Afghanistan : l’Otan va faire la guerre à l’opium

En mars 2002, Hamid Karzaï, alors le président du gouvernement provisoire afghan, avait affirmé dans les colonnes du Figaro être « déterminé à lutter contre la drogue. » Plus de huit ans plus tard, près de 92% de la production mondiale d’opium et d’héroïne a pour origine l’Afghanistan, et plus précisément le sud du pays. Même sous le régime des taliban, la culture du pavot n’avait pas été éradiquée, le zèle à y mettre un terme leur ayant sans doute manqué.

Cela étant, ce sont eux – et leurs alliés – qui bénéficient actuellement des royalties générées par cette production d’opium pour financer leurs opérations de guerilla. Le montant de cette manne est de « 60 à 80 millions de dollars par an », selon le secrétaire à la Défense américain, Robert Gates.

L’argent étant le nerf de la guerre, il suffirait donc de mettre un terme à la production d’opium pour affaiblir l’insurrection des taliban en les privant des moyens nécessaires pour acheter des armes. L’idée est toute simple en apparence. Seulement, elle était loin de faire l’unanimité avant la réunion des ministres de la Défense des pays membres de l’Otan des 9 et 10 octobre derniers à Budapest.

Ainsi, l’Allemagne, la Belgique, la France, la Grèce, l’Italie, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, et dans une certaine mesure, l’Espagne ont exprimé des réserves sur l’opportunité de mener une guerre contre la drogue en Afghanistan.

« Tout le monde est bien entendu conscient que la drogue finance les taliban, mais il ne faut pas aller au-delà de la mission confiée par les Nations unies » à la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF/FIAS), a déclaré Hervé Morin, le ministre français de la Défense. La France estime également que c’est aux autorités afghanes que revient la responsabilité de la lutte anti-drogue. Une autre objection fait quant à elle état d’une possible mise à dos une partie de la population civile, qui n’a comme de subistance que de cultiver des champs de pavot.

Pour d’autres pays, une opération contre le trafics et les cultures d’opium serait de nature à créer davantage d’insécurité dans le pays. Or, ceux qui y sont favorables ont justement des troupes engagées dans les zones où est produit le pavot, qui sont situées dans le sud de l’Afghanistan et où l’insurrection est la plus virulente. C’est notamment le cas du Royaume-Uni, des Pays-bas, des Etats-Unis et du Canada.

Par ailleurs, l’implication des forces de l’ISAF dans le démantèlement des réseaux de trafiquants est démandée par le gouvernement afghan. Il se trouve que le général américain John Craddock, le commandant en chef de l’Otan, est allé dans le même sens. Pour lui, l’éradication du trafic du drogue est une nécessité militaire.

Or, étant donné que la modification du plan opérationnel initial de l’Isaf nécessite l’unanimité des 26 pays membres de l’Otan, il a donc fallu trouver un compromis pour lever les réticences de quelques uns afin de lancer cette lutte contre l’opium.

« En ce qui concerne la lutte anti-drogue la force internationale (ndlr : ISAF) est autorisée à agir de concert avec les Afghans contre les installations et les individus soutenant l’insurrection comme prévu par le plan d’opération existant » a déclaré James Appathurai, le porte-parle de l’Otan, après qu’un accord ait été trouvé sur cette question, le 10 octobre dernier.

Les opérations anti-drogue ne seront menées que « par des troupes qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs », seront « concentrées sur des régions prioritaires », certainement les 7 provinces productrices de pavot sur les 34 que compte l’Afghanistan, et devront « éviter au maximum les pertes de vies civiles. »

L’accord n’oblige donc pas les pays réticents à participer à la lutte anti-drogue tout en laissant les mains libres à ceux qui y voient au contraire un intérêt essentiel pour affaiblir l’insurrection des taliban.

Les résultats attendus de cette nouvelle orientation, seront évalués à Cracovie, en février 2009, lors d’une prochaine réunion des ministres de la Défense de l’Otan.

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