Sur les traces de Nungesser et Coli

Ils auraient pu traverser l’Atlantique avant l’Américain Charles Lindbergh mais le sort en aura décidé autrement. Le 8 mai 1927, Charles Nungesser et François Coli s’envolent du Bourget à bord d’un Levasseur PL8, un hydravion monomoteur biplan qu’ils ont baptisé « L’Oiseau Blanc ».

Les deux hommes ont appris à piloter lors de la Première Guerre Mondiale. Le fantassin Coli se fait muter dans l’aviation naissante après avoir été blessé gravement à deux reprises. Décoré de la Croix de guerre avec dix citations et officier de la Légion d’honneur, François Coli est, bien que borgne, capitaine d’escadrille lors de la signature de l’armistice.

Quant à l’aventureux Charles Nungesser, il a obtenu la médaille militaire quelques jours seulement après le début des combats. Engagé au 2e Hussard, il avait ramené, seul, une voiture allemande de type Mors après avoir tué les quatre officiers prussiens qui l’occupaient et les plans qu’ils portaient sur eux. Cet exploit lui avait valu le sobriquet de « Hussard de la Mors » mais aussi d’être versé dans l’aviation. Blessé plusieurs fois mais s’échappant dès qu’il le peut des hôpitaux, il devient un « as » avec 43 victoires homologuées.

En 1927, Nungesser et Coli décident de se lancer dans le projet de traverser l’Atlantique en avion. N’étant pas intéressés par l’argent, ils ne s’inscrivent pas au prix Orteig, doté de $25.000, pour récompenser ceux réussiront les premiers cette traversée.

Seulement, plus personne n’a revu les deux aviateurs après leur décollage du Bourget. L’on sait que leur avion a survolé Etretat et qu’il a été aperçu par un officer de marine britannique qui se trouvait alors en Irlande. Après, le mystère reste entier. Parmi les hypothèses, l’une indique qu’une dépression les aurait détourné de leur plan de vol initial et que, faute de carburant, ils auraient vainement tenté d’atteindre Québec. Une autre suppose qu’ils se seraient peut être écrasés dans les collines du Maine, à cause d’un problème avec leur altimètre. Un avion américain aurait d’ailleurs aperçu des débris de carlingue dans la région et des pièces d’un moteur auraient même été retrouvées dans les années 1930. D’autres supposent que leur avion se soit écrasé sur les rives du Bas Saint-Laurent.

L’on aurait pu se contenter de conjectures jusqu’à ce que ce Bernard Decré, à la fois marin et aviateur, fasse sa propre enquête. Selon lui, la route la plus probable qu’auraient pris les deux pilotes français pour contourner la dépression nuageuse serait en fait plus au sud, le long de la côte. Ainsi, au cours de ses investigations, il découvre que plusieurs témoins ont vu un avion au sud de Terre-Neuve le 9 mai 1927. Etait-ce l’Oiseau Blanc? Peut-être.

Une partie du mystère sera sans doute levé si les recherches qui seront entreprises par le patrouilleur Le Fulmar de la Marine nationale donnent des résultats. En effet, le bâtiment va explorer les fonds du secteur que des indices concordants et vérifiés par Bernard Decré situent près de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il se pourrait donc que l’Oiseau Blanc repose entre 30 et 50 mètres de fond.

Etant donné que la principale masse metallique de l’appareil était son moteur, le patrouilleur « Le Fulmar » va utiliser un magnétomètre. La mission du bâtiment de la Marine nationale sera d’ailleurs double. Il devra également tenter de localiser l’épave d’un chalutier qui s’est abîmé dans la même région dans les années 1960.

Si jamais l’avion de Nungesser et Coli est retrouvé, la question de la cause de leur disparition ne sera pas élucidée pour autant. Une théorie laisse penser que les deux aviateurs auraient été abattus pour avoir vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir en survolant une région où les trafiquants d’alcool étaient particulièrement actifs – les Etats-Unis étant alors en pleine période de prohibition. Là, ce mystère risque bien de rester impénétrable pour toujours.

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