Des pigeons dans la guerre

En octobre dernier, les forces de sécurité iraniennes avait affirmé qu’elles avaient intercepté deux pigeons « espions » non loin du complexe nucléaire de Natanz.

L’idée d’utiliser ces volatiles à des fins de renseignement n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été théorisée en 1903 par un ingénieur allemand, Julius Neubronner. Le système qu’il avait imaginé consistait à fixer un appareil photographique au cou de l’oiseau.

Bien évidemment, l’armée allemande s’était à l’époque intéressée à ce concept et, selon le National Geographic, des pigeons ont été ainsi utilisés au cours de la Seconde Guerre Mondiale, aussi bien du côté des Alliés que de celui des forces de l’Axe.

Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, ce sont des dizaines de milliers de pigeons voyageurs qui ont servi au sein des armées des belligérants. La difficulté d’établir des communications, même après le dépôt par Graham Bell, en 1876, du brevet concernant le téléphone, est la raison principale de cette incorporation massive. Déjà, lors de la guerre de1870, ces volatiles avaient rendu de grands services, notamment au moment du siège de Paris par les Prussiens.

Au cours de la Première Guerre Mondiale, l’armée française aura utilisé près de 60.000 pigeons voyageurs. Parmi eux, le matricule 787-15 s’est particulièrement illustré le 4 juin 1916. Ce jour là, le commandant Raynal est assiégé, avec ses hommes, par l’infanterie allemande au Fort-de-Vaux, au nord-est de Verdun. L’officier français chargera le dernier pigeon de la garnisnon, appelé « Vaillant », de porter son dernier message à la citadelle de Verdun. Ayant à la fois réussi sa mission et accompli un exploit malgré les émissions de gaz et de fumées, Vaillant sera cité, de son vivant, à l’ordre de l’armée. Il aura été le seul oiseau français à connaître pareille distinction.

Un autre pigeon a eu une conduite exemplaire, mais du côté américain cette fois. Baptisé d’un nom bien français, Cher-Ami a rendu plusieurs services aux soldats américains, alors venus combattre en Europe à partir de 1917. Le 3 octobre 1918, par exemple, Cher-Ami réussira à transmettre un message à une batterie d’artillerie dont les obus tombaient à proximité de 200 soldats américains pris sous le feu de fantassins allemands. Il finira par devenir un héros de la 77th Infantry Division.

De nos jours, l’on pourrait penser que l’usage de pigeons voyageurs est désuet. Cela dit, par rapport aux sytèmes de communications dernier cri, ces volatiles ont au moins deux avantages : ils ne coûtent pas cher à entretenir et ils ne demandent pas d’appareils de brouillage et de contre-brouillage électronique.

Certains ont moins d’a priori, comme au Brésil par exemple où des pigeons ont été employés pour amener de la drogue et des téléphones mobiles à des détenus de la prison de Marilia, à 450 km de Sao Paulo.

Moins illégal et certainement plus intéressant, une universitaire californienne a eu l’idée de fixer sur des pigeons un GPS et un téléphone portable muni d’un appareil photo pour mesurer la pollution atmosphérique. Les données recueillies sont ainsi transmises via SMS.

Enfin, des chercheurs chinois ont réussi à implanter des micro-électrodes dans le cerveau d’un pigeon, ce qui permettrait, selon l’agence XinHua, de contrôler ses mouvements. Si cela fonctionne effectivement, l’on pourrait alors imaginer une nouvelle race de pigeons espions, bioniques cette fois.

Photo : Association « Santards et Traditions »

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