Armées : Malaise ou pas?

Ainsi, ce que la presse a appelé le « malaise » ou la « grogne » des militaires ne serait qu’une simple vue de l’esprit, à en croire le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui, à l’issue du défilé sur les Champs-Elysées, a estimé à l’antenne de TF1 qu’il n’y avait pas de « vague à l’âme » dans les armées. Le gouverneur militaire de Paris, le général Dary, a quant à lui déclaré, un peu plus tôt sur la même chaîne de télévision, que « le moral de l’armée ne se discutait pas dans les microcosmes parisiens ou sur les blogs à la mode. »

Le mot « amateur » lancé par le chef de l’Etat au lendemain de la fusillade de Carcassonne, où 17 personnes avaient été blessées lors d’une démonstration d’assaut d’une unité du 3e RPIMa, a été mal pris par les militaires. En effet, selon les blogs « Secret Défense » (Libération) et « Défense Ouverte » (Le Point) qui se sont appuyés sur des témoignages de personnes présentes lors de la scène, ces propos n’auraient pas seulement visé les responsables du 3e RPIMa, ce que contestent aussi bien le ministre de la Défense que le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Georgelin. Quoi qu’il en soit, l’affaire de Carcassonne a eu pour conséquence la démission du patron de l’armée de Terre, le général Cuche, unanimement apprécié et respecté.

Le dernier rapport concernant le moral des militaires de l’armée de Terre publié en mai dernier n’a pas été fameux. Evalué à 5,2 sur une échelle allant de 1 à 10, il est difficile d’affirmer que ce moral est au beau fixe même si il faut remonter en 2001 pour trouver une estimation plus faible (4,7). Les sujets de mécontentement ou de « frustration » portent sur le pouvoir d’achat, le général Cuche ayant même évoqué une « insatisfaction générale » et sur les réformes des armées, qui, avec la nouvelle carte militaire, aura forcément des conséquences sur la vie familiale et professionnelle des engagés de l’armée de Terre.

L’annonce, justement, de la nouvelle politique de Défense, le 17 juin dernier, inspirée par les conclusions du Livre blanc et encadrée par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), n’a pas été reçue avec enthousiasme et a été plubliquement contestée par des militaires de haut-rang se disant appartenir au groupe Surcouf. Les critiques de ces officiers ont été très mal prises par l’Elysée et la traque qui a été lancée contre eux par la DPSD et selon le Nouvel Observateur et le Figaro, par la DST, mais d’une manière officieuse, a été du plus mauvais effet.

Les bonnes paroles du président de la République adressées aux militaires à la veille du défilé du 14 juillet ont été une tentative de recoller les morceaux d’une confiance mise à mal au cours de ces dernières semaines et il n’est pas certain qu’elles fassent oublier l’annulation au dernier moment de la visite présidentielle aux casques bleus français déployés au Liban, les couacs lors de la commémoration de l’assaut de Kolwezi et des Opex en mai dernier ou encore le mot de carcassonne, qualifié de « malentendu dissipé » par le général Georgelin.

« Je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien dans l’Armée », a déclaré, par ailleurs, ce dernier sur les ondes de RTL, le 14 juillet, après avoir reconnu qu’il y avait « un certain désappointement » chez les militaires. Il faut d’ailleurs souligner l’importance de l’action du CEMA au cours de ces dernières semaines de tension entre le chef de l’Etat et les armées. En tenant des propos mesurés mais néanmoins fermes, le général Georgelin a eu en quelque sorte un rôle de médiateur et a mis un peu d’huile dans les rouages. C’est en effet grâce à lui que l’enquête demandée à la DPSD ne s’est pas muée en « chasse aux sorcières », notamment après avoir exprimé « ses réserves par rapport à ces méthodes (celles de la DPSD) ».

Cela étant, ce n’est pas parce que l’on nie un problème que ce dernier disparaît, ou mieux, qu’il n’ait jamais existé. Il serait également trop facile de jeter la pierre à la presse, aussi bien nationale que régionale, qui en a fait état, en rapportant notamment des témoignages de militaires. Nier ce malaise des militaires n’est pas la meilleure façon de tenter de le dissiper, bien au contraire.

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