Afghanistan : les violences vont s’intensifier

Sur les six premiers mois de l’année, le nombre des violences en Afghanistan est en forte progression. Ainsi, ce sont près de 698 civils qui perdu la vie depuis janvier contre 430 sur la même période, l’an dernier. Selon le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, John Holmes, « 255 civils ont été tués au cours d’opérations menées par les forces afghanes, la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) de l’Otan et la coalition sous commandement américain, tandis que 422 ont péri dans des attaques des insurgés visant les forces pro-gouvernementales. » Il est impossible de déterminer les responsablités pour la mort de 21 autres personnes.

Le mois de juin a été particulièrement meurtrier pour les forces étrangères déployées dans le cadre de l’Isaf ou de l’opération Enduring Freedom (OEF), avec la mort de 49 soldats, ce qui représente 40% des pertes subies depuis le début de l’année (122 tués). En mai dernier, les pertes humaines des forces militaires américaines et alliées ont même été supérieures pour la première fois à celles enregistrées en Irak.

« Cette année, nous avons plus de troupes sur le terrain et sommes beaucoup plus actifs. Nous montons plus d’opération et étendons notre zone d’action », a expliqué le porte-parole civil de l’Isaf, Marc Laty. « Il est vrai qu’à cette période attendue de l’année, les insurgés multiplient les attaques, mais nous subissons des pertes parce que nous prenons l’initiative », a-t-il ajouté.

Certes, les effectifs des troupes étrangères engagées en Afghanistan ont augmenté pour atteindre presque 70.000 soldats et les opérations menées contre les talibans et leurs alliés ont été plus fréquentes. Mais cela n’explique pas tout : les insurgés sont devenus plus efficaces et encore plus agressifs que par le passé. De l’aveu même du chef d’état-major interarmes américain, l’amiral Mike Mullen,les attaques et les d’attentats organisés par les talibans seront encore plus nombreux. « Je crois qu’il faut s’attendre à en voir plus et que ce sera une bataille assez rude pour un moment », a-t-il déclaré après la perte d’un hélicoptère UH-60 Blackhawk touché par des tirs d’armes légères, la semaine dernière.

Les talibans ont également amélioré leurs techniques de combat, notamment avec l’emploi de mieux en mieux maîtrisé d’engins explosifs improvisés (IED) , qui explosent au passage des convois et des patrouilles des forces de l’Isaf et de l’OEF. Ce genre d’attaque a l’avantage de mobiliser peu d’hommes, en plus d’être peu coûteuse. Si l’on en croit l’un de leur porte-paroles, Qari Yussuf Ahmadi, les combattants islamistes ont également changé de stratégie en se lançant dans la guerre psychologique contre le gouvernement de Kaboul et les forces occidentales dont un des objectifs est de « gagner le coeur et l’esprit des Afghans. »

De plus, un rapport du département de la Défense américain, présenté au Congrès à la fin du mois de juin, n’incite pas à l’optimisme sur l’évolution prochaine de la situation en Afghanistan. « Malgré des revers, les talibans devraient maintenir, voire accroître l’ampleur et le rythme de leurs attaques terroristes et de leurs attentats en 2008 », peut-on y lire. Les auteurs du rapport ont également fait valoir que « les talibans se sont regroupés après leur renversement et se sont unis au sein d’une insurrection qui ne manque pas de ressort. »

Le document fait en outre état d’une possible extension de la présence islamiste « dans l’ouest et le nord » du pays. Il insiste aussi sur la capacité d’adaptation de l’insurrection, ainsi que sur sa complexité, notamment à l’est, où les forces gouvernementales afghanes et occidentales ont à affronter des combattants d’Al-Qaïda ou issus des mouvements radicaux tels que le Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar ou le Jaish-e-Mohammed, dont la base se situe au Pakistan. C’est la raison pour laquelle le rapport estime que les zones frontalières tribales pakistanaises, qui servent de refuges pour les insurgés, constituent « le plus grand défi à la sécurité en Afghanistan à long terme. »

Par ailleurs, la formation et l’équipement des forces de sécurité afghanes prennent du retard. En mars 2008, seulement un bataillon et un QG de commandement étaient capables d’agir indépendamment. Près de 26 autres bataillons et 7 QG de commandement avaient encore besoin du soutien des forces de l’Isaf pour mener seuls leurs opérations contre les insurgés islamistes. Ces retards sont principalement dûs à un manque d’instructeurs pour former les cadres des forces militaires et de police afghanes.

Autre problème rencontré par les forces de l’Isaf : les restrictions imposés par les gouvernements à leurs troupes sur le terrain. Selon le général américain Bantz John Craddock, le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), qui a en charge le Commandement Allié Opérations (ACO), cela péserait sur l’efficacité opérationnelle. « Trop souvent, les forces sur place sont plus ou moins immobilisées, car nous ne disposons pas de la mobilité tactique nécessaire pour les déployer où nous en avons besoin » a-t-il affirmé lors d’un conférence de presse à Vienne, le 2 juillet dernier. « Nous comptons actuellement 78 ou 80 restrictions, de la part des 40 pays participants, sur l’emploi de leurs forces. Cela réduit la flexibilité du commandement » a-t-il fait encore valoir.

Le général Craddock a également demandé une « augmentation substantielle » des moyens pour l’appui aérien apporté aux forces terrestres, c’est à dire qu’il faudrait davantage de drones, d’hélicoptères et autres appareils de surveillance.

Côté moyens justement, au début du mois, et à la demande de l’Isaf, les Etats-Unis ont décidé de prolonger jusqu’en novembre la présence des 2.200 hommes du 24e corps expéditionnaire des Marines (MEU), envoyés au printemps dans la province afghane du Helmand pour une durée initale de sept mois. Alors que la France, l’Allemagne et le Danemark ont renforcé leur contingent dans le pays, l’augmentation des effectifs militaires américains dépend de la situation en Irak.

« Je n’ai pas de troupes disponibles à envoyer en Afghanistan jusqu’à ce que le nombre de soldats diminie en Irak » a justifié l’amiral Mullen. La situation pourrait cependant évoluer à l’automne, quand le chef du Centcom, le général David Petraeus, aura décidé de réduire ou non la présence américaine en Irak, actuellement forte de 145.000 hommes.

Cependant, le président Bush a réaffirmé son intention de renforcer les troupes américaines en Afghanistan pour 2009. Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain, l’actuel locataire de la Maison Blanche s’est dit toutefois « confiant » quant à l’avenir des opérations menées dans le pays. « Le mois a été dur en Afghanistan. Mais le mois a été dur aussi pour les talibans » a-t-il déclaré.