rapport au KC45. « Dans ces conditions, je suis au regret de vous annoncer qu’en l’absence de modifications dans l’appel d’offres final, Northrop Grumman a décidé qu’il ne pouvait pas  soumettre de propostion » a conclu Wes Bush.

Face à ces accusations de favoritisme à l’égard de Boeing et de son B767, le Pentagone a indiqué regretter la décision de Northrop-Grumman et d’EADS tout en espérant que les deux partenaires réintégreront la compétition une fois l’appel d’offres final publié, ce qui devrait être fait « probablement en janvier ».

Cependant, ce dossier n’est pas exempt d’implications politiques, les élus des Etats où sont situés les chaînes de montage des deux concurrents étant tentés d’influencer la décision finale. Cela a été le cas de Richard Shelby, sénateur républicain de l’Alabama, où Northrop et EADS ont l’intention d’investir 600 millions de dollars en cas de succès. « L’appel d’offres porte une trop grande attention trops grande au fait que le prix le plus bas doit gagner, sans considérations pour les capacités offertes » avait-il écrit dans une lettre envoyée à Robert Gates, le 27 octobre dernier. Et cela a été aussi le cas de Norm Dicks, un membre du Congrès élu de l’Etat de Washington, où Boeing construit ses appareils. Au sujet du retrait annoncé de Northrop, ce parlementaire a estimé qu’il s’agissait d’une « tatique classique pour mettre la pression sur le Pentagone ».

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