Fort Hood : Les liens troublants du commandant Hasan

Les questions demeurent au sujet du mobile qui a poussé le commandant Hasan à tirer sur ses camarades à Fort Hood, le 5 novembre dernier. Contrairement à ce qui a pu être dit, cette fusillade n’est pas le fait d’un soldat victime de stress post-traumatique lié à un déploiement en Irak ou en Afghanistan. L’auteur de la fusillade, qui a fait 13 morts, n’était encore jamais parti à l’étranger et sa qualité d’officier psychiatre l’aurait de toute façon éloigné du danger qu’affronte ceux qui partent quotidiennement patrouiller dans des zones peu sûres.

Selon des témoins de la fusillade, le commandant Hasan aurait crié « Allah Akbar » (« Dieu est grand » en arabe) au moment d’ouvrir le feu, ce qui laisse supposer que son acte ait été de nature terroriste, même si d’après les enquêteurs, il n’était lié à aucune cellule.

Cependant, le New York Times a indiqué que l’analyse du disque dur de l’ordinateur de l’officier psychiatre a révélé des choses intéressantes, comme par exemple le fait qu’il a consulté des sites islamistes avant de commettre son acte et qu’il est entré en contact avec des personnes de cette mouvance.

Le cas du commandant Hasan peut faire penser à celui du physicien arrêté à Vienne (Isère), en octobre dernier. D’origine algérienne, le scientifique avait échangé des courriels avec un reponsable d’al-Qaïda au Maghreb islamique et s’était dit prêt à réaliser des attentats en France, notamment contre des casernes de régiments français engagés en Afghanistan ou encore comme celui de Rany A., un jeune diplômé en électronique qui avait préparé une attaque à la voiture piégée contre les locaux de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret.

Ce que l’on sait au sujet du commandant Hasan est qu’il critiquait ouvertement les interventions militaires américaines en Afghanistan et en Irak, quitte à se disputer à ces sujets avec ses camarades et qu’il avait exprimé son refus de partir à son tour sur ses théâtres d’opérations. Mais d’après le Sunday Telegraph et le Washington Post, il se trouve que, en 2001, Hasan aurait fréquenté la mosquée Dar al-Hijrah de Falls Church, en Virginie et où prêchait un certain Anwar al-Aulaqui, un imam extrémiste qui a quitté les Etats-Unis depuis. Par ailleurs, deux kamikazes des attentats du 11 septembre 2001 s’y seraient également rendus.

Cela est encore trop peu pour établir l’existence d’un lien entre Hasan et l’imam al-Aulaqui, suspecté d’avoir établi des rapports avec al-Qaïda. Toujours est-il que ce dernier ne s’est pas privé pour commenter la fusillade de Fort Hood, parlant « d’acte héroïque », selon SITE, le centre américain de suveillance des activités islamistes sur Internet. « La seule façon dont un musulman peut justifier aurpès de l’islam de servir dans l’armée américaine est si ses intentions suivent celle d’hommes comme Nidal (Malik Hasan) » a-t-il déclaré, sans toutefois évoquer un quelconque lien avec l’officier.

Quoi qu’il en soit, cette affaire inquiète notamment le général George Casey, le chef d’état-major de l’US Army. « Je suis préoccupé. Ces conjectures pourraient provoquer une réaction violente contre certains de nos soldats musulmans » a-t-il déclaré sur CNN. « J’ai demandé aux responsables de nos troupes d’être attentifs » a-t-il ajouté.

Il y aurait 3.500 militaires musulmans au sein de l’armée américaine. En fait, ce nombre est sous-évalué et il serait compris entre 4.000 et 15.000. Pour la plupart, ces soldats sont musulmans de naissance mais beaucoup sont des convertis, comme cela a été le cas après la première guerre du Golfe, en 1991, où 3.000 militaires américains déployés en Arabie Saoudite étaient revenus au pays avec la foi islamique.

Mais le général Casey a de quoi être inquiet avec cette affaire. D’autant plus que ce n’est pas la première. En mars 2003, au camp militaire américain « Pennsylvannia », à Koweït, le sergent Asan Akbar avait lancé des grenades dans trois tentes occupées par des officiers de la 101st Airborne Division et ouvert le feu à l’arme automatique. Bilan : 2 tués et 14 blessés. « Vous venez dans nos pays et vous allez violer nos femmes et tuer nos enfants » avait déclaré le sous-officier pour justifier son son acte, commis trois jour après le début de l’opération Iraqi Freedom.

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