Des drones américains seraient basés au Pakistan

Les frappes ciblées visant des responsables du mouvement taleb et du réseau terroriste al-Qaïda réfugiés au Pakistan continuent régulièrement à être menées, ce qui marque une continuité entre la nouvelle administration du président américain Barack Obama et celle de son prédécesseur.

Ainsi, le 14 février, 25 djihadistes, de nationalité ouzbek pour la plupart, ont été tués par un missile tiré depuis un drone, vraisemblablement américain, dans la zone tribale du Sud-Waziristan. Deux jours plus tard, une autre frappe a atteint une école qui accueillait par le passé des enfants de réfugiés afghan, devenue par le suite le repaire de combattants islamistes dans la région tribale de Kurram, près de la frontière afghane. Selon un bilan donné par un responsable du renseignement pakistanais, 26 taliban afghans y auraient perdu la vie.

Le gouvernement pakistanais, qui vient de signer un accord visant à appliquer la charia (loi islamique) dans la région de Malakand, partiellement contrôlée par les taliban, a pris l’habitude de protester officiellement contre ces raids qui, selon lui, ne font que favoriser l’insurrection menée par les islamistes.

Cependant, la situation semble nettement plus compliquée puisque les drones impliqués dans ces opérations décolleraient d’une base située au Pakistan. Selon le quotidien local The News, de tels appareils, de conception américaine, ont été photographiés en 2006 alors qu’ils se trouvaient sur le tarmac d’un aérodrome pakistanais. Le journal se base sur un cliché pris par satellite pour le service en ligne Google Earth (voir ci-contre). On peut effectivement y voir trois drones qui sembleraient être des Predator (et non des Global Hawk, comme l’indique The News, qui servent uniquement pour des missions de reconnaissance). Le Pakistan dispose également d’avions sans pilote mais ce sont des drones « Falco », conçu par l’italien Galiléo Avionica, qui ont été livé en 2007.

Selon toute vraisemblance, la piste photographiée serait celle de la base de Shamsi, qui a donc été utilisée au moins jusqu’en 2006 par l’armée américaine. Sauf qu’un cliché plus récent, toujours obtenu via Google Earth (27° 51’N, 065° 10′ E), montre que les installations ont été améliorées depuis cette date, notamment avec l’ajout de nouvelles constructions, dont un hangar qui serait adapté pour abriter au moins trois drones. Par ailleurs, on peut remarquer des dispositifs de protection que l’on peut retrouver sur d’autres bases américaines en Afghanistan.

L’aérodrome de Shamsi, qui n’avait pas de vocation militaire, du moins pas avant que les Américains ne l’aient utilisé en 2001, est en outre idéalement bien placée. Située dans la province du Balouchistan, elle est à la fois relativement proche de la frontière afghane et de celle de l’Iran mais aussi des zones tribales pakistanaises où ont lieu la plupart des frappes ciblées attribuées à des drones américains, ce qui permet de surveiller étroitement les mouvements des taliban (la région de la ville Quetta, à environ 350 km, est une de leurs zones de repli) tout en gardant la possibilité de mener des raids aériens le cas échéant.

En tous les cas, ces éléments confirment les propos de Dianne Feinstein (Parti démocrate), élue de Californie au Sénat américain. Cette dernière avait en effet déclaré, le 12 février, lors d’une audition concernant le renseignement, que des drones américains étaient mis en oeuvre à partir d’une base située au Pakistan, ce qu’avait fermement démenti Shah Mehmood Qureshi, le ministre pakistanais des Affaires étrangères.

Cliché de la piste de Shamsi en 2009, via Google Earth

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