Décès de l’analyste Laurent Murawiec, le faucon français

Il était un des rares intellectuels français à défendre les thèses des néo-conservateurs américains, pourtant peu en odeur de sainteté de ce côté de l’Atlantique. Laurent Murawiec, 58 ans, est décédé des suites d’une longue maladie, le 8 octobre.

Né à Paris en 1951, Laurent Murawiec a commencé sa carrière en tant que journaliste économique et correspondant pour une agence de presse en Allemagne, après avoir suivi des études de philosophie à la Sorbonne. A l’époque, son engagement politique est à l’opposé de celui qu’il defendra plus tard. Adhérent au Parti ouvrier européen, Murawiec va alors travailler, pendant dix ans, pour un militant d’extrême gauche américain, un certain Lyndon LaRouche, qui, passé depuis à la droite fondamentaliste, a inspiré les thèses complotistes qui gravitent autour du 11 septembre 2001.

Ecoeuré par l’antisémitisme de LaRouche, Laurent Murawiec finira par tourner la page, notamment après une rencontre avec l’historien Léon Poliakov. Âgé de 35 ans, il s’intéresse alors aux auteurs libéraux, tels Tocqueville ou Hayek. Dans le même temps, il s’intéresse aux affaires internationales et militaires.

Après avoir confondé un société de conseils, Geopol Services, Laurent Murawiec revient à Paris où il devient consultant à la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense. Son sujet de prédilection est la « révolution des affaires militaires » (RMA), dont il écrira un livre, « La guerre au XXIe siècle » en 2000 (éditions Odile Jacob).

Il enseigne également à l’Ecole des hautes études en sciences sociales avant d’occuper un poste de professeur d’analyse militaire à l’Elliott School of International affairs de l’Université George Washington. Entre-temps, il publie une nouvelle traduction du fameux livre de Clausewitz, « De la guerre » en 1999.

Par la suite, Laurent Murawiec devient chercheur associé à la Rand Corporation, un centre d’analyse proche du Pentagone. Après les attentats du 11 septembre, il ose dire tout haut ce que beaucoup de néo-conservateurs pensent tout bas à propos de l’Arabie Saoudite, qu’il qualifie « d’épicentre du terrorisme », en insistant sur la nécessité pour les Etats-Unis de rompre les ponts avec la famille royale saoudienne, « seul business familial ayant un siège aux Nations unies ». En juillet 2002, il expose alors ses conceptions devant le Defense Policy Board du Pentagone. Il les développera dans un livre, paru en 2003, intitulé « La guerre d’après ».

Seulement, il n’est pas question pour l’administration américaine de tourner le dos à des relations vieilles de plus de 70 ans avec l’allié saoudien, qu’il ne faut surtout pas fâché étant donné qu’il est le principal pays exportateur de pétrole. Conséquence : Laurent Murawiec est remercié de la Rand Corporation avant d’être embauché par l’Hudson Institute, où il devient directeur de recherche.

Très cultivé, parlant sept langues – mais pas l’arabe – Laurent Murawiec avait le mérite de ne pas pratiquer la langue de bois, que l’on soit d’accord ou pas avec les positions qu’il défendait, quitte à en payer le prix.

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