Un monde plus dangereux pour les vingts prochaines années
6 novembre 2008 – 9:45« Un idéaliste est un homme qui, parce qu’une rose a meilleure odeur qu’un chou, en conclut qu’elle fera un meilleur potage », disait l’essayiste américain Mencken. Ainsi, ceux qui pensent que l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche rendra le monde meilleur risquent d’en être pour leurs frais.
En effet, selon l’amiral Mike McConnell, le directeur du renseignement national (DNI) qui coordonne l’action des 16 agences de renseignement américaines, les risques de conflits seront plus importants dans les 20 ans qui viennent.
Au cours d’un discours prononcé devant la Geospatial Intelligence Foundation, le 30 octobre, l’amiral McConnell a détaillé les menaces susceptibles de peser sur la sécurité des Etats-Unis et les perspectives à long-terme de conflits, sans exclure une possible « surprise »
Tout d’abord, le terrorisme, notamment islamiste, restera un risque majeur. Le DNI a d’ailleurs rappelé que les périodes qui suivent un changement d’administration sont les « plus vulnérables. » Le World Trade Center avait en effet déjà été la cible d’un premier attentat en 1993, soit juste après l’élection de Bill Clinton et les attaques du 11 septembre 2001 à New York et Washington eurent lieu 9 mois après la prise de fonction de George W. Bush.
Le réseau Al-Qaïda a gardé sa capacité de nuisance, malgré les revers qui lui ont été infligés au cours de ces dernières années, notamment en Irak. Pour l’amiral McConnell, tant qu’il n’y aura pas d’avancées majeures tant sur le plan économique que politique au Moyen-Orient, le terreau sera toujours fertile pour la mouvance radicale, qui devrait continuer à recruter de jeunes volontaires.
De nouvelles organisations terroristes sont même susceptibles d’apparaître, dans la lignée d’Al-Qaïda. Leur degré de dangerosité pourrait même être supérieur à ce que l’on a auparavant connu. « L’une de nos plus grandes préoccupations reste l’émergence d’un groupe pouvant acquérir et employer des agents biologiques, ou moins probable, un dispositif radiologique susceptible de causer des pertes plus importantes que celles du 11 septembre » a ainsi expliqué l’amiral McConnell.
Mais la menace terroriste n’est pas la seule. L’évolution du monde est porteuse de nouveaux risques, liés notamment à l’émergence économique de la Chine, de l’Inde et, dans une moindre mesure, de la Russie. Sur fond de tensions probables en raison du réchauffement climatique annoncé, une concurrence, des « rivalités stratégiques » autour du « commerce, de la démographie, de l’accès aux ressources naturelles, des investissements et de l’innovation technologique » sont à prévoir.
Ainsi, la pression démographique sera la source de nouvelles instabilités, surtout pour le contrôle des matières premières et des ressources naturelles. Si l’énergie (et notamment le pétrole) ont motivé certains conflits et différends territoriaux par le passé, l’accès à l’eau douce et la nourriture pourraient apparaître comme de nouveaux facteurs déclenchants, notamment à cause des problèmes climatiques. Par exemple, « en 2025, 1,4 milliard de personnes dans 36 pays devront faire face à des pénuries d’eau » a indiqué l’amiral McConnell. La raréfaction de produits de première nécessité « créera des tensions » a-t-il ainsi conclu.
Enfin, le transfert de richesse et de capacité de production de l’Ouest vers notamment l’Inde et la Chine, va permettre à ces pays de jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Mais c’est davantage Pékin qui focalise l’attention du DNI. « La Chine est prête à avoir plus d’impact sur le monde au cours des 20 prochaines années que tout autre pays » a-t-il déclaré. « La Chine sera également une grande puissance militaire en 2025 et sera probablement le plus grand importateur mondial de ressources naturelles et le plus grand pollueur », a-t-il ajouté.
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3 commentaires à “Un monde plus dangereux pour les vingts prochaines années”
J’ai hélas fait, à quelque chose prêt, la même analyse que vous sur ce sujet. La liesse populaire et l’engouement pour le Président Obama sont surtout le fait de sa couleur de peau plus que de son programme. Aujourd’hui plus encore qu’hier les Chefs d’Etats doivent être beaucoup plus visionnaires qu’ils ne le sont. A mon avis le réveil de l’Amérique sera difficile car la déception risque d’être à la hauteur des sauts de cabris de beaucoup de gens dans le monde.L’expérience, dans le domaine des relations internationales, montre aujourd’hui la désastreuse politique menée à l’époque par Jimmy Carter et ou Bill Clinton.Ce manque total de vision du monde dans lequel jouent les Présidents démocrates US fait davantage peur que celui de Bush, n’en déplaise à certains.
Par Mido on nov 6, 2008
Bonjour à tous,
Bien entendu, comment ne pas souscrire à cette analyse qui reflète bien le pragmatisme que l’on a toujours trouvé chez les américains qui réfléchissent?
Mais permettez moi cependant d’apporter une appréciation un peu plus nuancée sur ce que nous pouvons attendre de l’arrivée de l’Administration Obama, car il ne faut de mon point de vue jamais oublier que ce qui change, ce n’est pas simplement un homme, c’est une bonne partie du système qui l’entoure.
Je suis convaincu que le « système Obama » ne produira pas de révolution, ne serait-ce qu’en vertu du principe selon lequel les évolutions globales ne trouvent jamais de causes uniques. « Obama » travaillera de façon plus transverse, s’adressera à une part plus large de la population US. S’il ne faut pas attendre qu’ »il » s’affranchisse du lobby religieux, il prendra avec lui plus de distance, par le profil de ses conseillers, par exemple.
Expérience en RI…certes, c’est une question recevable. Mais Reagan n’en avait guère plus, et il fut un bon président. « Obama » se positionnera nécessairement de façon plus souple. « Il » entendra de larges ensembles humains que Bush ne voulait pas prendre en compte par hypothèse.
Enfin, « Obama », comme tous les autres acteurs de la communauté internationale, fera ce qu’il pourra. Notre monde, et c’est en cela que l’analyse évoquée est juste, va bouger profondément. Je pense que ce sont les capacités de compréhension et d’adaptation des acteurs qui feront que globalement, la marche du monde prendra un tour moins douloureux qu’il ne serait s’il était animé par des décideurs psychorigides.
Sarkozy (je ne lui suis pas inconditionnel, notamment sur le plan social et sociétal)vient de donner à mon avis un exemple positif de ce type de vertu dans la conduite de son mandat à l’UE.
Finissons par une boutade en répondant à la jolie citation de Menken:
« Si les choux font de meilleures potages que les roses, ces dernières produisent de meilleurs loukoums… » (Baptiste Lajoie, contributeur du forum Zone Militaire…)
Par Baptiste Lajoie on déc 19, 2008