Débat autour du renseignement militaire
12 septembre 2008 – 19:40
Un des faits les plus marquant l’université d’été de la défense, qui a eu lieu les 8 et 9 septembre à Saint-Malo, la ville de Surcouf, aura porté sur un aspect du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Ce dernier a mis la capacité “connaissance et anticipation”, au rang de priorité stratégique.
Ainsi, le diplomate Bernard Bajolet a été nommé au poste de coordinateur du renseignement et dépend, à ce titre, directement de l’Elysée. Comme l’intitulé du poste l’indique, son rôle est de coordonner l’action de l’ensemble des services de renseignement français, qu’ils soient civils ou militaires. Cela ne pose a priori pas de problème pour la nouvelle DCRI, qui rassemble désormais les policiers de la DST et des Renseignements généraux, ni pour la DGSE.
En revanche, il semble que cela soit loin d’être le cas pour la Direction du renseignement militaire (DRM) et sans doute, dans une moindre mesure, celui de la DPSD (l’ex Sécurité militaire). Comme l’a rapporté l’hebdomadaire Le Point, le chef d’état-major des Armées (CEMA), le général Jean-Louis Georgelin, ne compte pas laisser à un autre le soin de gérer la DRM. “Je n’ai pas attendu le Livre blanc pour faire du renseignement” a-t-il lancé lors d’une table ronde.
Etant donné que le coordinateur devra fixer les priorités et la stratégie des services de renseignement et qu’à ce titre, il aura son mot à dire sur les investissements. Dans ces conditions, la DRM, qui a été créée au lendemain de la première guerre du Golfe, pourrait subir des arbitrages défavorables. Cette crainte a été exprimée par son ancien directeur, le général Michel Masson, au cours d’un entretien accordé à la revue “Sécurité globale.” Selon lui, l’avenir de la DRM pourrait se traduire par “des réductions proportionnellement moindres à celles imposées à d’autres fonctions.”
Le général Georgelin a fait la distinction “entre le renseignement de l’Etat pour l’autorité politique” et celui qui a une utilité opérationnelle pour les armées. Pour schématiser, il ne s’agit pas de confondre le métier de policier et celui de militaire. Par conséquent, c’est donc au CEMA qu’il reviendrait de décider et de planifier les moyens à accorder à la DRM en fonction de ses besoins, conformément aux missions qui ont été confiées dès l’origine à ce service.
La partie est loin d’être gagnée pour le CEMA, si l’on en juge par la réponse de Cécile Fontaine, la conseillère du chef de l’Etat pour les affaires militaires (et dont, on notera, au passage, que rien ne l’y prédestinait). Selon cette dernière, il faut surtout “sortir de la logique” qui fait que “l’on prépare la guerre d’avant, pour analyser les nouvelles menaces.” A force de vouloir “préparer” la guerre de demain, encore faudrait-il être prêt pour les menaces d’aujourd’hui. Or, au vu des lacunes actuelles, c’est loin d’être le cas.
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5 commentaires à “Débat autour du renseignement militaire”
Un coup de chapeau au général Georgelin, lui au moins sait défendre les intérêts de la France!
By Titi on sept 15, 2008
Bien vu ! Info pertinente et bonne analyse, comme d’habitude…
Du reste, l’antienne sur la France qui prépare toujours « la guerre d’avant », même si elle a certains fondements historiques, tombe souvent aujourd’hui des bouches de ceux qui n’y connaissent pas grand-chose, mais trouvent que la formule sonne bien…
Ensuite, préparer la « guerre de demain » ? Mouais, vaste programme qui, lui aussi, fleure bon la langue de bois… Tous les experts qui se frottent à cet exercice (obligé, c’est évident), le font avec d’infinies précautions, un bagage intellectuel astronomique (cf. Colin Gray) pour finir par nous dire qu’il est pratiquement impossible de faire des prédictions fiables sur le long terme et que, dans tous les cas, la palette des menaces est si vaste et évolue si vite qu’il faut se préparer avant tout à gérer l’incertitude. La guerre de demain relèvera probablement d’une « surprise stratégique ». Mieux vaut, peut-être, un outil relativement polyvalent, souple et adaptable, essentiellement capable de monter rapidement en puissance (la réserve, toujours la réserve, le réservoir de puissance, la massue entretenue pour la décision dont parlait Foch) qu’un modèle figé dans le marbre qui sera invariablement contourné par un adversaire malin.
Et puis, sans aller jusqu’à demain, il faudra qu’on m’explique comment des gens qui, proclamant l’indépendance du Kosovo à midi, se retrouvent le bec dans l’eau lorsque, à 13h30, les Russes leur rendent la politesse à l’occasion de l’imprudence Géorgienne. Si ce n’est pas de l’aveuglement stratégique et un défaut d’anticipation, ça…
Du reste, comme le rappelle l’article, en même temps que l’on prépare gravement la « guerre de demain », il serait peut-être bon de regarder en face celle d’aujourd’hui et de tâcher de la gagner ! Parce qu’une chose est sure : si nous perdons la guerre d’aujourd’hui, nous pouvons nous préparer à en mener beaucoup d’autres du même genre, demain.
Enfin, le renseignement (stratégique, opérationnel, tactique), c’est excellent mais à deux conditions : que les récepteurs sachent l’exploiter et, encore plus simplement, qu’ils aient les moyens de le faire… Il ne faudrait pas que, comme le disait Surcouf dans son papier, nous soyons mieux renseignés, mais que nous puissions moins agir.
By François Duran on sept 15, 2008
Très bon sujet et un non moins très bon commentaire de Monsieur F.Dunan. Personnellement, je suis effaré par le manque de lucidité de nos grands intellos. Mme Cécile Fontaine qui a assurément la tête bien remplie, trop proche des étoiles sans doute, pour avoir les pieds sur terre, a une connaissance du sujet superficielle, mais elle en parle comme le ferait un Maréchal de France pour être certaine de mettre nos généraux aux pas, position défensive quand on manque d’argument. Il faut convaincre comme des marchands de tapis, “je vends de la m..de et je vais vous convaincre que c’est bon à manger”. Plus sérieusement, l’expérience du Général Georgelin, à elle seule, devrait forcer la réflexion de certains ou certaines “je sais tout”, qui ne connaissent de la guerre que ce qu’il y a d’écrit dans les livres et encore. Apprendre à être visionnaire et à anticiper les évènements, voilà une matière à développer dans les grandes écoles où sont formés nos futurs politiques,cadres supérieurs et décideurs en tout genre. L’exemple d’une chercheuse en relations internationales, qui déclarait (de mémoire)dans un grand quotidien qu’il n’y avait aucune chance pour qu’une intervention Russe se produise en Géorgie, quelques jours plus tard c’était la guerre. Cela fait penser un peu à la ligne Maginot,infranchissable,cela rassure sur le moment mais surtout cela ne fait pas très sérieux quand on la déborde sur les côtés. Que doit on penser alors des non initiés si on écoute des experts qui ont le don d’avoir la parole d’évangile et qui se trompent à ce point. Aujourd’hui, tout le monde peut s’exprimer sur tout et n’importe quoi et est persuadé que ce qu’il dit est forcément la vérité, qui plus est s’il est expert. Je ne sais pas si c’est un mal mondial mais en tout cas il est bien français. Dois-je rappeler combien d’experts ont vu arriver 39, le renseignement existait déjà, et pourtant ceux qui était aux commandes de l’Etat ont préféré s’en tenir aux avis de civils experts qui n’ont vu que le bout de leurs chaussures et à la clef des millions de morts. Les militaires font du renseignement depuis des lustres, faut-il encore qu’on leur prête crédit. Citoyen Français, j’aimerai éviter à nos soldats de faire la prochaine avec des fusils d’instruction, de voir passer au-dessus de leur tête des satellites en panne, ou diffusant de fausses informations, car l’ennemi aura été plus malin que nous… A méditer.
By SAINTJUST on sept 15, 2008
““je sais tout”, qui ne connaissent de la guerre que ce qu’il y a d’écrit dans les livres”
En general, ils ne les ont pas lus et c’est tout le problème.
By ZI on sept 15, 2008
Bien que la DRM soit un organe militaire, il y a beaucoup de recoupements avec le civil. Elle a aussi eu besoin de s’adapter à la nouvelle menace du terrorisme, qui, contrairement à ce qu’affirment les médias, n’est pas apparu avec le 11 septembre. Le 11 septembre marque juste la prise de conscience médiatique et politique du terrorisme. La DRM avait créé une cellule anti-terroriste bien avant le 11 septembre, étroitement connectée aux autres services nationaux et étrangers. Le terrorisme concerne donc aussi les militaires, tout comme le crime organisé, la piraterie et les trafics en tous genres. Une nouvelle priorité a été donnée à ces menaces, mais les liens entre elles sont de plus en plus complexes.
On assiste comme dans les autres services à une évolution du renseignement. Durant la guerre froide, on avait besoin de renseignements militaires, désormais on a besoin de renseignements d’intérêt militaire et de renseignements d’environnement (politique, ethnique, religieux, psychologique). Cela répond à un besoin à la fois des politiques et des militaires.
Le respect des compétences entre différents services est très important, ainsi que leur coordination. Cette coordination existe déjà sur les théâtres d’opérations au niveau inter-ministériel, national et international, sur des bases bilatérales. Cette coopération bilatérale est de plus en plus forte et favorise les échanges entre plusieurs pays (OTAN et Union Européenne par exemple).
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By Drew on oct 3, 2008