La carrière exemplaire du capitaine de corvette Delarue
13 juillet 2009 – 20:04Un rapport du Conseil d’analyse stratégique (CAS), remis récemment au gouvernement, démontre la panne de l’ascenseur social en France. Ainsi, selon le document, entre 22 et 25% des personnes âgées entre 30 et 50 ans se situent à une échelle sociale plus basse que le ne l’étaient leurs parents. Pire encore, ce que l’on peut appeler un « déclassement » serait même « un phénomène en progression ».
Dans ces conditions, rares sont les institutions, qu’elles soient publiques ou privées, qui permettent à des individus de connaître une réelle progression sociale. Même si pour certains, cela ne semble pas aussi évident de prime abord, l’armée en fait partie. A condition, bien évidemment, de ne pas ménager sa peine pour y parvenir.
Le cas du capitaine de corvette Hubert Delarue est, de ce point de vue, exemplaire. En juin dernier, cet officier de marine a pris le commandement du Groupement de Fusiliers Marins de Brest (GFM), l’unité qui assure la protection de la base navale, de la base aéronavale de Landivisiau, des stations du Cranou et de Kerlouan et de la pyrotechnie de Saint-Nicolas, sans oublier trois sites sensibles en Nouvelle-Calédonie.
A première vue, un officier en remplace un autre. Rien que de très banal. Sauf qu’avant de devenir capitaine de Corvette, Hubert Delarue s’est engagé, en 1973, dans la Marine nationale avec le plus petit grade qui soit,  en entrant à l’école des Mousses de Brest, qui va d’ailleurs réouvrir ses portes en septembre prochain. A l’issue de sa scolarité, il choisit la spécialité de fusilier-marin avant d’être admis au Commando Trépel.
En 1977, il accède au rang d’officier marinier (l’équivalent de sous-officier) alors qu’il est affecté la base d’Aspretto, en Corse. Quelques années plus tard, le capitaine de corvette Delarue revient sur les bancs de l’école, celle des sports de Fontainebleau, pour y suivre des cours de moniteur. Ensuite, il intégre l’école des fusiliers-marins de Lorient avec l’intention d’obtenir son brevet supérieur.
En 1981, il est promu au grade de maître (sergent-chef) alors qu’il est affecté au Centre d’instruction navale de Saint-Mandrier. Ensuite, il retourne à l’Ecole interarmées des sports de Fontainebleau pour devenir moniteur chef. Premier-maître en 1985 (adjudant), il rejoint l’Ecole polytechnique de Palaiseau puis revient une nouvelle fois à l’Ecole des fusiliers marins en qualité d’instructeur d’un cours à l’intention d’élèves officiers.
Promu maître principal (adjudant-chef) à l’âge de 33 ans, il est admis en septembre 1991 à l’Ecole militaire de la Flotte de Lanvéoc-Poulmic, après avoir réussi le concours des officiers spécialisés. Ensuite, le capitaine de corvette Delarue exerce plusieurs commandements (compagnie des fusiliers-marins de Lann-Bihoué en 1999, celle de l’Ile Longue en 2003). Il est aussi affecté au commando Hubert en 2001, à Toulon. En 2005, il devient le second de la base des fusiliers-marins et des commandos de Lorient, avant de diriger le département de la formation militaire et au commandement à l’Ecole navale deux ans plus tard et de prendre le commandement du GFM de Brest.
Photo : Commandos Marine à l’entraînement (c) Marine nationale
Tags: carrière, Delarue, fusilier marin, Marine Nationale, Social




7 commentaires à “La carrière exemplaire du capitaine de corvette Delarue”
« L’ascenseur social en panne »…
Comme s’il était évident et obligatoire que les enfants fassent une carrière plus brillante que celle de leurs parents par le seul fait que « c’est dans l’ordre des choses ». Il n’y a aucune raison pour qu’automatiquement ils réussisent mieux et gagnent plus. Le fils du général Costadellas était sergent-chef quand il a été tué au Tchad, dans les années 70. S’l avait vécu, il n’aurait certainement eu des étoiles. Autre cas : le fils d’un de mes chefs de corps s’était engagé dans les Troupes de Marine. Mais le fait d’avoir son père colonel dans l’Arme n’y a rien changé : partisan du moindre effort, il n’avait pas fait grand chose au collège et il n’avait donc aucun diplôme civil. Sous l’uniforme il a continué de se laisser aller, et a échoué au BMP1. Il n’a pas été rengagé au bout des cinq ans de son contrat et il est parti comme caporal-chef « EVSP ».
Le cas du capitaine de corvette Delarue est très intéressant dans la mesure où il prouve que les gens qui s’accrochent, qui travaillent, qui ont de la volonté et de l’ambition peuvent réussir ! Un bel exemple à suivre pour les jeunes qui parfois se lamentent, attendant que tout leur tombe tout cuit dans le bec.
Par pacha75005 on juil 13, 2009
@ pacha75005
Superbe commentaire, mon colonel. Le sujet pouvait nous entrainer dans des chemins très sinueux. En fin tacticien, vous ne vous y êtes pas engagé.
Par requin on juil 14, 2009
Le cas du capitaine de corvette Delarue est intéressant, certes, mais il n’est pas isolé et il y a mieux : je connais personnellement un terrien, engagé volontaire en 1969, qui a terminé sa carrière en 2009 comme général de brigade !
A son palmarès : la réussite à l’école de guerre, le commandement d’un régiment des forces, etc.
D’autres exemples de réussite existent, on en parle pas…
C’est dommage, car leurs témoignages pourraient être utiles aux plus jeunes…
Mais il appartient à l’institution de les reconnaître… Car eux, pour la plupart forts modestes, ne chercheront pas à se mettre en avant.
Par l'homme de base on juil 14, 2009
@l’homme de base
Vous avez raison, il y bien d’autres exemples de très belles carrières réalisées par des gens partis de rien ou presque. Dans la promotion 1980-82 de l’Ecole supérieure de guerre, deux cas intéressants :
1 – Un officier qui s’était engagé dans la Marine à 18 ans. Quartier-maitre chef en fin de contrat, il décida de rester militaire mais il continua dans l’armée de terre. Devenu sous-officier, il prépara le concours de l’EMIA, fut reçu et accéda donc au corps des officiers dans l’ABC. Poursuivant ses efforts, il osa préparer le concours de l’Ecole de guerre… et y fut admis (alors que bien des Saint-cyriens n’y accédaient pas). Il termina sa carrière avec le grade de colonel.
2 – Mieux : dans la même promotion de l’Ecole de guerre, cet officier qui, italien, s’engagea tout jeune dans la Légion étrangère omme simple « képi blanc ». Travailleur acharné, il y fut promu sous-officier, puis, par l’EMIA, intégra le corps de officiers, y servant « à titre étranger ». Reçu à l’Ecole de guerre, il commanda ensuite un régiment de la Légion et termina avec le gtade de général de brigade. Il s’appelle Vittorio Tresti ! Est-ce à lui que vous pensiez ? Mais il doit bien en exister d’autres.
Vous dites « C’est à l’institution de les reconnaitre »… Je crois que le fait de leur permettre de réaliser de telles carrières,c’est déjà reconnaitre leurs mérites, non ? C’est à nous qui les connaissons d’en parler d’en faire la « pub » et de les citer en exemple.
Par pacha75005 on juil 14, 2009
Je viens de relire mon dernier « post ». Pardon pour les deux ou trois fautes de frappe qu’il contient. Je n’avais pas pris le temps de vérifier qu’il était « en bon état ».
Par pacha75005 on juil 14, 2009
Beaucoup de cas similaires aux vôtres peuvent être cités. Moi même j’ai connu un officier pilote qui s’est engagé avec un CAP de tourneur fraiseur, il était devenu Commandant et Chef de patrouille, malheureusement dcd lors d’une mission sur TBird. Un Adjudant-chef,TDM, ne sachant à peine écrire, il a fait la première page d’historia lors de la guerre d’Algérie. Il était simple soldat, puis 1ère classe, il s’est engagé et par ses compétences guerrières il a terminé Adjudant-chef ou Major avec les trois Ordres Nationaux sur sa poitrine ; c’est un super type qui m’a appris bcp de choses sur le terrain. Mon meilleur ami, c’est comme mon frère, il est encore en activité, c’est un cavalier, il est Major,(le concours Major, il faut se l’enquiller, ce n’est pas une simple dictée questions)il n’avait que le certificat d’étude en poche quand il s’est engagé. Il parle couramment l’Anglais, le Serbo-croate, un peu moins l’Allemand, il travaille actuellement à Paris au plus haut niveau, il est médaillé militaire, et je n’en dirai pas plus. Je ne connais pas d’autres institutions qui permettent à des personnes qui partent d’aussi loin et à qui on peu offrir, par leur travail bien entendu, une belle carrière. Pour apporter de l’eau au moulin de Pacha, j’ai connu le fils de Pierre Clostermann As de l’aviation, il était élève pilote à Tours, et sergent. Son père est venu en personne lui remettre le macaron de pilote de chasse et sous toute réserve, je crois qu’il n’a pas pu continuer dans la chasse et qu’il s’est retrouvé reclassé dans le transport aérien ce qui n’est pas, pour un pilote, la spécialité reine. Comme quoi les enfants des As de l’aviation ne sont pas pour autant les meilleurs, nous ne sommes pas chez les chanteurs et les acteurs où les héritages des gênes sont pratiquement systématiques. J’ai connu aussi un sergent pilote, fils « d’Archevêque », et burne de surcroît, qui a réussi les EOA grâce au papa Général, alors patron des Ecoles de l’Armée de l’Air, et qui a pu ainsi rejoindre la grande école des Officiers de Salon de Provence. Voilà pour le mélange des genres.
Enfin, comme le dit Pacha75005, c’est un peu à nous de mettre en avant tous ces personnages de grande valeur, mais faut-il encore qu’il nous soit permis de le faire par des occasions et des sujets comme celui-ci, et que tous ceux qui ont eu connaissance de tels personnages s’expriment. Le problème est que cela alimente ce que nous nous savons déjà , et qu’il faudrait que ces exemples servent surtout aux jeunes générations, habituées au moindre effort, persuadées que l’Etat leur viendra toujours en aide, mais que par le travail, la ténacité, l’envie de se surpasser, tout peut arriver.
Par Albuhéra on juil 14, 2009
je vous salue, commandant, bon vent au GFM et à pluche sur Brest ou Lorient, la marine est un petit monde et nous nous recroiserons sûrement!
Par gribouille on juil 16, 2009