Sarkozy charge les militaires

Le drame de Carcassonne, où un chargeur de cartouches à blanc a été confondu avec des munitions de guerre par un sergent du 3e RPIMa, a suscité une légitime émotion. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes pour comprendre l’incompréhensible, d’autant plus que si le Famas du tireur était muni d’un Bouchon de tir à blanc (BTB), un tel évènement n’aurait jamais dû se produire. Il reste à attendre les conclusions et quand elles seront connues, et uniquement à partir de ce moment là, des sanctions éventuelles pourront être prises.

Seulement, et bien qu’un avocat de formation ne devrait pas ignorer le principe de présomption d’innocence, le chef de l’Etat, qui est également, rappelons-le, le chef des armées, a fait des déclarations très dures à l’encontre de la communauté militaire, comme si tous les soldats du 3e RPIMa, mais aussi tous ceux de France étaient en quelques sorte responsable de cet accident.

« D’après tout ce que le monde pense, la piste criminelle semble évacuée », a-t-il dit ce matin à Carcassonne, « Ca n’enlève pas la gravité des choses, les victimes restent des victimes quelles que soient les intentions, que ce soit criminel ou une grande imprudence » a-t-il poursuivi. Certes, sur ce point, on ne peut qu’être d’accord avec le président Sarkozy. « Quand je dis ce n’est pas normal, c’est toute la chaîne qui devra s’expliquer, la personne qui a fait ça et l’encadrement » a-t-il continué.

Si le président tient sa promesse, l’on peut se demander si même le préfet de l’Hérault sera également inquiété? Car comme le fait remarquer la Dépêche, « les opérations portes ouvertes des armées sont soumises, comme les spectacles, rassemblements importants ou manifestations sportives, à autorisation préfectorale. S’ajoutent à ce feu vert « civil », les autorisations délivrées par le commandement militaire. »

Le président Sarkozy, qui a par ailleurs répété que « la réaction sera rapide et exemplaire » pour sanctionner les responsables, en a remis une couche au 19/20 de France 3. « C’est épouvantable, il y a encore quatre blessés très graves et des enfants victimes de blessures de guerres faites par des armes de guerres », a-t-il déclaré. Notons au passage qu’un seul fusil est impliqué dans l’incident. Utiliser le pluriel voudrait dire que tous les membres du GCP du 3e RPIMa qui ont participé à la démonstration sont responsables.

« Tout ça témoigne d’une absence de maîtrise dans l’organisation de ces journées portes ouvertes effrayante et ne peut pas rester sans conséquences », a-t-il encore répété. Par ces mots, M. Sarkozy laisse entendre que les militaires qui montrent leur savoir-faire lors de ces journées, qui sont en outre des occasions de renforcer le lien « armée-nation », sont tous des incompétents en puissance.

Le chef de l’Etat a encore parlé d’un « relâchement extrêmement grave » et a jugé « tout à fait anormal qu’un soldat garde par-devers lui des munitions, qu’il les confonde avec des munitions à blanc et que dans une simulation de prise d’otages on prenne le public comme cible. »

Cependant, l’on peut également s’interroger si la réaction du président Sarkozy aurait été la même dans le cas où un avion civil se serait écrasé. Aurait-il fustigé l’ensemble des contrôleurs aériens, des mécaniciens ou des pilotes de ligne? Et si cela avait été un accident de train? Aurait-il montré du doigt, de la même manière, les cheminots? Et pour un accident de manège? Tous les forains auraient-il été l’objet de pareils commentaires?

Comme Zone Militaire l’avait déjà souligné à propos de la confusion du chef de l’Etat à propos du nombre de bases aériennes ou encore de son affirmation selon laquelle les armées auraient gardé le même nombre d’unités en dépit de la professionnalisation (alors qu’au moins 40 régiments avaient fermé leurs portes à l’époque), on sent que Nicolas Sarkozy n’est pas à l’aise quand il s’agit des questions de défense et plus généralement du milieu militaire.

Les relations entre les militaires et le chef des armées ne semble pas au beau fixe. Le mois dernier, la cérémonie de commémoration du 30e anniversaire de l’intervention de la Légion étrangère à Kolwezi avait été quelque peu bâclée. Lors de son récent voyage au Liban, l’annulation de sa visite au contingent français de la FINUL au dernier moment pour des raisons « politiques » (en fait, comme l’a indiqué le Canard Enchaîné du 11 juin, pour cause de dîner organisé par son épouse) n’aura rien fait pour combler le fossé. De plus, l’annonce de la réforme des armées n’a pas non plus suscitée un enthousiasme flagrant chez les militaires. Enfin, l’affaire du groupe Surcouf, où des officiers généraux ont osé s’opposer à la politique décidée par l’exécutif aurait agacé – si ce n’est plus – le président.

Les propos acerbes du chef de l’Etat à propos des militaires tombent plutôt mal, à l’heure où les premiers paras du 8e RPIMa viennent d’arriver en Afghanistan, suite à sa décision annoncée en avril dernier. Rappelons que nos soldats ne disposeront pas encore du VAB avec le tourelleau téléopéré (les premières livraisons sont attendues à la fin de l’année) et que la mode actuelle est de déshabiller Paul pour habiller Jacques pour les équiper de brouilleurs anti-IED (Engins explosifs improvisés).

« Le plus grave est que nous envoyons des soldats insuffisamment protégés. Les autorités politiques doivent en être conscientes et être prêtes à en assumer la responsabilité », avait déclaré le général (2S) Thomann à l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles ».

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